Entretien

"Si les négociations commerciales des PME arrivent après celles des multinationales, il ne restera plus grand chose", plaide Léonard Prunier, président de la Feef

Au surlendemain de la présentation du projet de loi sur l'avancement de la négociation commerciale – grand-messe de fixation des prix entre la grande distribution et ses fournisseurs – pour les 75 plus grandes entreprises de l'agroalimentaire national, Léonard Prunier, le président de la Feef, monte au créneau pour alerter quant aux effets délétères de ce texte pour les PME. 

Réservé aux abonnés
Léonard Prunier FEEF
Le président de la Feef prend position contre la loi avançant la date des négociations commerciales.

Les PME lésées ? Le projet de loi prévoyant l’avancée exceptionnelle des négociations commerciales pour les 75 plus grands groupes de l’agroalimentaire hexagonal a été présenté par le gouvernement ce mercredi 27 septembre. La Feef, fédération patronale qui représente notamment des PME du secteur alimentaire, monte au créneau par l’intermédiaire de son président Léonard Prunier pour alerter quant aux conséquences du texte sur leur activité.

L'Usine Nouvelle.- Vous pestez quant à ce projet de loi et le risque que «les multinationales cannibalisent les budgets de la grande distribution», pouvez-vous nous détailler votre position ?

Léonard Prunier.- Nous voulons négocier avant les grandes entreprises, comme cela a toujours été le cas. Si le gouvernement avance la date des négociations commerciales avec les multinationales, il faut que nous puissions passer avant pour continuer à avoir accès aux linéaires, aux promotions… Si nous arrivons après, il ne restera plus grand chose. Il y a un enjeu d’emploi : l’an dernier, nos entreprises ont continué à faire croitre leurs effectifs de 3,9% en dépit du contexte.

Qu’espérez-vous concrètement ?

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Nous souhaitons que le projet de loi prévoie une date de fin des négociations pour nos entreprises : il nous faut cette échéance pour négocier. Quand il y a un désaccord c’est la date butoir qui permet d’avancer. Nous menons un travail quotidien avec le gouvernement pour faire évoluer le texte. Ce n’est que le début du processus législatif, il nous reste un mois pour faire changer les choses. Il faut toujours regarder l’effet collatéral de ce genre d’initiatives : pour l’instant, l’effet collatéral, c’est nos entreprises. Il y a une volonté du gouvernement de traiter le cas des multinationales, mais il a pris conscience qu’il fallait trouver un moyen de nous protéger.

Quel message adressez-vous aux membres de votre fédération ?

Nous encourageons toutes les entreprises à être prêtes sur les conditions générales de vente (CGV) et a bien réfléchir leurs tarifs. Il faut que tout le monde soit prêt.

Avec cette nouvelle initiative et ce nouveau texte encadrant les négociations commerciales, cette affaire de marges de l'agro semble avoir fait perdre la tête au gouvernement…

Cela démontre qu’il est temps de faire un travail de fond sur la différenciation dans la relation commerciale. Cela n’a rien à voir de mener une négociation si votre entreprise pèse un million d’euros de chiffre d’affaires ou un milliard d’euros. Il faut mener une réflexion pour savoir comment traiter les petites entreprises et nous redonner la responsabilité du tarif. Il y a un besoin de simplification des règles. Arrêtons la boulimie législative.

Le paradoxe c’est qu’il y a un an, vos entreprises étaient bien contentes de l’intervention du gouvernement qui avait tapé du poing sur la table pour que la grande distribution accepte de passer les hausses de coût…

Cela montre bien encore fois que le cadre législatif n’est pas adapté à nos entreprises. Il y a un an, nous aurions dû pouvoir réajuster immédiatement nos tarifs. Aujourd’hui, le cadre de législatif, et les clauses de revoyure à mobiliser dans des conditions très précises, ne le permettent pas. Il faut retrouver la liberté du tarif.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.