Les Chevrolet Bolt blanches et orange surmontées d’une tourelle de lasers hideux ne ressortiront plus du parking. General Motors a annoncé mardi 10 décembre qu’il renonçait à son service de taxis sans chauffeurs Cruise, justifiant sa décision par les coûts de ce légendaire programme et par l’intenable concurrence pour la future révolution du véhicule autonome.
Mary Barra, patronne du constructeur, a ajouté que cette filiale high tech, montée en 2016 avec le rachat de la start up Cruise, serait bientôt fondue dans les unités de recherche et développement de ses voitures électriques personnelles. Son but, plus modeste, sera d'y perfectionner les systèmes de conduite assistée.
Cette refonte ressemble plutôt à un arrêt de mort. Le choc est d’autant plus grand que Cruise venait de reprendre des essais sur route, après un an d’interruption, depuis une collision avec un piéton en 2023. Les tests étaient censés rassurer sur la fiabilité de sa technologie et préparer un retour de ses taxis au Texas et en Californie.
«GM est dirigée par une bande d’idiots»
Mais il en aurait fallu plus pour amadouer les actionnaires d’un groupe qui est confronté au recul des ventes de voitures électriques, sur lesquels il a misé son avenir. Sans compter les 10 milliards de dollars dépensés à perte en huit ans dans ses projets de véhicules autonomes. «Il faut vraiment comprendre le coût considérable que représente une flotte de Robotaxis, a assuré Mary Barra. Or ce n’est pas notre métier principal.»
La bourse a salué d’une hausse de 3% de l’action une mesure qui devrait permettre d'économiser un milliard de dollars par an au fleuron de Detroit, mais les commentaires du monde de la tech trahissent surprise et déception. «Si ce n’était pas clair jusqu’alors, ça l’est maintenant, twitte Kyle Vogt, cofondateur de Cruise et un temps dirigeant de la filiale après son rachat. GM est dirigée par une bande d’idiots.» Sévère.
Mary Barra, en 2021, martelait encore sincèrement son ambition de doubler le chiffre d’affaires de General Motors avant 2030 grâce aux «deux piliers de la voiture électrique et des véhicules autonomes» et de transformer ce monument historique de l’automobile américaine en fleuron du logiciel et rival des colosses de la Silicon Valley.
Le géant industriel face aux start-up
Illusoire ? Avec son capital d’entreprise industrielle, évalué à 57 petits milliards, GM est confronté aux ressources délirantes des concurrents issus de big tech. En dépit de lacunes, la technologie des taxis Cruise avait peu à envier à celle des Jaguar à tourelles du concurrent Waymo, filiale d’Alphabet, alias Google, elle aussi fondée sur la cartographie minutieuse des villes et des batteries de capteurs et de lasers Lidars embarqués. Mais Waymo, qui déploie sans concurrence 650 taxis et assure aujourd’hui 100000 courses par semaine à San Francisco, Los Angeles et Phoenix, n’a pas à se soucier de ses pertes, généreusement épongées par une maison mère forte de 2400 milliards de dollars.
Pour sa part, Tesla, évaluée à 1330 milliards, avait annoncé en grande pompe en octobre le lancement dans moins de deux ans de sa propre flotte de taxis autonomes. Son retard sur Waymo et Cruise s’explique par son pari technologique, axé non sur les coûteux Lidars, mais sur l’usage prometteur de simples caméras et de l’Intelligence artificielle. Son système FSB (Full Self Driving) qui exige encore la vigilance du conducteur, pourrait selon lui prodiguer dès l’année prochaine une option «autonomie complète» abordable à toutes les voitures Tesla.
Son patron Elon Musk dispose d’autres sérieux atouts : les 200 millions de dollars versés à Donald Trump et aux élus républicains du Congrès pendant la campagne garantiront son influence. Ce soutien pourrait lui permettre de façonner une prochaine réglementation fédérale des véhicules autonomes, la clé de sa possible domination du marché. On comprend mieux pourquoi Musk, fanatique de «l’autonomie» a commenté par un emoji hilare le triste tweet de Kyle Vogt sur l’abandon de Cruise.



