Tereos retrouve le sourire. Affecté ces dernières années par des problèmes de gouvernance et une stratégie de diversification à l’international qui a fait s'envoler sa dette, le groupe spécialiste du sucre – mais qui détient également des activités dans le secteur des biocarburants et de l’amidon -, a indiqué avoir redressé la barre à l’occasion de la présentation de ses résultats annuels ce 1er juin.
Sans surprise, le chiffre d’affaires a été gonflé par l’inflation, pour atteindre 6,6 milliards d’euros (+29% sur un an) sur un exercice arrêté au mois de mars 2023. Plus important, le résultat opérationnel est multiplié par deux et l’Ebitda grimpe de 62% à plus de 1,1 milliard d’euros, une performance réalisée aussi bien grâce aux activités sucrières qu’à celles liées aux biocarburants ou à l’amidon. Des chiffres dans le sillage de ceux enregistrés par son grand concurrent national, Cristal Union.
Inflation bien répercutée
«Nous avons réussi à faire passer l’intégralité des effets de l’inflation, a détaillé Olivier Leducq, le directeur commercial du groupe. C’est particulièrement le cas en Europe, qui devient un marché structurellement importateur de sucre.» De quoi doper les cours durablement : Olivier Leducq estime que l’envolée des prix du sucre en Europe, en hausse de 80% sur l’exercice, n’est pas finie. Tereos martèle aussi être passé d’une «stratégie de volumes», qui avait conduit à un effondrement des cours dans le sillage de la fin des quotas sucriers en 2017, à une «stratégie de valeur». Il est fait mention d’une «marge de plus de 10%» sur l’ensemble de ses activités.
De bons résultats que le président Gérard Clay a aussi expliqués par «la cession d’activités déficitaires», entérinant pour de bon la fin de la stratégie de diversification «coûteuse» dans laquelle s’était lancé Tereos ces dernières années et une «réorganisation industrielle (des activités) en France». Début mars, l’industriel a annoncé sabrer ses effectifs nationaux, avec la fermeture de trois sites et la suppression de 150 emplois.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Même sur sa dette, Tereos se montre confiant. «L’objectif de réduction de la dette structurelle est atteint», assurent les dirigeants. Celle-ci a en effet été réduite de près de 400 millions d’euros sur un an, pour revenir autour de 1,3 milliard d’euros. Mais au global, la dette du groupe s'accroît (2,7 milliards d’euros) du fait de besoins de trésoreries quotidiens en forte augmentation (BFR). «C’est une conséquence de la hausse du coût du stock, notamment du fait des prix des betteraves, mais aussi des appels de marges sur les marchés pour l’approvisionnement en énergie, a commenté Gwenaël Elies, le directeur financier. Structurellement, nous resterons à des niveaux élevés sur ce terrain. Mais ça ne pose pas les mêmes problèmes en matière de financement que ce qui relève de la dette structurelle.» La hausse du prix des betteraves payées aux coopérateurs, à plus de 40 euros la tonne, est de nature à enrayer la baisse des surfaces.
Décarbonation
Le mot de la fin est revenu à Jorge Boucas, le tout fraichement nommé directeur général du groupe. Une nomination censée mettre un terme à des années d’errance en matière de gouvernance – un versement d’un dividende a d’ailleurs d’ores et déjà été annoncé pour les coopérateurs. Il a jugé que les résultats permettaient d'aborder l'avenir sereinement, que ce soit pour aborder «la transition écologique dans nos fermes, la transition de la consommation alimentaire, et enfin, la transition écologique dans nos usines.»
S’il compte sur les aides gouvernementales pour mener à bien sa quête, Tereos déploiera à compter de 2024 une enveloppe de 500 millions pour réduire, d’ici 2032, de 50% le bilan carbone de ses sucreries et amidonneries. L’industriel a été récemment convié à l’Elysée, deux de ses sites étant identifiés parmi les plus gourmands en énergie du pays. Là encore, il s’est montré rassurant, indiquant que les «données de référence dataient de 2019». D’importants travaux ont été menés depuis, permettant notamment la bascule du site de Chevrières (Oise) du charbon vers le gaz.



