Sur près de 1900 salariés de TechnicAtome, 85% sont positionnés en Provence, entre le centre d’ingénierie d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le site du CEA Cadarache, à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône) et la base navale de Toulon (Var). Cet effectif qui a crû de 30 % les cinq dernières années va encore s’étoffer à Aix où l’entreprise occupe déjà 18 000 m² sur quatre édifices, au point de nécessiter la réalisation d’un nouveau bâtiment de 4 000 à 5 000 m².
«Les études de nouveaux locaux ont été lancées. L’investissement est en cours d’évaluation. Nous avons des perspectives de croissance forte, avec un objectif de 1150personnes à 2025. Aujourd’hui, 950personnes y travaillent, dont 720collaborateurs directs et 230sous-traitants. 70% des personnels relèvent de l’ingénierie et recouvrent 90métiers», explique le directeur d’établissement d’Aix et directeur de l’ingénierie, Rémi Clamens. Cette expansion suit l’essor du groupe. «Notre carnet de commandes représente 1,5 milliard d’euros, soit trois fois notre chiffre d’affaires, détaille Loïc Rocard, le PDG, en visite à Aix, le 14 octobre. Sur nos marchés, la tendance est bonne, nous sommes sur une industrie qui a plutôt le vent en poupe, avec de plus en plus de commandes de nos clients, c’est une perspective enthousiasmante, mais nous avons un enjeu de compétitivité à maintenir.»
Porté par la propulsion nucléaire
Tous les projets sur lesquels TechnicAtome se mobilise sont porteurs de retombées et de visibilité à long terme pour ses équipes basées en Provence. A commencer par la réalisation pour la Marine nationale de chaudières pour la propulsion des six sous-marins nucléaires d’attaque "Barracuda" (SMA). La société vient de mettre en service le réacteur du "Duguay-Trouin", le deuxième de cette série. « C’est notre troisième réacteur réalisé en quatre ans, après celui pour le SMA "Suffren" et pour le réacteur d’essai (RES) à terre, mis en service en 2018 à Cadarache. Ses essais se dérouleront en décembre pour une livraison en 2023. Ce contrat sur les SMA nous occupera jusqu’à la fin de cette décennie. La conception du cœur du réacteur est assurée à Aix, le combustible est fabriqué à Cadarache » poursuit le PDG.
L’entreprise s’investit parallèlement sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), entrés en phase de réalisation. « Nous avons déjà passé des commandes de composants », indique Loïc Rocard. Les quatre engins devraient être opérationnels pour 2035. Quant au porte-avions nouvelle génération (PA-NG), à l’état d’études d’avant-projet depuis 2021, l’échéancier est à 2038. TechnicAtome a en charge la conception d’une nouvelle chaufferie (K22) plus puissante que pour le Charles-de-Gaulle.
Modernisation d’unités
Entre temps, pour 2030/2032, les ingénieurs du groupe se seront attelés à la modernisation de plusieurs unités à Cadarache avec une nouvelle usine combustible apte à supporter les futurs programmes, pour remplacer celle de 1981 et le renouvellement de la "pile Azur", réacteur expérimental de faible puissance pour la propulsion nucléaire, mis en service en 1962, que TechnicAtome exploite depuis 1974. « Cadarache est le quatrième port de base de la propulsion nucléaire, indique Lionel Marx, directeur de l’établissement de Cadarache et de l’exploitation et des opérations industrielles. Tous les programmes de propulsion nucléaire ont vu leurs prototypes naître à Cadarache, avec des réacteurs, des boucles d’essais… et même le prototype à terre (PAT) en 1964. Nous exploitons un réacteur pour le compte du CEA et fabriquons tous les combustibles nécessaires à l’ensemble des chaufferies des bateaux et sous-marins, mais nous y stockons aussi des dizaines de milliers de pièces pour la fabrication des nouveaux sous-marins ou les révisions intermédiaires des engins, nous réalisons des opérations d’entretien et de montage avec des forces de projection à Brest, Cherbourg et Toulon, nous y qualifions les composants et le site abrite même notre hot-line des chaufferies en service. Pour faire face à toutes ces missions, notre besoin de recrutement avoisine les 200 personnes dans les trois à quatre ans », ajoute--t-il.
Rayonnement territorial
Quant au nucléaire civil, l’implication de TechnicAtome dans le programme de "small modular reactor" (SMR) français Nuward, avec EDF, le CEA et Naval Group, génèrera également des impacts concrets sur un territoire où l’entreprise opère 30 % de ses achats (75 millions d’euros) auprès de 275 entreprises. «Nous sommes aujourd’hui en fin d’avant-projet sommaire. La construction de la première série en France devrait débuter sur la prochaine décennie », indique Loïc Rocard. Concepteur et fournisseur du bloc réacteur, TechnicAtome continue d’intervenir en maîtrise d’œuvre sur la construction du RJH (réacteur Jules Horowitz) qui se poursuit à Cadarache. « Nous sommes à l’origine de sa conception avec le CEA au début des années 2000. Le projet a été réorganisé il y a deux ans par le CEA. C’est un projet difficile qui prendra encore pas mal d’années. 150 personnes sont mobilisées sur ce chantier dont le montage est bien avancé », confie Loïc Rocard, laissant au CEA la responsabilité d’en annoncer la date de mise en service.



