Pas de projet industriel d’exception sans une supply chain d’exception. C’est le cas de OneWeb, ce projet révolutionnaire qui ambitionne d’apporter des connexions internet sur toute la surface du globe à partir de minisatellites en orbite basse. Quand l’opérateur satellitaire se lance, en 2015, le défi technologique et industriel n’a jamais été réalisé : mettre en orbite 650 satellites en moins de quatre ans grâce à un rythme de production jamais atteint dans l’industrie spatiale.
À Toulouse (Haute-Garonne), l’usine d’Airbus OneWeb Satellites (AOS), la filiale commune à l’opérateur satellitaire OneWeb et à l’avionneur Airbus Group, est au cœur du programme.
Si elle est voisine du site industriel qui fabrique les satellites pour la division Defence and Space d’Airbus, sa manière de fonctionner est totalement différente. À l’arrêt suite au transfert de l’activité à son usine jumelle en Floride (États-Unis), elle a produit les dix premiers exemplaires et pourrait redémarrer en cas de commandes supplémentaires.
La grande salle blanche classique a laissé place à une véritable chaîne de fabrication capable de produire deux exemplaires par jour grâce à une robotisation et à une automatisation poussée. Les modules (panneau solaire, avionique, moteurs…) sont réalisés et testés en parallèle, puis assemblés pour fabriquer le minisatellite. Les postes de travail ont été conçus pour faciliter le travail des opérateurs. Ici, des caméras et des écrans aident à positionner parfaitement les pièces, là, un bras robot permet de placer avec précision la lourde batterie de l’un des modules, tandis qu’un véhicule à guidage automatique est prévu pour alimenter les différents îlots.
Des partenaires dans le monde entier
"Il nous fallait des partenaires développant des innovations de rupture, compatibles avec les exigences d’une production en série pour nous permettre de baisser significativement les coûts et les délais de fabrication", précise Judy Wallace, la directrice des achats d’Airbus OneWeb Satellites. La société a déniché ces oiseaux rares en Europe, aux États-Unis, en Russie, en Afrique du Sud… "Plus de 20 % de nos fournisseurs ne sont pas issus de l’industrie spatiale classique", précise la responsable.
C’est le cas du toulousain Actia, fournisseur de cartes électroniques pour l’automobile. Intéressé par sa capacité à produire en grande série, le maître d’œuvre a sensibilisé son partenaire à la qualité et la robustesse requises pour les composants spatiaux. La société a dépêché ses experts auprès de la filiale britannique de Teledyne, qui fournit des convertisseurs électroniques, et de l’équipe de chercheurs espagnols de Solar Mems, sélectionnée pour son expertise en capteurs solaires de haute précision, afin de les aider à produire à forte cadence. OneWeb Satellites compte 30 fournisseurs de rang 1 présents dans 18 pays, qui apportent 75 % de la valeur ajoutée des minisatellites.
Le savoir-faire hérité de salariés venus d’Airbus permet à la société de gérer cette supply chain mondialisée. Avec succès : les 74 satellites déjà en orbite donnent entière satisfaction.
La supply chain a prouvé sa robustesse quand la crise du Covid-19 a frappé de plein fouet OneWeb. En difficulté fin mars, l’opérateur a été contraint de se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Pendant quatre-vingt-dix jours, les livraisons ont été arrêtées, les paiements aux fournisseurs suspendus. Pour les aider à passer le cap, Airbus OneWeb Satellites a joué les intermédiaires avec les grandes agences spatiales pour tenter de leur décrocher des contrats. "Tous nos partenaires ont pu traverser la crise. Nous n’en avons perdu aucun. Aucun contrat n’a pas été résilié. Nous repartons tous ensemble", se félicite Judy Wallace.
Cette solidité a certainement contribué à séduire les nouveaux investisseurs. Début juillet, le gouvernement britannique et l’industriel indien Bharti ont annoncé leur décision d’investir 1 milliard de dollars pour relancer le projet. Airbus OneWeb Satellites et ses partenaires sont dans les starting-blocks pour livrer un lot supplémentaire de 36 satellites pour un lancement en décembre.



