Parent pauvre de la production mondiale de vaccins, dépendante à 99% des importations en volume, l’Afrique va bénéficier d’un coup de pouce international pour l’introduction sur son sol de la technologie ARNm. Dans le cadre d’un sommet de l’UE et de l’Union africaine vendredi 18 février à Bruxelles (Belgique), le Conseil européen et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont annoncé que l’Egypte, le Kenya, le Nigéria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie ont été retenus dans le cadre d’une initiative internationale pour obtenir un transfert de technologie portant sur les vaccins ARNm. L’objectif est de pouvoir importer dans ces six pays la formation et le savoir-faire pour le développement des infrastructures nécessaires à la production de vaccins ARNm aux standards internationaux.
Pas que contre le Covid-19
Le projet ne porte pas spécifiquement sur le Covid-19. Dans son discours, publié sur le site de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, a bien souligné que « cet investissement stratégique » n’était pas « simplement pour le Covid, mais pour tous les problèmes majeurs de santé auxquels nous faisons face ». La technologie ARNm pour des vaccins doit permettre de lutter contre plusieurs maladies infectieuses, comme le paludisme, la tuberculose ou le VIH. Le projet nourrit aussi l’ambition d’apporter cette technologie en Afrique pour produire d’autres produits pharmaceutiques, comme de l’insuline ou des traitements oncologiques.
Le déploiement opérationnel a été confié à un consortium sud-africain comprenant Afrigen Biologics - qui développe déjà un vaccin ARNm et est en charge de mettre au point la technologie de production -, le producteur de vaccins Biovac - qui collabore depuis l’an dernier avec Pfizer et BioNTech pour produire leur vaccin anti-Covid-19 Comirnaty en Afrique du Sud -, et le Conseil de recherche médicale sud-africain (SAMRC). Selon l’OMS, ce consortium dispose déjà d’une production de vaccins ARNm à l’échelle du laboratoire, via Afrigen, et travaille à sa mise au point à l’échelle industrielle et commerciale. Ce consortium aura à charge de démarrer des formations dans les six pays africains retenus à partir de mars 2022.
Le France parmi les partenaires
Selon la feuille de route dévoilée par Afrigen, de premiers essais cliniques sont envisagés dès 2023, des premières approbations et productions en 2024. Mais les premières usines de production assurant des fabrications continues ne sont pas envisagées avant 2025. Tedros Adhanom Ghebreyesus table, de son côté, sur un démarrage d’essais cliniques « dès le quatrième trimestre de cette année, avec des approbations attendues en 2024 », espérant même que « certaines options examinées » pourraient accélérer la donne, sans toutefois détailler ces options.
L’OMS n’a pas détaillé le financement de ce projet africain. Aux côtés de l’organisation, sont cités parmi les soutiens le système Covax, l’organisme Medecines Patent Pool soutenu par les Nations unies, l’Union européenne et des pays comme la France - Emmanuel Macron était d’ailleurs présent à l’annonce du projet -, l’Allemagne, le Canada et la Norvège. En revanche, ni BioNTech ni Moderna, champions actuels des vaccins ARNm, ne participent directement au projet. Chacun développe des projets pour la région : BioNTech avec un système modulaire de production, et Moderna avec l'ambition de construire une usine africaine.



