C’est l’histoire d’une renaissance. Lorsque le groupe Fremaux Delorme (137 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023), spécialiste du linge de lit de luxe, rachète la Maison de la Literie en octobre 2023, les mauvaises surprises abondent. «C’était un tas de ruines, accuse Amaury Fremaux, président du groupe. Une société remplie de malversations, de tricheries et de mauvaises méthodes qui aurait dû être reprise un an avant.»
Un atelier «très désorganisé»
Le rachat du litier aura coûté 4,5 millions d’euros au groupe Fremaux Delorme, dont une partie financée grâce à un prêt participatif relance. Sont compris dans la reprise : l’important réseau de magasins de l’entreprise, ses 140 salariés, et ses deux sites industriels. L’un, à Confolens (Charente) compte une vingtaine de salariés qui fabriquent des sommiers et des têtes de lit, et à Saint-Forgeot (Saône-et-Loire), une cinquantaine d’employés produit 44000 matelas par an, qui composent la majorité des modèles vendus dans leurs magasins entre 700 et 4000 euros. 85% des composants des matelas proviennent de France.
Dans l'usine de Saint-Forgeot, d’une superficie de 20000 m2 en plein parc régional du Morvan, l’activité manufacturière a été relancée depuis un peu plus de six mois. Suite à la reprise, deux mois ont été consacrés au réaménagement complet de l’atelier, auparavant très désorganisé, selon la nouvelle direction. Deux mois pendant lesquels les salariés se sont prêté au jeu de la réorganisation et de la remise en état des lieux, dans le but d’optimiser les flux de production mais aussi d’améliorer le bien-être des travailleurs. L’occasion également de refaire la peinture, qui donne un aspect lumineux à l’atelier.
2,5 millions d’euros d’investissement industriel
Une actualisation du parc machine est également en cours. «Nous ne sommes pas encore satisfaits en termes de capacité industrielle», explique Amaury Fremaux. Ici et là, des machines flambant neuves côtoient leurs ancêtres, comme cette machine de piquage de la marque italienne Dueffe, qui a coûté 150000 euros. «Cet appareil permet de faire du dessin continu ou placé sur la couche supérieure du matelas, ou plateau. Le dessin placé, c’est pour les modèles haut de gamme», explique Jean-Philippe Alizay, directeur industriel du site depuis mars 2024, en montrant du doigt des motifs végétaux brodés sur le matelas. Fremaux Delorme prévoit un investissement dans l’outil industriel d’un montant de 500000 euros par an pendant cinq ans.
L'Usine Nouvelle L’usine se prépare à accueillir de nouvelles machines en 2025, dont une qui servira à coudre et à monter des poignées sur les bandes de tour du matelas, des opérations actuellement réalisées par deux outils séparés. «Ce sont de vieilles machines qui ne sont pas dotées d’électronique, ce qui nous empêche de suivre la consommation d’électricité et de matière», indique le président de Fremaux Delorme.
Des conditions de travail améliorées
Plus loin, Marielle, qui travaille dans l’usine depuis dix ans, vérifie la fermeture des plateaux, réalisée par un autre outil industriel. «S’ils ne sont pas bien fermés, je les passe à la surjeteuse. Je m’occupe aussi de fermer les plateaux trop fins», indique-t-elle. Marielle fait partie de la cinquantaine de salariés à travailler sur le site depuis plusieurs années, avant la reprise par Fremaux Delorme, qui s’est fait ressentir dans les conditions de travail des salariés.
«Avant, nous prenions beaucoup moins de mesures en matière de sécurité», raconte Suzanna, employée à l’atelier depuis une dizaine d’années. «Pendant la pandémie, on travaillait beaucoup plus, même le samedi. Nous n’avons pas compris comment nous avons pu finir en redressement», confie Bernard, qui travaille dans l’usine depuis 38 ans. Aujourd’hui, les travailleurs commencent à 7h30 pour finir à 16h30, sauf le vendredi où ils finissent à midi – sauf pour certaines machines qui nécessitent de fonctionner en 2x8.
Un véritable artisanat
Bernard dispose d’un savoir-faire qui fait le succès des lits hauts de gamme de la marque Ducal, qui appartient à la Maison de la Literie : le capitonnage à la main. Cette technique est utilisée pour coudre la couche supérieure du lit sur le reste des couches. Le matelas est posé sur un plateau sur lequel il est mis à la verticale. Le plateau est parsemé de trous d’où l’on peut apercevoir la mousse, et grâce à une aiguille spéciale, l’artisan vient transpercer le matelas pour y insérer des ficelles. Celles-ci sont ensuite utilisées pour coudre la couche supérieure sur la mousse grâce à une aiguille circulaire, puis un nœud très serré est effectué à la main.
L'Usine Nouvelle «Il ne faut pas essayer sans les gants, serrer ces ficelles toute la journée, ça écorche la main, explique Bernard. Il faut faire 35 nœuds pour un matelas de 140 centimètres, ça nous prend un quart d’heure à deux.» Partant à la retraite dans quelques mois, Bernard transmet aujourd’hui ce savoir-faire à William. «Quand je serai à la retraite, je prendrai des baskets à scratch et j’arrêterai les lacets», plaisante-t-il.
D’autres postes sont aussi difficiles, comme celui de Yannick, au fermage, car il nécessite d’appliquer une certaine force sur le matelas pendant qu’un type de surjeteuse le ferme. «C’est le poste dans lequel l’apprentissage est le plus long», explique-t-il, montrant des doigts légèrement déformés par plusieurs années de cette opération.
«Nous avons eu une bonne surprise dans ce rachat, c’est la rencontre avec le personnel, très compétent et avec qui il est très agréable de travailler», se rappelle Amaury Fremaux. S’il est encore trop tôt pour dire si la reprise est un succès, la nouvelle direction de la Maison de la Literie n’ayant pas encore publié de chiffre d’affaires, elle semble en tout cas repartir sur de bonnes bases.



