Une bien mauvaise nouvelle pour le tissu agroalimentaire français. Le groupe Tereos, connu notamment pour ses activités sucrières et sa marque Béghin Say, a annoncé par voie de communiqué mercredi 8 mars «un projet de réorganisation de son activité industrielle en France». Concrètement, 150 emplois vont être supprimés sur deux sites de production et un troisième, dédié à la fécule, va être cédé.
Tereos justifie sa décision par le besoin de «retrouver des marges de manœuvre financières pour sauvegarder sa compétitivité». Les résultats trimestriels du groupe, parus fin février ne laissaient toutefois pas augurer pareille décision, le groupe affichant une belle amélioration de ses bénéfices, avec un Ebitda en progression de 81% à 769 millions d’euros. Même sa dette, fardeau pourtant structurel, s'est significativement allégée.
Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a fait part de son incompréhension par voie de communiqué le 9 mars. «Tereos doit assumer ses choix économiques en transparence et les expliquer, alors que des engagements ont été pris en 2020 et 2021 sur la pérennité des outils industriels. Ces décisions ne devront laisser aucun agriculteur et aucun salarié sans solution.» «L'annonce a surpris tout le monde au regard de leurs derniers résultats financiers, confirme Guillaume Tramcourt, secrétaire fédéral FGTA-FO. Les derniers discours de la direction n'allaient pas en ce sens: ils parlaient plutôt de développer l'activité...»
Il n'en est rien. «Ce projet consisterait au redimensionnement de l’empreinte industrielle du site d’Escaudoeuvres (Nord) avec un projet d’arrêt de l’activité sucrière et le maintien de l’activité du centre logistique, d’une partie des activités du service agricole et support; et un projet d’arrêt de l’atelier de distillerie de Morains (Marne). Indépendamment de ce projet, Tereos informe chercher un acquéreur pour son site d’Haussimont (Marne)», détaille le groupe dans le communiqué. Il invoque notamment des difficultés liées au coût de l'énergie.

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Février 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Février 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Février 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Baisse de rentabilité liée à la transformation de la betterave?
Pour le site d’Escaudoeuvres, 126 emplois vont être supprimés. Tereos annonce «l’arrêt de l’activité sucrière et le maintien des activités du centre logistique, d’une partie de celles du service agricole et du support pour le site (30 postes maintenus)». Le groupe fait état d'une baisse de la rentabilité liée à la transformation de la betterave en France. «S'agissant d'une zone de production moins touchée que beaucoup d'autres par la jaunisse en 2020, cette décision de restructuration industrielle à Escaudoeuvres apparaît d'autant plus étonnante, a réagi Marc Fesneau. C'est pourquoi les motivations économiques de cette décision doivent être éclaircies par Tereos qui doit l'endosser sans tenter d'en faire porter la responsabilité par l'Etat.»
«Il y a une baisse durable des volumes de betterave produits autour de l'usine, détaille de son côté Gaëlle Toussaint, porte-parole du groupe Tereos. On estime que le site ne pourrait tourner qu'entre 25 et 45 jours à l'avenir alors que la campagne moyenne est de 110 jours. C'est un site sur lequel nous avons beaucoup investi mais sans atteindre la compétitivité que nous souhaitons.»
Pour la distillerie d'alcool des Morains, dans la Marne, 26 postes sont concernés. «Le mix de production évolue vers une augmentation de la production de sucre à Connantre et une diminution du volume de substrats à destination de Morains, qui est, par conséquent, en sous-utilisation depuis plusieurs années», indique Tereos.
Quel avenir pour tous ces salariés? «Le reclassement en interne est vraiment envisageable sur les autres sites, assure Gaëlle Toussaint. Il y a des recrutements en cours et la capacité pour le faire.» Un discours qui ne convainc pas les syndicats. «Il sera difficile de reclasser les 126 salariés d'Escaudoeuvres au regard de la situation géographique de l'usine, souligne Guillaume Tramcourt. L'usine la plus proche est à une heure de route. Il n'y aura jamais assez de postes par ailleurs.»
Cession à venir de l'activité fécule
Enfin, toujours dans la Marne, le site d’Haussimont va être cédé, sans que rien ne soit communiqué sur l’avenir des emplois. La cession de ce site dédié à la fécule ne devrait cependant pas se faire dans l’immédiat, «et assurera l’activité de son site de transformation de pommes de terre fécule pour la campagne 2023/24», souligne Tereos. «L'activité n'était pas rentable malgré les investissements», déclare Gaëlle Toussaint.
«C’est un coup dur pour la filière pommes de terre et pour tous les producteurs, mais une décision qui était malheureusement prévisible, a réagi l'Union nationale des producteurs de pommes de terre dans un communiqué du 8 mars. Voilà plus d’un an que l’UNPT alerte sans relâche les pouvoirs publics sur la fragilité du secteur féculier national. La crise que traverse le secteur qui essuie depuis plusieurs années des baisses de rendements catastrophiques (-28% en volume en 2022 par rapport à 2021) et subit une concurrence européenne féroce de la part des pays du Nord et de l’Est, est par cette décision mise en totale exergue.»
Le groupe Tereos a annoncé mi-février l’arrivée d’un nouveau directeur général Jorge Boucas à compter du 20 avril 2023. Son arrivée devait solder la fin de la crise de gouvernance du groupe, entamée fin 2021... Mais pas celle, sociale, qui vient de s'ouvrir au sein de l'entreprise.



