Une bonne nouvelle pour l’Italie. Le pays va accueillir une nouvelle usine de semi-conducteurs. Selon les informations exclusives de L’Usine Nouvelle, STMicroelectronics compte construire une nouvelle mégafab sur son site à Catane, en Sicile. Un investissement de 5 milliards d’euros. Il sera dédié à la production de puces en carbure de silicium. Le projet est en cours de discussions avec les autorités italiennes et la Commission européenne.
Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs, qui compte 12 000 salariés en Italie, autant qu’en France, espère obtenir une subvention des pouvoirs publics italiens couvrant jusqu’à 40% du coût total dans le cadre du Chips Act européen, entré en vigueur en septembre 2023. Contactée par L'Usine Nouvelle, l'entreprise s'est refusée à tout commentaire, invoquant la confidentialité du dossier.
Catane abrite l’un des deux principaux sites industriels de STMicroelectronics en Italie aux cotés de celui d’Agrate, près de Milan. Il constitue notamment la base de développement et de production de composants électroniques de puissance en carbure de silicium du groupe avec le site de Singapour comme seconde source. STMicroelectronics est en train d’y construire une usine de substrats de carbure de silicium pour un investissement de 730 millions d’euros, financé à 40% pour les pouvoirs publics italiens. L’objectif est de subvenir à 40% de ses besoins en substrats en interne à partir de 2024, alors qu’il dépend aujourd’hui entièrement de fournisseurs extérieurs comme Wolfspeed, aux Etats-Unis, ou SiChrystal, en Allemagne.
Menace à l'horizon
Le carbure de silicium émerge comme un semi-conducteur-clé de l’électrification des véhicules. Par rapport au silicium classique, il offre l’avantage d’allonger l’autonomie, d’accélérer la recharge de la batterie, d'améliorer la fiabilité des véhicules électriques. STMicroelectronics fait figure de pionnier et leader de cette technologie avec 37% du marché en 2022 selon le cabinet Yole Développement, ce qui en fait un acteur deux fois plus gros que le numéro deux, l’allemand Infineon Technologies, crédité d’une part de 19%. Un leadership qu’il doit son client Tesla.
Mais la concurrence s'affûte. Infineon Technologies est en train de mettre les bouchées doubles avec un plan d’investissement de 7 milliards d’euros sur son site de Kulim, en Malaisie, avec l’objectif de capter 25% du marché à l’horizon 2030. Mais la plus grande menace pourrait venir d’Onsemi. Ce fabricant américain, issu de Motorola, est passé de la cinquième place avec 5% du marché en 2021 à la quatrième avec 15% en 2022 selon Yole Développement. Et devrait talonner dangereusement STMicroelectronics en 2023. Cette irruption spectaculaire, il la doit à son entrée en 2022 dans la chaîne d’approvisionnement de Tesla, aux côtés du fabricant franco-italien qui était le fournisseur exclusif du constructeur américain de voitures électriques.
Transition vers la techno SmartSiC de Soitec
Pour gagner en compétitivité et défendre son leadership, STMicroelectronics prépare une double transition à partir de 2024 : des plaquettes de 150 mm de diamètre, qui constituent l’état de l’art actuel dans cette filière, vers celles de 200 mm, et du carbure de silicium monocristallin classique vers la technologie de substrat SmartSiC de Soitec, qui offre l’avantage de booster les performances de 15 à 20% et de réduire les émissions de carbone de 70%. Les substrats SmartSiC viendront en partie de la nouvelle usine Bernin 4 de Soitec, près de Grenoble, et seront pour le reste produits sous licence par STMicroelectronics dans son usine de substrats à Catane. Le nouvelle mégafab est destinée à accélérer cette double transition.
Depuis qu’il a pris les rênes de l’entreprise en 2018, Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics, fait du développement dans le carbure de silicium un moteur stratégique de son plan de croissance visant à franchir le seuil de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires autour de 2026, contre 17,4 milliards de dollars (plus ou moins 150 millions de dollars) prévu en 2023. Il s’attend à ce que le revenu réalisé dans cette activité atteigne 1,2 milliard de dollars en 2023, contre environ 700 millions de dollars en 2022, et ambitionne de passer à 3 milliards de dollars en 2025 puis à 5 milliards de dollars en 2030.
Explosion de la demande
Avec l’accélération de l’électrification des véhicules, la demande de composants et modules électroniques de puissance en carbure de silicium est en train d’exploser. Selon Yole Développement, le marché devrait flirter avec les 9 milliards de dollars en 2028, contre à peine 2 milliards de dollars en 2022. Près des trois quarts de la manne en 2028 viendraient de l’automobile.



