«Une usine chimique doit être utilisée de 75 à 80% de ses capacités pour être rentable. Aujourd’hui, nous tournons à 40%», déplore Kristof Mahieu. S’il veut rester optimiste, le gérant de Butachimie sur la plateforme de Chalampé (Haut-Rhin) tire tout de même la sonnette d’alarme.
La coentreprise de BASF et Invista, basée sur la plateforme chimique de Chalampé (Haut-Rhin), au bord du Rhin, fabrique de l’adiponitrile (ADN) et de l’hexaméthylènediamine (HMD), qui entrent dans la composition du nylon. Les clients finaux sont l’automobile, le textile, l’aéronautique… Depuis le début de l’année, un des ateliers de production de produits intermédiaires est mis à l’arrêt. Une trentaine de salariés environ sont concernés. «Nous n’avons pas recours à l’activité partielle, mais nous nous réorganisons en interne, nous les formons à d’autres métiers, nous faisons moins appel à des prestataires», reprend Kristof Mahieu.
Le déclenchement de la crise a été provoqué par le début de la guerre en Ukraine en 2022 et la flambée des prix de l’énergie qui ont suivi. Le gaz est utilisé comme source d’énergie, mais aussi, et surtout, comme matière première dans l’usine. Aujourd’hui, il reste encore trois fois plus cher qu’avant la crise, après avoir été quatre à cinq fois plus haut, les deux dernières années. Les secteurs utilisateurs des produits finaux de l’industrie, comme l’automobile ou la construction, sont eux-mêmes à la peine.
Toute la chimie française concernée par la concurrence des États-Unis et de la Chine
L’activité du chimiste est aussi fortement concurrencée par les productions qui se sont développées, aux États-Unis et surtout en Chine. Une situation partagée par tout le secteur, comme le mettait en avant France Chimie, à la mi-avril 2025, à l’occasion de la présentation du bilan annuel et des perspectives de la chimie en France. «Face à la domination de la Chine et à la guerre commerciale avec les États-Unis, la chimie en France n’est pas en mesure de résister avec des coûts de l’énergie plus importants que dans les zones concurrentes, une réglementation européenne complexe et la fiscalité la plus élevée de la zone euro», indique la fédération professionnelle qui réunit plus de 1150 entreprises.
La compétition se joue au niveau mondial, mais les règles ne sont pas les mêmes, avance le gérant de Butachimie. «Nous ne remettons pas en question les enjeux des réglementations, mais la vitesse à laquelle il faut y aller». Butachimie a signé en mai avec l’Ademe la convention ZIBAC, les Zones industrielles bas carbone, en tant que membre de l’association «COB30», formée avec les industriels Alsachimie, Lat Nitrogen, Linde France, B+T Group, ainsi que NaTran et Mulhouse Alsace Agglomération.
Dans ce cadre, la moitié du montant des études de décarbonation du site va être prise en charge. Un gros pas a été franchi chez Butachimie, en 2019-2020, avec la mise en place d’un nouvel outil de production, pour un investissement de 250 millions d’euros. Les émissions de carbone ont été réduites de 90%, ces 25 dernières années, met en avant Kristof Mahieu, qui souhaite continuer à investir pour la décarbonation. Le prochain grand arrêt, programmé en 2026, est aussi vu comme l’occasion d’améliorer la production et la sécurité de l’installation. «Nous nous appuyons aussi sur nos actionnaires, Invista et BASF, qui sont les acteurs principaux de HMD et ADN polyamides, au niveau mondial. Nous restons optimistes sur le long terme», reprend Kristof Mahieu.



