Encore une fois, l’année 2020 s’annonce plus propice que prévue pour STMicroelectronics. Le fabricant franco-italien de puces électroniques, qui compte 46 000 employés dans le monde, dont 10 300 en France, s’attend désormais à un chiffre d’affaires de 9,97 milliards de dollars (plus ou moins 90 millions de dollars), en hausse de 4,3 % en valeur médiane par rapport à 2019. Il pourrait franchir la barre des 10 milliards de dollars si l’éclaircie annoncée du marché se confirme, ce qui serait une première dans l’histoire du groupe depuis 2011 et la troisième fois après 2007 et 2010. Quant à la marge d’exploitation, elle serait légèrement au-dessus de 10 %. Des projections saluées en Bourse par un gain de 2 % de l'action.
Remontée de l'automobile
Au début d’octobre 2020, le groupe avait déjà revu à la hausse ses prévisions de chiffre d’affaires médian à 9,45 milliards de dollars, dans le haut de la fourchette de ses projections précédentes. La nouvelle révision à la hausse est justifiée par l’amélioration plus rapide que prévue des conditions du marché. Ceci est particulièrement vrai dans l’automobile, qui a subi le plus gros impact de la pandémie du Covid-19.
" Dans ce secteur, la demande mondiale s'est accélérée plus rapidement que ce à quoi nous nous attendions en juillet 2020, confirme Jean-Marc Chéry, le président du directoire et directeur général de l’entreprise, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre 2020 aux analystes et médias, le 22 octobre 2020. Cette accélération est tirée par les volumes de production automobile, qui ont continué d'augmenter en Chine et en Corée du Sud et ont redémarré plus rapidement que prévu en Europe et aux États-Unis. "

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Paradoxalement, la crise du Covid-19 est en train de donner une formidable accélération de l’électrification et de la digitalisation dans l’automobile, avec la perspective de ventes de 7 millions de voitures hybrides et 2 millions de voitures électriques en 2020 selon Jean-Marc Chéry. La dynamique est particulièrement forte dans les fonctions d’automatisation de niveaux 2 et 2+, où le groupe affirme avoir livré, avec son partenaire Intel-Mobileye, plus de 50 millions de puces de traitement de la vision Eye-Q au cours des cinq dernières années. " STMicroelectronics est mieux placé que tous ses pairs pour bénéficier de cette tendance ", confie à L'Usine Nouvelle un analyste financier de la place de Paris.
Succès auprès de Samsung
Dans les mobiles, le groupe bénéficie à plein du lancement de l’iPhone 12, le premier iPhone 5G d’Apple pressenti comme un grand succès sur le marché et dont il signe plusieurs composants clés, dont le capteur de proximité, le module eSIM et l’imageur de la caméra 3D. Jean-Marc Chéry a confirmé la présence de l’entreprise dans le Galaxy Note 20, le dernier smartphone vedette de Samsung, avec au moins quatre ou cinq composants selon le modèle, dont le capteur à temps de vol du Galaxy Note 20 Ultra, un marché que STMicroelectronics a remporté au nez et à la barbe de Sony qui fournit ce composant à la génération précédente, le Galaxy Note 10+.
Tous les segments de produits s’annoncent en croissance en 2020 à l’exception d’un seul : celui des circuits radiofréquences. En cause : l’arrêt brutal des livraisons à leur plus grand destinataire, Huawei, conformément au troisième round des sanctions américaines à son encontre entrées en vigueur le 15 septembre 2020. "Après 30 trimestres consécutifs de croissance, nos fournitures à Huawei se sont arrêtées net le 15 septembre 2020, confie Jean-Marc Chéry. Nous n’avons d’autre choix que de nous conformer aux nouvelles restrictions américaines. Au quatrième trimestre 2020, notre chiffre d’affaires en provenance de ce client tombera à zéro. Bien sûr, nous avons demandé aux autorités américaines une licence pour reprendre nos livraisons. Nous n’avons aucune réponse à ce jour." L’impact devrait être significatif, car Huawei figure parmi les dix plus gros clients de STMicroelectronics. Son poids dans le chiffre d’affaires du groupe n'est pas dévoilé, mais il tournerait autour de 5 %. C’est loin, très loin de celui d’Apple, premier client avec un poids de 17,5 % en 2019. Voilà qui risque d'affecter la charge de l'usine Crolle 1, près de Grenoble, où ces composants sont fabriqués.
Déception dans le carbure de silicium
Autre déception : le carbure de silicium, le grand dada de Jean-Marc Chéry et l’une des armes stratégiques du groupe dans la course à l’électrification des véhicules. L’objectif de départ de chiffre d’affaires de 300 millions de dollars en 2020 dans cette activité, contre environ 200 millions de dollars en 2019, ne sera pas atteint, et ce malgré l’augmentation des engagements dans ce domaine à 60 clients et 68 programmes de développement. Mais l'homme fort du groupe a assuré que le revenu de cette activité sera bien supérieur cette année à celui en 2019.
Globalement, l’amélioration se voit dans la diminution des charges de non-saturation de l’outil de production. De 310 points de base de la marge brute au deuxième trimestre 2020, elles sont tombées à 140 au troisième trimestre, et la direction s’attend à ce qu’elles chutent encore à 70 au quatrième trimestre. Le taux d'utilisation des capacités de production se situent à 73-74 % au troisième trimestre 2020 et devrait monter aux alentours de 82 % au quatrième trimestre, toujours en dessous de l'optimum de 90 % selon Lorenzo Grandi, le directeur financier.
Ces bonnes perspectives interviennent dans un marché des semi-conducteurs prévu désormais en croissance de 7 % par le cabinet VLSI Research alors qu'il était donné en baisse de 4 % auparavant. Elles confortent Jean-Marc Chéry dans son ambition de porter le chiffre d’affaires à 12 milliards de dollars d’ici 2022. Stéphane Houri, analyste financier chez Oddo-BHF, voit le groupe atteindre cet objectif, en chiffre d’affaires trimestriel récurrent, au quatrième trimestre 2021.



