SNCF, Transdev et Keolis sont dans le vert et la RATP toujours en difficultés malgré une forte hausse de son chiffre d‘affaires. C’est la tendance qui ressort des résultats 2024 des transporteurs français. La SNCF avait dégainé le premier, le 27 février dernier, présentant de bons résultats pour la quatrième année consécutive avec un bénéfice net en hausse de 19% à 1,6 milliard d'euros en 2024 et une croissance soutenue du chiffre d’affaires qui atteint 43,4 milliards d’euros (+4,8%). Le groupe a bénéficié de la bonne santé de filiale SNCF Voyageurs (+5,8%) avec une hausse importante de la fréquentation enregistrée depuis 2019 : + 15% pour les TGV et +30% pour les TER.
Sa filiale Keolis présentait ses résultats mercredi 12 mars. Ils sont aussi en forte hausse. L'entreprise bénéficie d’une hausse de la fréquentation et de gains lors d’appels d’offres. Le chiffre d’affaires de Keolis a progressé de 9,6% pour atteindre 7,7 milliards d’euros, avec un résultat net courant en croissance pour la quatrième année consécutive (+13 millions d’euros), un Ebitda de 582 millions d’euros, et une dette qui s’établit à 948 millions d’euros en hausse de 73 millions avec l’acquisition des divisions Transit et Motorcoach de la société Pacific Western Transportation au Canada. Toutefois, si on retranche la dépréciation d’actifs (sans aucun impact sur le cash) de 55 millions d’euros liée à la renationalisation d’activités ferroviaires au Royaume-Uni, le résultat net est de moins 42 millions d’euros. A propos d’acquisitions, Keolis a acheté l’entreprise danoise Anchersen (130 bus dont la moitié électriques) et est en discussions avec son partenaire Downer dans la coentreprise Keolisdowner pour acquérir ses 50%.
Année exceptionnelle pour Transdev
Chez Transdev, qui a reçu pour la première fois de Moody’s la note d’émetteur à long terme Baa2 avec perspective stable, «c’est une année exceptionnelle en matière de résultats, s’est réjoui son PDG Thierry Mallet, jeudi 13 mars. Notre chiffre d’affaires dépasse pour la première fois les 10 milliards d’euros.» Il est exactement de 10,05 milliards d’euros, en hausse de 8%. L’Ebitda progresse de 10% à 655 millions d’euros et le résultat net a doublé à 43 millions d’euros. L’endettement net a reculé, passant de 1,266 à 1,228 milliard d’euros.
Au niveau des contrats, «Keolis a renforcé sa présence en France et nous avons engrangé un chiffre d’affaires deux fois supérieur à celui de l’année dernière sur les appels d’offre, notamment avec la ligne 19 du Grand Paris express et les 42 lignes de bus de Marne et Brie, premier contrat pris à la RATP en petite couronne», a précisé Marie-Ange Debon, présidente du directoire de Keolis, lors de la présentation des résultats à la presse.
Le groupe a gagné des renouvellements importants comme le métro de Lille et les bus et trolleybus de Lyon. Par contre, il a perdu le métro et les tramways de Lyon au profit de RATP Dev. A l’international, en dehors des renouvellements importants comme le métro automatique de Londres Dockland Light Railways (DLR) et le tramway de Manchester, il a perdu l’exploitation du tram de Melbourne (Australie) au profit de Transdev et a remporté des appels d’offre au Danemark et aux Pays-Bas. Le plus emblématique sera pour l’année 2025 avec le succès du consortium Cadence pour exploiter Alto, le grand projet de train à grande vitesse du Canada.
La RATP se débarrasse du boulet londonien
Quant à Transdev, dont le changement d’actionnariat est toujours en cours avec la CDC qui passera de 66 à 34% et l’allemand Rethmann dont les parts vont proportionnellement progresser, outre le tram de Melbourne, il a remporté des contrats de bus à Dallas, au Québec, dans les provinces d’Utrecht (avec le tram) et de la Hollande-Méridionale aux Pays-Bas et en Australie. Sur le train, il a gagné deux réseaux en Suède au sud-ouest de Stockholm et renouvelé deux contrats en Allemagne (réseaux de Bavière Oberland et de Ost-Westfalen Lippe). En France, il a remporté la ligne Nancy - Contrexeville (réouverture en décembre 2027) et exploitation en sous-traitance de la liaison Carhaix - Guingamp - Paimpol.
Le grand évènement de l'entreprise pour l’année 2025 aura lieu le 29 juin à 5h59 avec le début de l’exploitation de la ligne TER Marseille - Toulon - Nice. Et ce malgré les retards d’Alstom. «Nous avons trouvé une solution, indique-t-on chez Transdev. Alstom aura livré huit rames pour la mise en service et huit autres d’ici novembre. En attendant nous louerons aux autres régions les rames nécessaires.»
Quant au quatrième opérateur français de transport, la RATP, malgré une hausse du chiffre d’affaires de 10% à 7,1 milliards d'euros, liée à la mise en service du métro de Riyad, à des nouveaux contrats à l’international et aux JO de Paris, son endettement continue à progresser (+2%) à 5,7 milliards d’euros, notamment en raison d’investissements importants en Île-de-France (2,5 milliards) et son résultat net est négatif (-25 millions contre -108 millions en 2023). Cette année, la RATP va souffrir des retards pris par le Grand Paris express mais va bénéficier de la vente d’une activité prestigieuse mais déficitaire, les bus de Londres, ainsi que de nouveaux contrats et d’extensions de lignes en Ile-de-France.



