Soupçons de lien entre la vaccination à AstraZeneca et Janssen et des cas de syndrome de Guillain-Barré en Europe et aux Etats-Unis

L’autorité sanitaire américaine (FDA) a relevé une centaine de cas d’une pathologie rare, le syndrome de Guillain-Barré, chez des personnes ayant reçu le vaccin Janssen. L’Agence européenne du médicament (EMA) a relevé 156 cas pour des personnes ayant été vaccinées avec AstraZeneca.

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Vaccin Janssen Johnson & Johnson
Les vaccins AstraZeneca et Janssen, utilisant une technologie similaire, inquiètent respectivement l'Europe et les Etats-Unis pour un éventuel lien avec des cas de syndrome de Guillain-Barré.

Après les cas de thromboses rares, le syndrome de Guillain-Barré pourrait-il aussi jeter un voile de méfiance sur les vaccins anti-Covid-19 d’AstraZeneca et de Janssen (Johnson & Johnson) ? Le 12 juillet, la FDA, l’autorité sanitaire américaine, a émis une alerte sur un possible risque de survenue de ce syndrome neuropathique chez des personnes vaccinées avec le produit Janssen. 100 cas auraient été recensés, dont 1 décès. En Europe, le 9 juillet, un rapport du Comité de pharmacovigilance sur la gestion des risques (PRAC) de l’Agence européenne du médicament (EMA) a lui aussi relevé un risque potentiel pour ce même syndrome, mais avec l’utilisation du vaccin AstraZeneca, à la suite de 156 cas rapportés dans l’Union européenne et la zone économique européenne, hors Royaume-Uni.

Au moins 37 cas en France après des vaccinations à AstraZeneca

En France aussi des cas ont été notifiés. Dans un rapport publié le 11 juin, collectant des données jusqu’au 3 juin, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) faisait état de 37 cas de syndromes de Guillain-Barré et de polyradiculonévrites chez des personnes récemment vaccinées avec AstraZeneca. Toujours après ce vaccin, une poignée de cas similaires ont été signalés en Inde et au Royaume-Uni fin juin.

En tout état de cause, il faut mettre plusieurs données en perspective. Les vaccins anti-Covid-19 d’AstraZeneca et de Janssen utilisent une technologie similaire à adénovirus. Comme avec les cas de thromboses rares observés pour ces deux produits, les soupçons pourraient là encore se focaliser sur la technologie. Aux Etats-Unis, le vaccin AstraZeneca n’est toujours pas autorisé et n’est donc pas utilisé, empêchant toute possibilité de remontée sur ses effets secondaires potentiels. En Europe, le vaccin Janssen n’a été autorisé qu’à partir du 20 avril, bien après les deux vaccins ARNm de Pfizer/BioNTech et de Moderna, et après celui d’AstraZeneca. Il a aussi été livré à bien plus petite échelle, et a ainsi été bien moins utilisé à ce jour.

Occurrences très rares

La remise en perspective des chiffres est aussi très importante. La centaine de cas relevés aux Etats-Unis est à remettre dans le contexte de 12,8 millions d’injections du vaccin Janssen dans ce pays. En Europe, l’EMA a enregistré 156 cas pour 40 millions d’injections du vaccin d’AstraZeneca. Soit des occurrences particulièrement rares, et aucun lien n'est d'ailleurs officiellement encore établi. Dans le dernier bulletin épidémiologique de l’ANSM, qui arrête l’analyse des données au 24 juin, plus de 6,5 millions d’injections du vaccin AstraZeneca avaient été enregistrées en France, et plus de 527 000 injections pour le vaccin Janssen. Pour le moment, aucun cas de syndrome de Guillain-Barré n’y a été publiquement rapporté après administration du vaccin Janssen. Ce syndrome fait toutefois bien partie de la liste des signaux potentiels et des événements que surveille l’ANSM, comme d’autres pathologies, pour ce vaccin Janssen afin de suivre les éventuels effets secondaires. Comme c'est le pour le vaccin AstraZeneca, mais également pour le vaccin Pfizer/BioNTech…

Des cas avec Pfizer/BioNTech

Car au 27 mai, l’ANSM pointait dans un autre rapport que 12 cas cumulés de syndromes de Guillain-Barré et d’autres polyradiculonévrites avaient été enregistrés depuis le début de la campagne vaccinale en France chez des personnes vaccinées avec ce vaccin Pfizer/BioNTech, sur près de 40 millions d’injections. Les derniers bulletins épidémiologiques ne sont pas revenus sur ce sujet, et l’ANSM ne nous a pas répondu sur l’état des lieux actuel. En réalité, ce syndrome est sous surveillance dans de nombreux vaccins.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce syndrome rare où le système immunitaire du patient attaque le système nerveux est souvent lié à une infection, de type bactérienne ou virale, mais peut aussi survenir après une intervention chirurgicale ou une vaccination. Des cas ont été répertoriés en particulier avec un vaccin contre la grippe en 1976. Très rare, ce syndrome qui touche plus fréquemment les hommes adultes peut s’avérer très handicapant et même mortel. Des picotements dans les jambes peuvent se propager dans les bras et le visage et mener à une paralysie, jusqu’à entraîner des difficultés pour la respiration, la parole et la déglutition, et dans de rares cas provoquer le décès. La majorité des malades s’en sortent toutefois, même si certains peuvent souffrir de séquelles de type neurologique.

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