L'étau se resserre autour de TotalEnergies. Le géant du pétrole a indiqué mercredi 27 avril avoir enregistré le 31 mars une dépréciation de 4,1 milliards de dollars (environ 3,9 milliards d'euros) d'actifs, en raison des nouvelles sanctions adoptées par les autorités européennes à l'encontre de la Russie. Celles-ci interdisent notamment l'exportation depuis l'Union européenne de biens et technologies destinés à la liquéfaction du gaz naturel au profit d'une société russe. « Il apparaît que ces nouvelles interdictions font peser des risques supplémentaires sur la capacité d'exécution du projet Arctic LNG 2 », a souligné le groupe, qui détient une participation de 10% dans ce projet estimé à 21 milliards de dollars et censé démarrer la production en 2023, porté par le russe Novatek (60%).
Cette provision « montre que TotalEnergies a commencé à tourner la page » et marque « le début d'un repli » vis-à-vis de la Russie, a déclaré un porte-parole de l'entreprise. TotalEnergies avait déjà prévenu le 22 mars qu'il n'enregistrerait plus dans ses comptes de réserves prouvées au titre d'Arctic LNG 2 et qu'il n'y apporterait plus de capital compte tenu des « incertitudes » que faisaient peser les sanctions technologiques et financières sur sa réalisation. Il avait aussi annoncé à la même date qu'il mettrait fin à ses achats de pétrole et produits pétroliers en provenance de Russie d'ici à la fin de l'année, après avoir décidé de ne plus y investir dans de nouveaux projets, tout en continuant malgré tout d'approvisionner l'Europe en gaz russe.
De vives critiques
La supermajor a jusqu'à présent exclu de se retirer intégralement de Russie, qui représentait 10% de ses capitaux employés à fin 2021, soit 13,7 milliards de dollars, 17% de sa production d'hydrocarbures et même 30% de sa production annuelle de gaz naturel. Par ailleurs, le groupe français est également présent dans le pays à travers sa participation de 20% dans le champ gazier Yamal LNG, qui a produit plus de 18 millions de tonnes de GNL en 2020, et sa participation de 19,4% au capital de Novatek.
« Abandonner ces participations sans contrepartie financière contribuerait à enrichir des investisseurs russes en contradiction avec l’objet même des sanctions », arguait fin mars son PDG Patrick Pouyanné, tout assurant que cette situation ne mettait pas l'avenir du groupe en jeu. Le maintien en Russie en dépit de l'invasion de l'Ukraine lui a néanmoins valu de vives critiques de nombreuses ONG, l'ex-candidat à la présidentielle Yannick Jadot allant jusqu'à accuser TotalEnergies de « complicité de crimes de guerre ».
Avec Reuters (Benjamin Mallet, édité par Jean Terzian)


