La fermeture des frontières chinoises à un large panel de déchets n’a pas épargné le secteur de l’agrofourniture. "Nous avons des problèmes sur le traitement des big bags, qui avaient des débouchés en Asie", souligne Pierre de Lépinau, directeur général de l’éco-organisme des déchets de l’agrofourniture Adivalor. Fin 2019, celui-ci a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour la création d’une unité de recyclage en France, actuellement inexistante, pour un démarrage fin 2021-début 2022.
Autre projet en cours, celui d’une nouvelle unité de recyclage des films agricoles, dont l’activité devrait débuter mi-2021 dans l’Hérault afin de pallier la fermeture de l’usine Suez recyclage valorisation plastiques Aveyron en 2018. Il s’agissait d’une des deux usines françaises spécialisées sur le segment. Suez opère également une unité de recyclage des bâches agricoles, implantée à Landemont - Orée d'Anjou dans le Maine-et-Loire. L’entreprise Europlastiques, basée en Mayenne et spécialisée dans la conception et la distribution de films plastiques pour l’agriculture, a obtenu le marché. "Actuellement, les films les plus souillés sont envoyés à l’enfouissement", regrette Pierre de Lépinau, qui rappelle que les process sont très coûteux, compte tenu de la nature des déchets : dans une tonne de films usagés, on trouve de 20% à 30% d’eau et de 30% à 40% de déchets organiques.
"Le contexte marché est défavorable. La demande en matières premières recyclées n’augmente pas suffisamment. Pire, depuis quelques mois, on assiste à une baisse des prix des matières vierges. Il semblerait aussi que les capacités mondiales de production de plastique aient augmenté. D’un autre côté, la croissance économique est assez molle", observe le dirigeant.
Dans un registre différent, en 2022, les filets de conditionnement des balles rondes (foin ou paille) pourraient disposer d’une unité de recyclage, une première mondiale. Adivalor avait lancé un appel à manifestation d’intérêt en 2013, et identifié de premiers projets en 2015. Le gisement s’élève à 15 000 tonnes, actuellement enfouies.

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Une filière qui se passe d’agrément
Ces multiples projets confirment le dynamisme d’Adivalor, créé en 2001 à l’initiative d’industriels, de coopératives et de négoces pour collecter les flacons vides de produits phytosanitaires. Aujourd’hui, 20 flux, correspondant à la majorité des emballages et des plastiques utilisés en agriculture, sont traités. Sur 110 000 tonnes de produits mis en marché par an, 80 000 tonnes ont été récupérées en 2019. 300 000 agriculteurs trient leurs déchets. Le système compte 1 200 opérateurs de collecte et 7 000 points d’apport volontaire. 350 metteurs en marché financent la structure.
Près de 90 % des emballages et plastiques collectés ont été recyclés l’an dernier, assure l’éco-organisme. "Nous sommes un système 100 % BtoB, sans passer par les collectivités. Le taux de recyclage des emballages plastiques issus de l’agrofourniture est de 68 %", se félicite Pierre de Lépinau. En France, 24,2 % des déchets d’emballages plastiques sont recyclés, avec un objectif de 50 % au niveau européen et de 100 % en France en 2025.
Un fonctionnement qui semble plaire à l’Etat, puisque Adivalor a échappé, dans le cadre de la loi Economie circulaire, à l’obligation de passer par un agrément: "Un organisme qui remplit les obligations de responsabilité élargie du producteur pour le secteur de l'agrofourniture conformément à un accord conclu avec le ministre chargé de l'Environnement avant le 31 décembre 2019 n'est pas soumis à agrément tant que cet accord est renouvelé." Sous accord avec le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’éco-organisme a aussi signé en 2018 un accord-cadre avec le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Moins de phytos, plus de déchets ?
Adivalor souhaite aujourd’hui atteindre un taux de collecte de 100 %, en identifiant les territoires les moins performants et en recherchant de nouvelles solutions, et 100 % de recyclage pour les déchets collectés. "Les industriels de la plasticulture ont pris l’engagement d’incorporer 25 % de matières recyclées dans leurs produits d’ici à 2025. Nous sommes favorables au relèvement des seuils d’incorporation de MPR (matières premières recyclées) dans les produits", appuie Pierre de Lépinau.
La potentielle réduction de l’usage des produits phytosanitaires de chimie de synthèse pourrait entraîner un effet inverse sur les déchets, estime par ailleurs le dirigeant : "les produits de chimie minérale, notamment soufre et cuivre autorisés en agriculture biologique, sont très pondéreux. Dans la vigne, avec certains produits, vous traitez deux à trois fois moins. On s’attend donc à une augmentation des emballages à récupérer." Adivalor a, au départ, été créé avec le concours d’industriels de l'agrochimie. Pour les cultures maraîchères, l’installation de films plastiques lors des opérations de désherbage pourrait, elle aussi, engendrer une hausse des flux.



