Solvay vise un méga-projet d’usine de carbonate de soude neutre en carbone en Arabie saoudite

Le groupe chimique belge va s’associer au saoudien Enowa pour construire en coentreprise un gigantesque complexe de production de carbonate de soude en Arabie saoudite, dans la future ville ultra-moderne de Neom. Solvay annonce un projet entièrement neutre en carbone.

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Vue aérienne site de Dombasle à Solvay
Solvay teste sa technologie de production du carbonate de soude neutre en carbone dans son usine à Dombasle (Meurthe-et-Moselle).

C’est un projet hors-norme. Tout juste séparé de sa branche de chimie et matériaux de spécialités qui évolue désormais séparément sous le nom de Syensqo, Solvay s’engage dans la construction d’un gigantesque complexe de production de carbonate de soude à Neom, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite. Le chimiste belge a annoncé le 12 décembre une usine d’une capacité nominale de 500 000 tonnes par an d’ici 2030, avec une possible extension des capacités jusqu’à 1,5 million de tonnes et l’ajout d’unités de bicarbonate de soude d’ici à 2035. Cerise sur le gâteau : cette future usine serait neutre en carbone.

Le groupe ne sera pas seul à bord. Le projet sera mené en coentreprise avec Enowa, la filiale de la société saoudienne Neom, en charge de toutes les futures infrastructures d’eau et d’énergie de cette ville ultra-futuriste que développe le royaume saoudien. Solvay ne communique pour le moment ni sur le montant de l’investissement, ni sur la structure capitalistique de la coentreprise. Typiquement, un tel projet se chiffre en plusieurs centaines de millions, voire au-delà du milliard d’euros. 

Un procédé bas-carbone testé en France

La neutralité carbone d’un tel projet semble aujourd’hui encore très surprenante alors que les productions actuelles de carbonate de soude de Solvay représentent son plus gros poste d'émissions de CO2. Le chimiste prévoit 1 milliard d’euros pour décarboner d’ici à 2050 ses unités actuelles, concentrées en Europe et aux Etats-Unis. Pour être d’entrée neutre en carbone, ce projet en Arabie saoudite s’appuiera sur une alimentation intégrale en énergies renouvelables, sans plus de détails. Le plan de développement de Neom inclut notamment de vastes parcs éoliens et solaires. Solvay précise qu’il s’appuiera sur de la conversion de saumure d’eau de mer. Enfin, le groupe compte s’appuyer sur son nouveau procédé e.Solvay pour produire de manière décarboné.

Dans une interview l’an dernier à L’Usine Nouvelle, Philippe Kehren, désormais directeur général de Solvay expliquait que le but de ce procédé est «d’éliminer l’utilisation de combustibles solides au niveau des fours à chaux et de les remplacer par un procédé électro-chimique pour recycler l’ammoniac utilisé comme intermédiaire dans la synthèse du carbonate de soude. Cela permettra aussi d’éliminer les rejets de calcaire dans les effluents et de réduire la consommation d’eau, de saumure et de calcaire».

Ce procédé est actuellement testé à échelle industrielle dans l’usine de Solvay à Dombasle, en Meurthe-et-Moselle. Dans son communiqué, le groupe indique que cette unité pilote «a donné des résultats positifs et démontré son potentiel de réduction des émissions, de consommation de ressources et d’énergie, ainsi que l’élimination des résidus de calcaire». Solvay prévoit toutefois d’arriver à terme de la phase pilote, sous deux ans, pour pouvoir définitivement valider le procédé. Pour son projet à Neom, le groupe indique aussi qu’il lui faudra valider les résultats d’une étude approfondie de faisabilité.

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