Le plan de Bruxelles pour soutenir la filière automobile et doper l’électrification

La Commission européenne a présenté mercredi 5 mars les conclusions de son dialogue stratégique avec la filière automobile. Outre une flexibilité sur les normes CO2 pour les constructeurs, Bruxelles formule ses priorités pour soutenir la compétitivité, pousser l’électrification et stimuler l’innovation au sens large.

Mercedes-Benz a inauguré en septembre une usine automobile qui dispose de son propre réseau 5G.
Après plus d'un mois de discussions avec les acteurs du monde automobile (constructeurs et sous-traitants), la Commission européenne a dévoilé mercredi 5 mars un plan d’action industriel pour soutenir la filière à court et long terme.

Un plan d’action pour sauver une industrie automobile «en danger de mort». La Commission européenne a rendu mercredi 5 mars les conclusions très attendues de son dialogue stratégique sur l’avenir de la filière. Obligation de contenu européen, soutien direct aux fabricants de cellules de batteries, quotas d’électrification pour les flottes d’entreprises, leasing social… «C’est un plan pour que l'industrie reste innovante, compétitive et fermement ancrée en Europe», a assuré Apostolos Tzitzikostas. Le commissaire pour le transport durable et le tourisme a élaboré la réponse européenne à l’issue d’un mois d’échanges avec constructeurs et équipementiers.

La filière, qui multiplie les cris d’alerte depuis plusieurs mois, semble avoir été entendue par l’exécutif européen. Deux jours avant la présentation du dispositif, une première mesure a été officialisée : l’introduction d’un mécanisme de flexibilité sur les normes CO2 entrées en vigueur depuis le 1er janvier 2025, souhait de longue date des constructeurs automobiles inquiets de devoir s’acquitter d’amendes en cas de non-conformité. «La flexibilité des objectifs en matière de CO2 est essentielle pour maintenir la compétitivité du secteur tout en restant attaché à l'électrification», a salué Jean-Philippe Imparato, en charge de la région Europe chez Stellantis.

La Commission européenne assure que cette décision n’implique aucun retour sur l’objectif de neutralité carbone des véhicules neufs en 2035. «Nous maintenons le cap», a insisté Apostolos Tzitzikostas lors d’une conférence de presse depuis Bruxelles. La Commission européenne va toutefois lancer dès le second semestre 2025 les concertations sur la clause de revoyure de cet objectif de décarbonation, initialement prévue pour 2026. En supplément des batteries électriques, «nous évaluerons quelles autres technologies pourraient jouer un rôle dans la réalisation de l'objectif de 2035», a détaillé le commissaire, en référence aux biocarburants et aux carburants de synthèse («e-fuels»).

Un leasing social à l'échelle européenne ?

L’Europe ne veut pas s’arrêter là. Pour doper l’électrification, des propositions majeures sont mises sur la table : «mieux coordonner les systèmes d'incitation des États membres pour les achats des consommateurs», notamment via des dispositifs de “leasing social” semblable à celui expérimenté avec succès en France en 2024 (et dont une seconde mouture est envisagée pour le second semestre 2025). Une mesure qui devrait également être applaudie par les constructeurs, qui regrettent régulièrement d’être les seuls acteurs sur lesquels pèsent les objectifs d’électrification. «On ne s’en sortira en Europe que si on joue un jeu d’équipe», exhortait récemment Luca de Meo, le patron de Renault. 

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Autre action concrète : pousser l’électrification des flottes. «Les véhicules achetés par les entreprises représentent actuellement environ 60% des immatriculations de voitures dans l'UE», a rappelé Apostolos Tzitzikostas, sans détailler les modalités législatives qui obligeront les entreprises à acquérir des véhicules propres. «La proposition législative devra être équilibrée tout en ne surchargeant pas les PME et en tenant compte des spécificités territoriales», a-t-il commenté.

«Nous allons présenter un plan d’ici la fin de l'année», a précisé quelques heures plus tard Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, depuis l'usine Renault de Douai (Nord). «A chaque renouvellement [de leur flotte de véhicules], nous demanderons aux entreprises d’acheter en grande partie de l'électrique pour booster le carnet de commandes des constructeurs et avoir un marché secondaire des voitures électriques». Pour rassurer les consommateurs, une enveloppe de 570 millions d'euros va également être débloquée sur 2025 et 2026 pour développer l'infrastructure de bornes de recharge sur le continent.

Soutien aux fabricants de batteries

En réponse à une autre grande inquiétude des nouveaux industriels de la batterie, l’Europe réfléchit également à subventionner la production de cellules et de composants de batteries par le biais d'un financement direct et de critères non tarifaires pour les composants. Elle veut aussi imposer des exigences relatives au contenu des cellules et des composants des batteries des véhicules électriques vendus dans l'UE. La Commission ne s’interdit rien, et pourrait également «introduire des conditions pour les investissements entrants afin de s'assurer que l'industrie de l'UE en bénéficie. Il peut s'agir d'exigences en matière de coentreprises, d'obligations de partage des technologies et d'engagements relatifs à la chaîne d'approvisionnement», a encore précisé le commissaire Apostolos Tzitzikostas.

A plus long terme, ce plan d’action européen vise à préparer l’industrie automobile, véritable poumon économique du continent représentant 7% du PIB avec 13 millions d’emplois directs et indirects, au monde de demain. Il ne néglige donc pas le sujet de l’innovation. C’est pourquoi l’Europe vise à se doter rapidement, en 2026, d’un cadre réglementaire pour faciliter les tests sur les routes européennes de système de conduite automatisée et aider l’émergence de véhicules autonomes. L’Europe veut également renforcer la coopération dans le logiciel et les composants électroniques par le biais d'une «alliance des véhicules connectés et autonomes».

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