[Territoires et Industrie] Les efforts pour décarboner Dunkerque commencent à porter leurs fruits

La troisième étape de «Territoires et industrie», le tour de France de la réindustrialisation organisé par L’Usine Nouvelle et la Gazette des communes, se tiendra le 20 septembre dans la ville portuaire de Dunkerque, dans le Nord. Là, les politiques publiques de diversification énergétique et d'accueil d'industries moins carbonées semblent porter leurs fruits.

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Le grand port maritime de Dunkerque offre aux industriels du foncier, un débouché maritime, une offre importante en électricité... Un écosystème qui a séduit Verkor, qui y installe sa gigafactory de batteries pour l'automobile.

Dunkerque figure aujourd'hui parmi les territoires les plus emblématiques de la transition industrielle et énergétique. «C'est un bassin industriel et portuaire historique qui a connu un déclin, mais qui est en train de renaître de ses cendres par la volonté de ses industriels et des pouvoirs publics», résume Rafael Ponce, directeur général adjoint de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD), chargé du développement économique. L’homme est aussi directeur général de l'agence de développement économique Dunkerque promotion et d'Euraénergie, un groupement d’intérêt public (GIP) dédié à la transition énergétique et industrielle.

La communauté urbaine de Dunkerque, où sont implantées notamment des entreprises de l'agroalimentaire, de la chimie, de l'aluminium pharmaceutique, du numérique, du matériel agricole et des aciéries représente encore 21% des émissions de CO2 de l’industrie en France. Le renouveau économique de Dunkerque mise donc d'une part sur la décarbonation des industries existantes, comme chez Arcelor Mittal, et sur l'accueil d'industries moins impactantes sur l'environnement d’autre part.

Décarbonation générale

Pour assurer la diversification énergétique du territoire, les collectivités misent sur ses atouts : il dispose du «troisième port de France, de la première plateforme énergétique du Nord de l'Europe avec la centrale nucléaire de Gravelines et de la volonté de promouvoir le mix énergétique», insiste Rafael Ponce. Sur ce point, le territoire s'est positionné pour accueillir un des nouveaux EPR, mise sur l'éolien offshore, le photovoltaïque sur les bâtiments publics et les friches, la production d'hydrogène, la création d'une autoroute de la chaleur... Les acteurs publics (collectivités, grand port maritime...) et privés (les plus gros émetteurs de CO2 notamment), réunis au sein d'un collectif «décarbonation», ont adopté en 2001 une feuille de route avec en ligne de mire la neutralité carbone en 2050. L'objectif de réduction des émissions de CO2 de 30% en 2030 sera dépassé (50%) dès 2024, se félicite Rafael Ponce.

Les acteurs du territoire déroulent également le tapis rouge, financièrement mais aussi sur le plan pratique et logistique, aux industries à impact environnemental faible voire nul. Leurs besoins en infrastructures routières, en alimentation énergétique, en logements, ou encore pour le transport des salariés sont étudiés. L'accueil de la gigafactory Verkor, qui va produire des batteries pour l'industrie automobile à partir de 2025, s'inscrit dans les perspectives que s'est données le territoire. Les fondateurs de la startup grenobloise ont prospecté plusieurs lieux d'implantation. «Nous avions des critères très quantitatifs de surface – il nous en fallait beaucoup, explique Sylvain Paineau, co-fondateur de Verkor et directeur des sites et infrastructures. Nous avions aussi besoin d'une puissance électrique suffisante dans un délai raisonnable et d'un terrain le plus disponible possible et le mieux préparé possible.»

Les 150 hectares proposés par Dunkerque sur l'emprise du grand port maritime ont répondu aux attentes concernant l'implantation et les possibilités d'extension. L'existence d'une sous-station électrique raccordée au réseau très haute tension en prévision des futurs besoins industriels (une première en France) et la perspective de pouvoir utiliser une énergie très peu carbonée grâce au nucléaire et au projet d'autoroute de la chaleur, ont aussi joué en faveur du site. Ainsi que l'anticipation des études sur la faune, la flore et l'archéologie. Et la taille du bassin d'emploi (1 200 emplois prévus).

Esprit collectif

«Ce qui a fait la différence au final, précise le directeur, c'est que nous avons été en face d'une équipe, de personnes très diverses, de différentes organisations et collectivités – comme la CUD, la Région, la préfecture... – qui travaillaient déjà ensemble.» L'esprit collectif de ces partenaires parlant d'une même voix, sur un territoire à la culture industrielle forte, a séduit les dirigeants de Verkor mais aussi le fait qu'ils aient «proposé une solution concrète avec des engagements très forts et écrits» en termes de subventions et de planning notamment, ajoute Sylvain Paineau.

«Cette capacité à travailler ensemble, c'est la force de ce territoire, confirme Rafael Ponce. On soutient les industriels financièrement mais en contrepartie on est exigeants. S'il y a des engagements sur des emplois ou des formations, on veut les voir. Si on investit, c'est qu'on aura un retour sur investissement. Tout ce qui se passe ici doit bénéficier aux Dunkerquois et, plus largement, aux habitants des territoires voisins.» La recette dunkerquoise semble fonctionner : d'autres implantations industrielles majeures ont été annoncées, dont celle d'une nouvelle gigafactory de batteries du taïwainais Prologium. Celle-ci devrait entraîner la création de 2 000 emplois. 

Géraldine Langlois (La Gazette des communes)

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