Bien représentée dans les Pays de la Loire, l’industrie française de la literie fait bonne figure, malgré la concurrence féroce des produits d’importation, notamment polonais et portugais, et l’offensive groupée de « pure players » livrant des « beds in a box » compactés.
C’est le cas d’André Renault, une PME de 185 salariés qui réalise près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 150 000 matelas et sommiers par an à Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Atlantique). Jusqu’en 2020, cette société était détenue par le suédois Hilding Anders, spécialiste paneuropéen du secteur, avant d’être reprise l’an dernier par son ancien directeur Erec Glogowski.
Cet ingénieur de Centrale Paris entend donner un nouveau souffle à cette entreprise positionnée sur le haut de gamme, notamment à l’export. Il vient d’engager un investissement « de plusieurs millions d’euros » sur le site de Saint-Gildas, dont la surface productive sera accrue de 10%. De nouveaux process seront installés pour améliorer le suivi de la production de bout en bout et la traçabilité de produits qui tendent vers le sur-mesure. « En moyenne, nous n’avons que six produits identiques passant sur la ligne chaque année », mentionne Erec Glogowski, évoquant des milliers de configurations possibles en fonction des éléments de confort, de décoration, etc.
Bonne résistance de Bultex
A Noyen-sur-Sarthe (Sarthe), Cofel déclenche lui aussi 3,5 millions d’euros d’investissements dans son usine dédiée à la marque Bultex. Ce groupe, détenu par l’espagnol Pikolin, a ouvert en 2016 une usine Epeda à Criquebeuf-sur-Seine (Eure) mais a fermé en 2019 celle de Mazeyrat-d'Allier (Haute-Loire), redistribuant sa production notamment à Noyen-sur-Sarthe. Ainsi, aux 24 000 m2 existants à Noyen s’ajouteront 3 200 m2 début 2022, dont des surfaces d’atelier mais aussi des quais d’expédition. Les capacités seront accrues de 50%.
Le site produit chaque année 210 000 matelas et 60 000 sommiers avec 180 salariés, effectif qui sera augmenté d’au moins 30 salariés supplémentaires. PDG de Cofel, qui fabrique aussi les marques Epeda et Merinos, Luis Flaquer évoque l’importance de ces investissements, notamment la robotisation de la fabrication des sommiers, pour rester compétitif face à la concurrence étrangère. Le groupe (900 salariés, 5 usines) a terminé 2020 sur un chiffre d’affaires de 211 millions d’euros, contre 235 millions en 2019. Mais l’activité du premier semestre 2021 dépasse celle de la même période de l’année dernière, indique Luis Flaquer, qui mentionne notamment une hausse de 55% de son marché dans l’hôtellerie, qui se remet à s'équiper.
Maliterie souverain sur ses ventes
Maliterie.com, autre industriel sarthois de la literie, continue lui aussi à investir, à hauteur de 5 millions d’euros, mais dans son réseau commercial plutôt que dans son outil de production. Cette PME de Neuville-sur-Sarthe, longtemps sous-traitante pour d’autres marques, fut bien inspirée de reprendre en main, en 2007, la distribution de ses produits sur Internet, avec le support de son propre réseau de magasins. Cette stratégie, alors novatrice, lui a permis de tripler son chiffre d’affaires en une décennie. « La vente directe permet de mieux maîtriser les prix », explique Laurent Crépin, le directeur général de cette entreprise familiale.
Ce modèle hybride continue à faire ses preuves. L’entreprise a terminé l'année 2020 avec un chiffre d'affaires de 18,5 millions d'euros, limitant la baisse à 3%, en dépit de la fermeture de ses magasins pendant 12 semaines. L’investissement consenti permettra de porter son réseau de 35 magasins à 75 d'ici à la fin 2023, en visant les villes moyennes de plus de 100 000 habitants. Ce projet s’accompagnera du recrutement de 50 salariés supplémentaires, s'ajoutant aux 120 actuels.
Un consommateur français exigeant
André Renault et Cofel bénéficient, de leur côté, d’une forte implantation chez les distributeurs, où la literie résiste mieux que le meuble dans son ensemble face au géant Ikea. L’un des grands chantiers du moment, pour ces deux industriels, est d’ailleurs la digitalisation du lien avec les distributeurs, où beaucoup reste à faire. Il se trouve aussi que le dormeur français est plutôt regardant quant à la qualité de son sommeil. « Nos marques sont bien perçues par les consommateurs, je perçois une forte sensibilité à une qualité de literie au regard du temps qu’ils y ont passé pendant les confinements », fait valoir Luis Flaquer, évoquant aussi un travail sur les matériaux éco-certifiés auquel l’acheteur français est sensible.
Apnée du sommeil
La diversification est un autre atout. André Renault s’engage à présent sur des matelas à ressorts en plus de ceux en mousse et latex, tout en lançant une gamme de sièges de relaxation inspirée de son savoir-faire dans la literie. Maliterie.com, déjà diversifiée dans les fauteuils, n’est pas à court d’innovations. Elle a conçu, avec la société parisienne Withings, une literie connectée. Intégré dans le sommier, le capteur de Withings permet d'analyser la qualité du sommeil et de détecter, notamment, l'apnée du sommeil.
Mais la préoccupation du moment, pour ces industriels français, est la hausse du prix des matières premières. Celui de la mousse, en particulier, a bondi de 35% en un an, sans parler de ceux de l’acier et du bois. Des augmentations impossibles à répercuter en totalité sur le prix de vente.



