Pour convertir la raffinerie de Grandpuits-Bailly-Carrois (Seine-et-Marne) en plateforme zéro pétrole, TotalEnergies a besoin d’aide. Et le pétrolier multiplie les partenariats pour mener à bien cette transformation du site, annoncée en septembre 2020. A partir de 2024, cette conversion doit permettre à la structure de Seine-et-Marne de transformer 400 000 tonnes de biomasse par an en biocarburant, notamment à destination de l'aérien, de produire 100 000 tonnes de bioplastiques PLA chaque année, et de recycler 15 000 tonnes par an de déchets plastiques. Pour les bioplastiques, TotalEnergies bénéficie déjà de sa coentreprise avec Corbion créée en 2017. Pour le recyclage des plastiques, TotalEnergies a dû s’associer avec l’anglais Plastic Energy, déjà présent avec Esso à Port-Jérôme-Gravenchon en Seine-Maritime. Désormais, le pétrolier français détiendra 40% de l’unité de Grandpuits.
Une production de SAF plus importante que prévu
Sa nouvelle bioraffinerie doit produire 210 000 tonnes par an de SAF (carburant durable d'aviation), soit 25% de plus qu’annoncé en 2020. Pour produire de tels volumes, TotalEnergies a aussi besoin d’aide. Le pétrolier a annoncé le 26 septembre avoir passé un accord avec l’entreprise familiale allemande Saria, spécialiste de la collecte et de la valorisation de matières organiques. Le français prend 50% de l’activité de production d’ester de graisse animale de Saria, qui prendra une participation équivalente dans l’unité de production de biocarburant de la bioraffinerie de Grandpuits. Saria fournira directement le site en huiles de cuisson usagées. Si les volumes n’ont pas été dévoilés, Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, reconnaissait n’avoir sécurisé que 70% de ses approvisionnements en huile de colza, graisses animales et huiles usagées pour produire des biocarburants à Grandpuits.
Mais une raffinerie, bio ou non, a aussi besoin d’hydrogène pour produire un biokérosène. Et si possible, de l’hydrogène bas carbone. Même si le site de Grandpuits doit aussi accueillir une centrale photovoltaïque de 28 MWC, pas question de le produire par électrolyse. C’est la bioraffinerie elle-même qui génèrera une grande partie de l’hydrogène dont elle a besoin pour fonctionner. Et c’est Air Liquide qui va s’en occuper.
20000 tonnes d'hydrogène en partie renouvelable
Le spécialiste français des gaz de l’air va investir sur le site francilien 130 millions d’euros dans une unité de production d’hydrogène bas carbone, d’une capacité de 20 000 tonnes par an. Le projet est sécurisé par un contrat à long terme avec TotalEnergies. L’unité d’hydrogène, qui sera exploitée par Air Liquide, utilisera un procédé de vaporeformage à la vapeur (SMR) et sera alimentée en partie en biogaz généré par la bioraffinerie de TotalEnergies. L’alimentation de l’unité d’hydrogène sera également «complétée, au besoin, avec du gaz naturel», indique-t-on chez Air Liquide. La mise en service est prévue au premier semestre 2025.

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Le projet doit permettre un abattement de 150 000 tonnes par an des émissions de CO2 du site de TotalEnergies. 40 000 tonnes seront économisées via l’utilisation de biogaz pour produire l’hydrogène, et 110 000 tonnes seront évitées grâce à l’implantation du système Cryocap, sur l’unité d’hydrogène. Cette solution technologique d’Air Liquide permet de capter par cryogénation plus de 90% du CO2 émis lors de la production d’hydrogène par SMR, puis de le liquéfier. Unique au monde, elle est déjà utilisée en Normandie sur les sites d’Air Liquide de Port-Jérôme et de TotalEnergies de Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime). Le CO2 trouve ensuite des applications industrielles ou dans l’agroalimentaire, comme dans la gazéification des sodas ou l’inertage de barquettes alimentaires. Entre les biogaz utilisés et le captage de CO2, l’hydrogène produit à Grandpuits sera donc en partie renouvelable.
Aurélie Barbaux et Julien Cottineau



