Le fabricant de verre Euroglass, les industries de la plateforme industrielle chimique WEurope (Alsachimie, Butachimie…), à Chalampé (Haut-Rhin)… La chaleur fatale de ces entreprises hautement consommatrices d’énergie vont alimenter un nouveau réseau de chaleur pour l'agglomération de Mulhouse. Ce projet nécessite d’importants travaux d’infrastructure, puisque 50 kilomètres de tuyaux devront être construits pour sa mise en œuvre.
Une première partie de travaux concernera 30 kilomètres de réseau de transport, pour acheminer la chaleur excédentaire des industriels, situés le long du Rhin, jusqu’au centre-ville de Mulhouse. L’énergie récupérée, d’une température de 110 degrés Celsius, ne devrait perdre en chemin que deux ou trois degrés, estiment les services techniques de l’agglomération. La difficulté sera de dégager un chemin pour faire passer les réseaux, dans un sous-sol déjà bien occupé. Le projet prévoit aussi la construction de vingt kilomètres de réseau de distribution.
Clients tertiaires et industriels
Le potentiel de production d’énergie est évalué à 200 GWh par an, ce qui peut correspondre à la consommation de chauffage de 20 000 logements. Cette énergie permettra de doubler l’utilisation d’énergie renouvelable dans l’agglomération. Elle sera distribuée par la centrale thermique de l’Illberg, à Mulhouse, qui alimente déjà l’hôpital de la ville et un petit réseau de logements. En bénéficieront aussi des logements du centre-ville et un client industriel, l’usine locale de Stellantis. Le tracé du futur réseau permettra d’alimenter le constructeur automobile, qui pourrait récupérer de 15 à 20 % de l’énergie produite.
Stabilité des prix
Les élus de Mulhouse Alsace agglomération (M2A), qui ont approuvé le projet lors d’un conseil d’agglomération, le 30 janvier, y voient plusieurs avantages. L’opportunité d’augmenter la part de production d’énergie renouvelable et de limiter le rejet de gaz à effet de serre, conformément à son plan climat. L’extension du réseau de chaleur permet aussi d’accroître l’indépendance énergétique de l’agglomération, et de maîtriser les coûts de production. «Une fois les prix d’achat avec les industriels négociés, nous aurons une stabilité des coûts dans le temps beaucoup plus importante que ce n’est le cas actuellement», souligne Rémy Neumann, vice-président de M2A en charge des réseaux de chaleur.
150 millions d’euros
Pour financer le projet, la constitution d’une société d’économie mixte (SEM) a été actée. Elle réunira M2A et Réseaux de chaleurs urbains Alsace, R-CUA. Cette société, filiale du distributeur de gaz bas-rhinois R-GDS et du suisse Primeo Energie, exploite déjà de nombreux réseaux de chaleur du nord au sud du territoire alsacien. La nouvelle SEM, dont M2A sera majoritaire, sera capitalisée à hauteur de 4 millions d’euros. Elle aura pour but de réunir les 140 à 150 millions d’euros nécessaires au financement des réseaux. Les travaux débuteront en 2024, avec une échéance prévue pour 2025 ou 2026.



