En France, le recyclage des plastiques en légère hausse

Que deviennent nos plastiques usagés ? L’association PlasticsEurope, qui regroupe les fabricants de polymères, a présenté, mardi 14 janvier, l’évolution du traitement de ces déchets en France et en Europe (28+2) de 2016 à 2018. S'il y a du mieux, il reste beaucoup à faire. Particulièrement dans l’hexagone.

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Hervé Millet, Directeur des affaires techniques et réglementaire de PlasticsEurope
La France a généré 3,7 millions de tonnes de déchets plastiques en 2018, dont 24,2% ont été recyclés, 43,3% valorisés énergétiquement et 32,5% enfouis, indique Hervé Millet, directeur des affaires techniques et réglementaires à PlasticsEurope.

En Europe, sur les 2,6 milliards de tonnes de déchets post consommation collectées en 2018, 550 millions de tonnes contiennent des résines polymères, indique PlasticsEurope, l’association qui fédère les producteurs de matières plastique en Europe. Dans cet ensemble, les déchets entièrement plastiques ont représenté 29,1 millions de tonnes, précise Hervé Millet, directeur des affaires techniques et réglementaires. La gestion de leur fin de vie est devenue une priorité pour les pays et les institutions européennes qui espèrent répondre aux enjeux environnementaux et sociétaux. 

24,2% des déchets plastiques recyclé en France en 2018

Dans un contexte réglementaire incitant à davantage de recyclage et d’utilisation de matière recyclée, le représentant des industriels est optimiste. En Europe, comme en France, la part de déchets plastiques recyclée est en hausse. Avec une progression annuelle de 6,8%, la France fait mieux que la moyenne européenne, qui croît de 5,7%. Une évolution à relativiser tout de même, au vu des piètres performances françaises. Le taux de recyclage dans l’hexagone est passé de 22,9% à 24,2% en deux ans, quand celui de l’Europe est passé de 31,1% à 32,5%. La France a devant elle une belle marge de progression. Surtout pour atteindre l'objectif des 100% des plastiques recyclés en 2025 fixé par le Premier ministre Edouard Philippe.

L'enfouissement stagne à un niveau élevé

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Alors que la valorisation, qui cumule la part de recyclage et la valorisation énergétique, a atteint 67,5 % en France en 2018 (67,3% en 2016), la mise en décharge reste la destination de 32,5% des déchets plastiques post-consommation. Presque autant qu’en 2016 (32,7%). C’est beaucoup moins bien que la moyenne européenne qui a réduit, sur la même période, sa part de mise en décharge de 27,3% à 24,9%. Les déchets d'emballages sont même de plus en plus enfouis: après une baisse quasi continue entre 2006 et 2016, cette solution de fin de vie particulièrement peu satisfaisante est passée, pour ces produits, de 572 000 tonnes à 621 000 tonnes entre 2016 et 2018.

50 000 tonnes d’emballages plastiques recyclés en plus

Devant les secteurs de l’électronique (220 000 tonnes) et de l’automobile (202 000 tonnes), le secteur de l’emballage est, en France, le premier contributeur en déchets plastiques avec 2,3 millions de tonnes de plastique mis sur le marché, sur les 3,6 millions de tonnes de déchets plastiques générés en 2018. En tonnage, ces produits voient, comme les autres, leur recyclage en hausse. La quantité globale de déchets plastiques recyclés est passée de 776 000 à 887 000 tonnes, quand celui des emballages a atteint les 621 000 tonnes en 2018 contre 572 000 tonnes en 2016. "Il s’accélère sur les deux dernières années" avec une progression de 4,2% (environ 50 000 tonnes en plus) par an entre 2016 et 2018, observe, enthousiaste, Hervé Millet, qui souligne tout de même le retard par rapport à la moyenne européenne.

Une extension des consignes de tri très attendue

Le représentant de l'association incrimine le système  actuel de collecte, rappelant qu’en 2018, le plastique des poubelles jaunes (bacs de tri sélectif) était recyclé à 67% et mis en décharge à 10%, quand celui de la poubelle grise - 68% des déchets collectés -, n’a été recyclé qu’à 4% et enfoui à 43%. La généralisation de l'extension des consignes de tri en 2022 (qui oriente tous les emballages alimentaires vers le tri sélectif) devrait changer la donne, veut croire Hervé Millet. De même que des restrictions d’accès à la mise en décharge. "Une nécessité si la France veut atteindre les nouveaux objectifs européens de recyclage des emballages plastiques de 50% en 2025 et de 55% en 2030".

Convergence d’intérêts vers le recyclage chimique

Si le recyclage mécanique continue d’occuper un rôle central dans la régénération des déchets plastiques, le développement de son alternative chimique est aussi à l’ordre du jour, rappelle l’association. "Le recyclage chimique a reçu le soutien des autorités françaises", indique Hervé Millet qui rappelle qu’un appel à manifestation d’intérêt a été lancé courant novembre sur ce thème et doit livrer ses résultats le 14 février.

Permettant le retour aux molécules d’origine, le procédé ouvre la voie à davantage d’intégration de plastique recyclé dans les produits neufs. Notamment dans les emballages aptes au contact alimentaire. "Des initiatives sont portées par l’industrie dans ce domaine", indique Hervé Millet, faisant référence aux projets de mise en service d’une unité de dépolymérisation de polystyrène par Ineos Styrolution et Trinseo ou de pyrolyse par des acteurs comme BASF, Dow, LyondellBasell, Repsol Sabic et Total en France.

Fin des emballages à usage unique : un frein au recyclage ?

Ces investissements, au même titre que ceux réalisés dans les centres de tri et de recyclage mécanique, sont questionnés par les industriels, alors que la loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire doit bientôt être promulguée. En effet, l’annonce par la secrétaire d’Etat à l’Environnement, Brune Poirson, d'une trajectoire de suppression progressive des plastiques à usage unique d'ici à 2040 inquiète autant qu’elle interroge.

"On comprend aujourd’hui qu’il s’agit des emballages non réutilisables, c’est-à-dire la quasi-totalité des emballages ménagers", avance Hervé Millet, qui exprime l’inquiétude ambiante chez les industriels de l’emballage comme ceux du plastique. "On souhaite recycler le plus possible et à des taux très élevés et, dans un horizon pas si lointain, il faut faire disparaître la ressource à traiter." Le questionnement sur la cohérence de ces mesures est partagé par toute une profession, et cette trajectoire pourrait bien avoir un impact sur les investissements prévus. 

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