[SIA 2020] Les agriculteurs veulent être rémunérés sur le carbone stocké

La filière agricole s'intéresse au système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS), dont il pourrait être un contributeur positif. Le Conseil spécialisé grandes cultures de France AgriMer va travailler sur le rapprochement entre cultivateurs, qui stockent du carbone, et industriels qui doivent compenser leurs émissions. Autre dossier sur la table, celui de la compétitivité à l’export.

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Fournir un revenu complémentaire aux agriculteurs qui stockent du CO2 en compensant les émissions industrielles via la bourse européenne du carbone, le nouvel objectif de la filière.

Rapprocher les agriculteurs du marché du carbone, tel est l’un des objectifs que s’est assigné le nouveau Conseil spécialisé grandes cultures de France AgriMer, l’établissement public des produits de l’agriculture et de la mer. "L’agriculture est un moyen de stocker du carbone. Les industriels pourraient recourir à notre profession pour compenser leurs émissions. Nous devons mesurer l’impact de nos différentes filières, et rejoindre le marché du carbone afin de faire valoir nos atouts", explique son président, Benoît Piétrement, qui a succédé à Rémi Haquin. "Le stockage de l’azote dans les sols pourrait être valorisé. En donnant une valeur à la tonne de carbone, on encourage les bonnes pratiques", renchérit Christine Avelin, directrice générale de France AgriMer.

Deux fois plus de carbone stocké qu'en forêt

Les travaux viennent de démarrer, en collaboration avec le réseau des instituts techniques agricoles, pour mettre en place ce projet. "A vingt tonnes de matière sèche, un hectare de maïs capte le double de ce que peut faire un hectare de forêt", appuie Franck Sander, vice-président du Conseil spécialisé et président de la Confédération générale des planteurs de betteraves. Dans cette optique "bas carbone", les représentants de la profession se fixent pour objectif de diversifier leurs assolements. Ils appellent à une réflexion sur les nouvelles techniques d’irrigation. France AgriMer se chargera de centraliser les différents travaux et d’effectuer l’interface avec le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation.

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Une compétitivité à améliorer

Cette feuille de route liée au changement climatique n’est que l’un des trois volets poursuivis par le nouvel organe, avec la montée en gamme de la production française et le renforcement de la compétitivité à l’export. Installé en septembre 2019, le Conseil spécialisé grandes cultures réunit les professionnels des céréales, des oléoprotéagineux et du sucre, à travers un point mensuel céréalier et trois réunions collectives par an, accompagnées d’interventions en régions. Il compte 68 membres. "France AgriMer agit un peu comme un Conseil économique, environnemental et social, et intègre les remontées du terrain", observe Franck Sander.

Le mouvement de grève de décembre 2019 - janvier 2020 à la SNCF et dans les ports n’a pas été sans impact sur la compétitivité, estime par ailleurs Benoît Piétrement. "Les difficultés logistiques à répétition risquent de créer un mouvement de défiance de la part des importateurs. Nous ne sommes pas les seuls acteurs du marché", souligne l’agriculteur. La France est le premier producteur et exportateur européen de céréales, cinquième exportateur mondial de blé tendre. 17 millions de tonnes de céréales ont été embarquées en moyenne au cours des cinq dernières campagnes. L’interprofession InterCéréales estime entre 4 et 6 euros par tonne le surcoût engendré par le recours au transport routier.

La compétitivité, sujet sur lequel le ministère de l’Agriculture a missionné le Conseil spécialisé, passe aussi par les modes de production. "Le recours à moins de produits phytosanitaires ou une meilleure gestion de l’eau font partie des attentes sociétales. Nous sommes toutefois en concurrence avec des pays qui n’ont pas de scrupules en matière environnementale", regrette Benoît Piétrement. France AgriMer restera pour sa part en retrait du débat sur la réforme de la Politique agricole commune, mais s’impliquera dans le dossier une fois les nouvelles règles entrées en vigueur, afin de les décliner à l’échelle nationale.

Un plan protéines en voie de financement

Dernier dossier sur la table du nouveau Conseil spécialisé, la montée en gamme de la production. Franck Sander se réjouit que le futur plan protéines, sur lequel ont travaillé les différentes filières agricoles au cours de l’année écoulée, propose une piste de financement. Il mobiliserait 50 millions d’euros par an sur trois ans, hors aides de la PAC, d’après les échanges entre le président de la République Emmanuel Macron et des représentants du secteur. Le Green Deal de la Commission européenne pourrait constituer un outil. Des annonces plus précises sont attendues d’ici à la fin du premier semestre 2020.

Interrogé sur l’impact du coronavirus (Covid-19) sur la filière, Franck Sander estime que "le monde agricole doit réfléchir à sa souveraineté et se protéger un minimum". Il rappelle les difficultés exprimées par les laboratoires pharmaceutiques pour s’approvisionner. Les conséquences sur les exportations de grandes cultures n’ont, pour l’heure, pas encore été mesurées.

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