STMicroelectronics mis en demeure pour son projet de mégafab à Crolles

Plusieurs associations mettent en demeure STMicroelectronics de «respecter ses obligations environnementales» dans son projet de nouvelle usine de puces à Crolles en Isère. Elles menacent d’engager une action en justice.

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STMicroelectronics Crolles
Vue exterieure du site de Crolles de STMicroelectronics

Les associations environnementales font monter la pression contre STMicroelectronics au sujet de sa nouvelle mégafab avec GlobalFoundries à Crolles, en Isère. Inquiètes des répercussions de ce projet sur l’environnement et la population, elles ont adressé, le 7 décembre, une mise en demeure au fabricant franco-italien de puces, le sommant de communiquer, au titre de la loi sur le devoir de vigilance, les risques que fait peser l’extension de son activité industrielle sur le site grenoblois.

Les signataires de la lettre sont le collectif «Stop Micro», «Observatoire finance climat-biodiversité», «Confédération paysanne», «France Nature Environnement», «Collectif Grignon pour l’autonomie alimentaire du Grésivaudan», «Grési Citoyen.nes» et la société coopérative «Métamorphose».

Sur son site à Crolles, STMicroelectronics est engagé dans la création d’une nouvelle mégafab en partenariat avec le fondeur américain de puces GlobalFoundries. Le projet représente un investissement de 7,5 milliards d’euros, dont 2,9 milliards d’euros financé par l’Etat dans le cadre du plan France Relance. Il devrait créer environ 1 000 emplois directs et plus que doubler la capacité de production de plaquettes de puces de 300 mm à Crolles à l’horizon 2026. Il est considéré par les pouvoirs publics comme stratégique pour la souveraineté de la France et de l’Union européenne.

Enjeux de souveraineté

L’enquête publique, menée du 28 septembre au 9 octobre sur décision préfectorale, s’est conclue, le 16 novembre 2023, par un avis favorable, avec toutefois quatre réserves sur la consommation d’eau, les rejets de cuivre, d’azote et de phosphore, et la concertation avec les parties prenantes. Cet avis n’est que consultatif. La décision finale d’autorisation du projet appartient au préfet. Mais vu les enjeux de souveraineté en question, elle fait peu de doute.

«C’est choquant d’émettre un avis favorable au seul nom de souveraineté, se révolte auprès de L’Usine Nouvelle Pierre Janot, président de l’Observatoire finance-climat-biodiversité. Le Conseil constitutionnel dit pourtant que la liberté d’entreprendre ne doit pas prévaloir sur la sécurité d’environnement et de la population. Le plan de vigilance présenté par STMicroelectronics reste lacunaire. Il ne précise même pas que son site de Crolles est classé Seveso seuil haut, alors qu’il consomme 100 000 tonnes de produits chimiques par an.»

Les associations engagées dans cette action pointent la consommation d’eau que l’extension de l’usine de Crolles devrait doubler en la portant à 10 millions de mètres cubes par an. Pour satisfaire ses besoins, STMicroelectronics a obtenu l’autorisation de procéder à deux forages sur le site et de prélever de l’eau dans la nappe phréatique, alors que jusqu’ici l’entreprise repose principalement sur l’eau de ville. Le rapport de la commission  d'enquête demande d'encadrer ce pompage pour éviter tout impact sur le milieu naturel  et tout dommage à l'industriel voision, Soitec, autre gros consommateur d'eau dans le bassin grenoblois.

Risque de conflit d'usage

Les associations donnent trois mois à STMicroelectronics pour remédier aux points de réserve, en mettant notamment en place un plan d’économie d’eau et un système qui évite le rejet de cuivre, d’azote et de phosphore. Faute de quoi elles menacent d’engager une action en justice. «STMicroelectronics ne peut plus ignorer le problème, souligne Pierre Janot. Que ce soit sur les rejets chimiques ou la consommation d'eau, la société peut mieux faire. Elle dit recycler 40% de l’eau aujourd’hui. Le taux de recyclage de l’eau chez TSMC à Taiwan atteint 90%. Si STMicroelectronics ne prend pas au sérieux nos demandes, cela risque de mettre la société en confrontation avec la population, faire monter la mobilisation des associations, créer des conflits d’usage et au final perturber ses activités industrielles.»

Contacté par L’Usine Nouvelle, STMicroelectronics indique que le site de Crolles est engagé dans une démarche de protection de l’environnement, certifiée ISO 14001 et EMAS (Système de management environnemental et d’audit), avec notamment un taux de recyclage de l’eau de 49% aujourd’hui contre 43% en 2022, et que l’objectif est d’atteindre plus de 60%. L’entreprise précise aussi que la totalité de l’eau prélevée est rendue à la nature, soit sous forme liquide après traitement (85%) soit sous forme d’évaporation (15%).

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