TotalEnergies resserre ses liens avec le Qatar. Quatre mois après avoir annoncé une prise de participation de 6,25% dans le projet qatari North Field East (NFE), destiné à étendre les capacités du plus grand champ gazier du monde (environ 10% des réserves de gaz naturel de la planète), le groupe tricolore double la mise. La supermajor pétrolière a en effet été sélectionnée par l'émirat comme le premier partenaire pour le développement du champ North Field South (NFS), a indiqué son PDG Patrick Pouyanné samedi 24 septembre.
Captage de CO2 et électricité renouvelable
Le directeur général de QatarEnergy, Saad al Kaabi a déclaré que TotalEnergies détiendrait 9,375% des 25% attribués par Doha à des partenaires internationaux, QatarEnergy conservant une part majoritaire de 75%, comme pour North Field East. Saad al Kaabi a ajouté que les noms des autres partenaires seraient dévoilés ultérieurement. Une fois opérationnelles, les deux unités de production de 8 millions de tonnes chacune porteront la capacité du projet NFS à 16 millions de tonnes de GNL par an, soit deux fois moins que le projet NFE.
« Grâce au cumul de ses participations dans NFE (6,25%) et NFS, TotalEnergies ajoutera, d'ici 2028, 3,5 Mt/an de production à son portefeuille mondial de GNL – en pleine croissance – en ligne avec l'objectif de la Compagnie de porter à 50% la part du gaz naturel dans son mix de ventes à l'horizon 2030 », s'enthousiasme le géant des hydrocarbures dans un communiqué. Celui-ci précise par ailleurs que « NFS adoptera les standards les plus élevés pour réduire l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre ». Outre les dispositifs de captage de CO2, l'usine sera en partie alimentée par une électricité renouvelable, provenant notamment de la centrale solaire de 800 MW d’Al Kharsaah, dont TotalEnergies est partenaire.
Partenaires depuis 80 ans
Lors d'une conférence de presse à Doha, Patrick Pouyanné s'est félicité d'un accord qui arrive au « meilleur moment », compte tenu de l'explosion de la demande de GNL en Europe après la quasi interruption des livraisons de gaz naturel russe dans le contexte de la guerre en Ukraine. La France n'est d'ailleurs pas le seul pays à se rapprocher de la péninsule arabique pour tenter de diversifier ses approvisionnements, malgré les fréquentes accusations de violations des droits humains. Le Qatar a en effet récemment indiqué fournir des quantités additionnelles de GNL à la Grande-Bretagne et a annoncé un accord de coopération avec l'Allemagne.
Le PDG a affirmé que TotalEnergies allait mettre 1,5 milliard de dollars (1,55 milliard d'euros) dans ce projet et s'est dit satisfait de pouvoir continuer à investir au Qatar après la fermeture du marché russe, tout en assurant qu'il n'y a pas de « surexposition » du groupe français au petit émirat du Golfe. Ce dernier est aujourd'hui quatrième producteur mondial de gaz et premier exportateur mondial de GNL, en partie grâce à l'accompagnement de l'entreprise française. Présente au Qatar depuis plus de 80 ans, elle a participé à la naissance de l'industrie du GNL qatari, notamment à travers les projets Qatargas 1 puis Qatargas 2 en 2005. « Si le Qatar nous avait proposé d'investir davantage, nous aurions investi davantage », a reconnu son dirigeant.
Avec Reuters (Andrew Mills et Maha El Dahan, avec Yasmin Hussein, version française Tangi Salaün)


