La sidérurgie britannique traverse une passe difficile. Tata Steel, filiale du conglomérat indien Tata, va fermer les hauts-fourneaux de son usine sidérurgique de Port Talbot, au sud du Pays de Galles, a confirmé le géant de l’acier vendredi 19 janvier. Cette décision fait partie d’un plan de restructuration dont l’objectif affiché est d’«inverser la tendance après plus d’une décennie de pertes, pour transitionner des anciens haut-fourneaux vers une activité d’acier vert plus durable» via l’installation d’un gigantesque four à arc électrique, indique l'entreprise.
L’arrêt des deux haut-fourneaux de l’usine, qui emploie 8 000 personnes, mènera à la suppression de 2 800 emplois, dont 2 500 dans les 18 prochains mois. Les syndicats des travailleurs du secteur, Community, GMB et Unite (qui avaient proposé un plan alternatif refusé par la direction de l’entreprise) s’opposent au plan de Tata Steel, jugé «inacceptable» et en appellent au gouvernement. «L’autre option aurait été de fermer le site en entier», a déclaré le Premier ministre du Royaume-Uni, Rishi Sunak, devant la presse britannique tout en reconnaissant que les suppressions d'emplois vont entraîner «des temps d’inquiétudes pour toutes les personnes affectées».
L’annonce de Tata Steel arrive après de longues négociations avec le gouvernement, au cours desquelles le géant indien s’est engagé, en septembre, dans un plan de transition à 1,25 milliard de livres (de l’ordre de 1,45 milliard d’euros) subventionné par le gouvernement britannique à hauteur de 500 millions de livres.
Des hauts-fourneaux incompatibles avec la transition énergétique
Dans son communiqué de presse, Tata Steel avance deux raisons pour soutenir sa décision. D’abord, l’usine est fortement déficitaire. Ensuite, les haut-fourneaux – des installations qui permettent de transformer le minerai de fer en fonte, ensuite utilisée pour la production d’acier – sont très gourmands en charbon. A tel point que le site de Port Talbot représente à lui seul 1,5% des émissions de CO2 du Royaume-Uni. Tata Steel considère que «faire perdurer la production des hauts-fourneaux n'est ni faisable, ni abordable».

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Le premier haut-fourneau, ainsi que les fours à coke, seront fermés mi-2024, tandis que les installations restantes baisseront le rideau au cours du second semestre de l’année. La ligne de recuit continu cessera son activité en mars 2025. Seule concession aux propositions des syndicats, la ligne de laminage à chaud continuera d’opérer sur le site. Les installations aval de transformation de l’acier seront maintenues, en important des produits semi-finis depuis les usines de Tata Steel aux Pays-Bas et en Inde.
«Notre plan ambitieux inclut le plus grand investissement en capital dans la production sidérurgique britannique depuis plus d’une décennie [...] pour transformer le site de Port Talbot en l’un des premiers centres d’acier vert d’Europe», tente de défendre le PDG de Tata Steel, T. V. Narendran. Le groupe indien prévoit de mettre en place un four à arc électrique d’une capacité de trois millions de tonnes d’acier d’ici 2027.
Ce choix marquera toutefois un tournant pour l’industrie sidérurgique au Royaume-Uni : contrairement aux hauts-fourneaux, les fours à arc électrique ne peuvent pas produire d’acier primaire à partir de minerai de fer, mais seulement fondre du fer déjà pur. Le procédé émet 70% de moins que CO2 par tonne d’acier que la production en haut-fourneau, mais est dépendant d’approvisionnements en ferraille et n’est pas adéquat pour la production de certains aciers haut-de-gamme.
La sidérurgie britannique à un "tournant"
Tata Steel ne mentionne pas l’option de la réduction directe du minerai de fer avec de l’hydrogène, choisie par exemple par ArcelorMittal pour son site de Dunkerque (où l’entreprise a confirmé début janvier un investissement de 1,8 milliard d’euros, subventionné par un chèque de 850 millions d'euros de l'Etat français). Cette technologie permet de produire de l’acier primaire en traitant le minerai de fer avec de l’hydrogène (ou du gaz naturel, qui n'est pas décarboné) à la place du charbon.
L’annonce de Tata Steel intervient à la suite d'un mouvement similaire de British Steel. En novembre, l'autre industriel de l'acier primaire outre-manche, détenu par des capitaux chinois, avait annoncé la fermeture des deux hauts-fourneaux de son usine de Scunthorpe, remplacés par des fours à arc électrique à Scunthorpe et à Teesside. «Le plan annoncé par British Steel, combiné avec celui de Tata Steel, laisserait le Royaume-Uni incapable de produire de l’acier à partir de matières premières brutes et dangereusement exposé aux marchés internationaux», avait alors alerté le secrétaire général du syndicat Community, Roy Rickhuss. Sans succès : il n'y aura bientôt plus de haut-fourneau au Royaume-Uni.
«L’annonce d’aujourd’hui démontre la difficulté d’opérer dans un marché de l’acier très difficile, avec une demande faible, des prix en baisse et des coûts en augmentation», a réagi Gareth Stace, le directeur de l’organisme UK Steel qui représente la filière. «L’industrie sidérurgique britannique est à un tournant critique», avertit-il. Alors que le Royaume-Uni prépare son propre mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, la sidérurgie d'outre-Manche doit investir dans sa transition verte tout en soutenant les assauts féroces des aciers chinois et indiens. Aujourd'hui, elle produit six millions de tonnes d’acier par an aujourd’hui, soit 70% des besoins du pays.



