Stellantis face à l’inquiétude sur l'avenir de ses usines françaises et italiennes

Le géant de l’automobile Stellantis, en bonne forme financière malgré une récente alerte sur résultats, marche sur un fil vis-à-vis de ses employés français et italiens. Des deux côtés des Alpes, le niveau de production en berne sur certains sites industriels inquiète dans un contexte de marché automobile morose.

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AFP NE PAS REUTILISER grève Stellantis Italie
Les travailleurs de l'automobile Aqcf Stellantis (Associazione Quadri e Capi Fiat) tiennent une bannière et défilent lors d'une grève nationale du secteur de l'industrie automobile à Turin, dans le nord-ouest de l'Italie, le 18 octobre 2024.

Un mouvement historique. Pour la première fois en trente ans, l’intersyndicale italienne du constructeur Stellantis était en grève, vendredi 18 octobre. Selon les organisateurs, 20 000 personnes ont manifesté dans les rues de la capitale pour dénoncer la trop faible activité dans ses six usines (et son incidence sur la santé des équipementiers, comme le fabricant de freins Brembo). L’activité de Stellantis y a plongé de 41% sur les neuf premiers mois de l’année 2024, selon une information du média économique Bloomberg. 237 700 voitures y ont été produites, soit moins qu’en 2020, à l’époque du Covid-19. Tout un symbole. 

La production est en dents de scie sur fond de ventes moroses. À Turin, la fabrication de la peu populaire et très onéreuse Fiat 500 électrique, dans l’usine de Mirafiori, a été suspendue le 13 septembre. Elle ne doit pas reprendre avant le 1er novembre. Ce site n’est pas le seul touché par un déficit d’activité. À proximité de Naples, l’usine de Pomigliano d'Arco ne va pas produire la Fiat Panda pendant plusieurs jours en novembre, tandis que l'usine de Termoli va mettre à l’arrêt certaines lignes de fabrication de moteurs. En Italie comme en France, Stellantis a recours au dispositif de chômage partiel.

Stellantis vs. gouvernement italien

Dans ces conditions, les relations du principal constructeur d’Italie avec le gouvernement de Georgia Meloni sont tendues. Le groupe, qui a tant cherché à cultiver son image de constructeur mondial, se heurte aujourd’hui à un pouvoir italien qui dénonce ses plans industriels visant à fabriquer des modèles historiques en dehors du pays, à l’instar de la Fiat Grande Panda assemblée en Serbie. Les frictions ont atteint leur paroxysme médiatique lorsque le gouvernement a refusé en avril 2024 que le nouveau modèle d’Alfa Romeo, fabriqué en Pologne, porte le nom Milano (en référence à la ville de Milan). Au pied du mur, Stellantis a été contraint de changer son nom en Junior. Par ailleurs, la récente décision du fabricant de cellules de batteries pour l’automobile, ACC, dont Stellantis est actionnaire, de reporter son projet de gigfactory à Termoli, n’a rien arrangé à la situation.

«En Italie, Stellantis est accusé de tous les maux» malgré le fait que «toutes les usines italiennes [aient] un plan d'activité jusqu'en 2030, voire 2032», s’est désolé Carlos Tavares devant des journalistes, lundi 14 octobre, au Mondial de l’automobile. Le dirigeant portugais a toutefois sous-entendu qu’il y avait de l’amélioration dans l’air. La Leapmotor B10, dont l'assemblage doit être confié à une usine européenne dans les prochaines semaines, pourrait-elle être attribuée à un site italien, en signe d’apaisement ? 

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Incertitudes sur l’avenir du site de Poissy

En France également, les salariés s’interrogent. Face aux craintes des organisations syndicales, le directeur des ressources humaines de Stellantis, Xavier Chéreau, a déclaré jeudi 17 octobre à l'AFP qu'il présenterait «à la mi-novembre» un plan de production à trois ans pour chaque usine. Cette déclaration intervient alors que l’avenir du site francilien de Poissy (Yvelines) revient sur le devant de la scène. Selon une information des Echos, Stellantis se donne jusqu’à fin 2025 pour décider de l’avenir de l’usine, qui produit les modèles Opel Mokka et DS3 Crossback. L’usine a assemblé 150 000 véhicules en 2023 et devrait en produire légèrement moins en 2024 : autour de 137 000 unités, selon les objectifs de la direction, obtenus par L’Usine Nouvelle. Son plan de production actuel court jusqu’en 2028. 

Quid de la suite ? Depuis de longs mois, les prédictions vont bon train, ce qui a tendance à inquiéter les salariés. «Par définition, les Européens sont inquiets. Personne ne va les protéger s’ils n’acceptent pas d’être compétitifs face au reste du monde», déclarait encore Carlos Tavares. Alors qu’un comité paritaire stratégique est prévu à la fin du mois de novembre, les organisations syndicales attendent des précisions de la part de la direction de Stellantis. «L’entreprise ne peut pas rester dans le mutisme. Ce n’est bon pour personne», lance Frédéric Lemayitch, délégué syndical CFTC à Poissy, avec une pensée pour l’ensemble de l’écosystème industriel.

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