Teréga souhaite relancer un projet d’interconnexion gazière entre l'Espagne et la France

Teréga a présenté mercredi 2 juin ses résultats pour l’année 2021. Le gestionnaire du réseau de transport de gaz dans le Sud-Ouest a bien résisté à la crise et se projette désormais vers 2050. Il souhaite investir dans le biométhane et développer un nouveau gazoduc transfrontalier avec l’Espagne.

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Teréga installation de gaz
Teréga souhaite relancer le projet de gazoduc «Mid-Cat», qui permettrait de doubler le flux de gaz entre la France et l’Espagne. L'idée avait été rejetée en 2019, jugée trop coûteuse et «ne répond[ant] pas aux besoins du marché».

Un chiffre d’affaires en hausse à 148 millions d’euros, un résultat net de 65 millions d’euros, des investissements à hauteur de 138 millions d’euros, «presque au niveau d’avant-crise» : les affaires tournent pour Terega. Le gestionnaire du réseau de transport (GRT) de gaz dans le Sud-Ouest présentait jeudi 2 juin à Paris ses résultats annuels pour 2021. Dominique Mockly, le directeur général (DG) de l'opérateur, a salué le «retour de flux normaux» sur le réseau après une année 2020 minée par la pandémie. Il a également souligné la bonne performance du secteur industriel, dont la consommation est repartie à la hausse pour s’établir à 5,2 TWh sur l’ensemble de l’année 2021, dans la moyenne. Mais Dominique Mockly n’a pas fait le déplacement depuis Pau jusqu’à la capitale pour se contenter d’égrener des chiffres au sujet de son entreprise, qui ambitionne de devenir un «opérateur d’infrasctructures multi-énergies digital» acteur de la transition énergétique. Le DG a beaucoup parlé des futurs projets et des challenges qui attendent Teréga dans les années à venir.

A commencer par un sujet qui divise : MidCat, pour «Midi-Catalogne». Il s’agit d’un projet de gazoduc long de 190 kilomètres censé relier Barcelone à la France en passant par les Pyrénées-Orientales et l’Aude, proposé dès 2009 par Teréga en concertation avec l’espagnol Enagás. L’idée a été rejetée en 2019 par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et son homologue espagnol (CNMC), car jugée trop coûteuse et «ne répond[ant] pas aux besoins du marché».

Un projet de gazoduc avorté en 2019

Aujourd’hui, Dominique Mockly est pourtant bien décidé à relancer ce projet de troisième connexion transfrontalière, qui permettrait de doubler le flux de gaz entre la France et l’Espagne. Depuis le début de la guerre en Ukraine, 6% de l’approvisionnement français provient de la péninsule ibérique, selon Teréga. Mais importer davantage est compliqué en raison de la saturation des deux gazoducs existants entre les deux pays actuellement.

La preuve qu’une nouvelle connexion aurait un rôle indéniable à jouer dans la sécurité d’approvisionnement du continent au regard de la crise énergétique qu’il connait actuellement ? Interrogée à ce sujet mercredi 1er juin, la CRE n’est pas de cet avis. Côté espagnol, l’idée n'est pas totalement battue en brèche. La ministre de l'Energie, Teresa Ribera, a déclaré que le gazoduc pourrait être envisagé tant que les contribuables espagnols n'ont pas à le payer, rapporte Bloomberg.

Une nouvelle connexion permettrait par ailleurs de mettre à profit le gaz naturel liquéfié (GNL) espagnol. Le pays dispose de sept terminaux maritimes permettant d’importer du GNL, dont six sont en activité. «Mais 60% de ces capacités sont inexploitées», a déploré Dominique Mockly.

«Prendre des risques» sur l'hydrogène

Le gazoduc nécessiterait toutefois d’être convertible pour transporter dans un futur plus ou moins proche de l’hydrogène (plus corrosif que le gaz), en ligne avec l'ambition de l’Union européenne de développer cette énergie. Teréga se positionne sur ce créneau et se dit prêt à «prendre des risques» pour investir dans la future «dorsale européenne de l’hydrogène». Le GRT envisage de disposer à terme de 1000 kilomètres de canalisations, dont 40% seraient neufs. «C’est la flexibilité d’un réseau qui en fait sa richesse», a estimé Dominique Mockly.

Accélérer le développement du biométhane

Enfin, le biométhane est le dernier sujet brûlant sur le bureau du PDG, qui dit observer «une vraie dynamique dans ce secteur». Il appelle les autorités gouvernementales à revoir à la hausse l'objectif de 7% de gaz issu de la méthanisation pour 2030. «Il faudrait passer à 17, voire 20%, a estimé le PDG. Les moyens sont là!» A cette échéance, le plan REPowerEU ambitionne une production de 35 Gm3 (gigamètre cube) de biométhane par an.

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