Un quart de la production française de volailles menacée par la grippe aviaire

La grippe aviaire affecte le cheptel français avec une ampleur inédite. Au total, près de 14 millions de volailles devront être abattues pour tenter d'enrayer la propagation de l'épidémie. Une situation qui pourrait créer des tensions d'approvisionnement pour les industriels et les consommateurs.

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Volaille Vétérinaire
25% de la production française de volailles pourrait être touché par la grippe aviaire.

«Une épizootie d'une ampleur inédite». Au ministère de l'Agriculture, on ne cache plus son inquiétude face à l'épidémie de H5N1 qui touche les élevages de volailles français. Arrivée chez les producteurs de canards landais en novembre 2021, la maladie transmise par les oiseaux migrateurs touche désormais les autres volailles et les régions de l'Ouest. « L'une de nos sources d'inquiétude est que le virus atteigne la Bretagne», explique Jean-Michel Schaeffer, le président d'Anvol (l'interprofession volaille de chair).

Eviter la contamination de la Bretagne

Et pour cause, avec les Pays de la Loire, la région Bretagne héberge 60% de l'élevage français de volailles. «Notre objectif est de protéger le secteur avicole breton au maximum », ajoute le responsable. La situation est d'autant plus tendue que dans ce bassin de production, la Vendée paie déjà un très lourd tribut avec 493 foyers identifiés. « La Vendée est une région très importante en terme de production, mais c'est également un territoire capital pour les entreprises de sélection génétique », précise Jean-Michel Schaeffer. Au total, 35% des accouvoirs de volailles françaises se trouvent dans la région à l'image de l'usine du néerlandais Hendrix Genetics ou du français Orvia. «Si ce premier maillon de la chaîne devait être touché, il y aurait un vrai danger pour la filière», ajoute le président d'Anvol.

Pour éviter d'en arriver là, un périmètre de trois kilomètres de sécurité autour des accouvoirs a été décrété entrainant l'abattage préventif de milliers de poulets. Au total, dix millions de volailles ont déjà été abattues en France depuis l'arrivée de l'épidémie. A titre de comparaison, les précédents épisodes de 2015-2016 et 2016-2017 avaient entraîné une perte de quatre millions de têtes pour la filière avicole française. 

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Des risques de tensions d'approvisionnement

Ces abattages, jugés indispensables pour endiguer la situation, pourraient créer des difficultés d'approvisionnement pour les consommateurs et les industriels. « Parler de ruptures ou de pénurie est exagéré, mais il va y avoir des tensions », commente Jean-Michel Schaeffer, «il faut garder en tête que rien que sur les Pays de la Loire, c'est un quart de la production française qui est menacée». 

Et les difficultés pourraient se faire sentir dès les prochains jours, notamment sur des espèces comme le canard ou la pintade. La filière foie gras, dont 72 % des canetons proviennent de la région Pays de la Loire, avertit déjà d'un « inévitable recul de la production en 2022», sans pour autant le chiffrer pour l'instant. 

Pour les industriels qui utilisent de la volaille dans leurs recettes, la situation pourrait être d'autant plus compliquée que, sur le plan international, de nombreux pays font également face à la même situation épidémique. C'est notamment le cas de la Pologne, premier producteur aviaire européen où, en fin d'année 2021, 650 000 élevages ont été infectés par H5N1. L'Italie, elle, affiche une baisse de sa production de l'ordre de 5% liée à l'épidémie. Dans une note du 28 mars 2022, le département de l'agriculture américain estimait déjà qu'en 2021, la production de volaille européenne avait baissé de 1,8%. 

L'Ukraine, huitième exportateur de volailles du monde

L'approvisionnement des industriels pourrait aussi être déstabilisé par la guerre en Ukraine. Avec 431 000 tonnes de poulets exportés, l'Ukraine est le huitième exportateur mondial de volailles. Ces dernières prennent essentiellement la direction des pays du Moyen-Orient au premier rang duquel l'Arabie saoudite mais les poulets ukrainiens se retrouvent également dans les recettes de la restauration hors domicile de l'Union européenne. Au total, selon la Commission européenne, en 2021, plus de 102 000 tonnes de poulets ukrainiens ont été écoulés en Europe .«Il est encore trop tôt pour établir les impacts (du conflit, NDR) sur la disponibilité (...) mais la situation géopolitique actuelle en Ukraine devrait impacter gravement les importations de viande de poulet ukrainienne dans l'UE au moins au cours du premier semestre 2022», observe le département de l'agriculture américain.

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