L’Usine Nouvelle - Quelle est votre première réaction à l’annonce du gouvernement chinois de fixer un objectif de neutralité carbone en 2060 ?
Jean Jouzel : Je pense que l’annonce de la Chine est très importante, elle est ambitieuse. Si l’on veut ne pas dépasser les +2°C en 2100, il faut atteindre la neutralité carbone autour de 2070-80. Si l’on veut rester en dessous de +1,5°C, l’horizon est 2050. Si tous les pays de la planète prenaient ces engagements, nous pourrions envisager de respecter l’Accord de Paris (COP21 en 2015). L’annonce de la Chine est une vraie bonne nouvelle.
Cette annonce est-elle vraiment crédible quand on voit que la Chine continue à ouvrir des centrales à charbon ?
C’est vrai mais ils en ferment davantage et surtout celles qui sont les plus polluantes. La Chine va beaucoup miser sur le nucléaire.

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Est-ce que cela signifie que la Chine a un rôle moteur dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
Entre l’Europe, la Chine et les Etats-Unis, celui qui aura le leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique, aura également le leadership économique. Techniquement, la Chine peut réussir à atteindre cet objectif et alors elle gagnera sur un plan économique.
Pour l’instant, c’est l’Europe qui semble la plus avancée dans ce domaine …
C’est vrai, aujourd’hui, l’Europe a un plan pour atteindre la neutralité carbone en 2050, La France également. Mais le problème avec la France et l’Europe, c’est qu’elles ont la mauvaise habitude de ne pas respecter les objectifs qu’elles se sont fixé. En Chine, la population est aux premières loges. Les messages des scientifiques sont très clairs et ils sont entendus par les autorités. Aux Etats-Unis, les messages des scientifiques sont également très clairs mais ils ne sont pas écoutés à la Maison Blanche. Toutefois, je pense que si Donald Trump est réélu, il ne pourra pas faire autrement que de prendre des décisions comme celles des Chinois, car c’est aussi une question de suprématie économique.
L’Europe a fait un geste fort avec le Green deal, mais vous ne semblez pas trop y croire ?
J’aimerais que ce soit l’Europe qu prenne ce leadership. Avec Pierre Larrouturou, nous avions monté le collectif "Pacte Finance Climat" et nous proposions que l’Europe investisse 1000 milliards d’euros pour sauver la planète. Nous avions aussi demandé que la Banque européenne d’investissement (BEI) devienne la Banque européenne du climat. La BEI nous dit qu'elle l'est déjà, mais ils n'ont pas que des investissements verts. Il faut que chaque investissement soit marqué. C’est aussi le cas du plan de relance français. Il comprend des secteurs très polluants comme l’aéronautique et on risque de ne pas atteindre les objectifs.
Cinq ans après la COP21 et l’Accord de Paris, on n’a pas beaucoup avancé. Est-ce inquiétant ?
Nous avons pris beaucoup de retard, même si c’est à partir de maintenant que les objectifs fixés en 2015 doivent être réellement appliqués. Les entreprises ont du mal à comprendre. Il faut bouger maintenant, après il sera trop tard. Et ce n’est pas un changement à la marge, il faut un changement profond des sociétés.
En France, la Convention citoyenne pour le climat a remis 145 propositions qui ont été acceptées pour la plupart par le Président de la République. Plus de deux mois après, n’êtes-vous pas un peu déçu ?
Je trouve que certains manquent réellement d’élégance pour les membres de la commission mais aussi pour le président Emmanuel Macron qui avait validé l’essentiel des propositions et proposé le "sans filtre". Chacun y compris dans le gouvernement essaye de détricoter ces mesures. Certains ne les acceptent pas. On l’a vu avec le plan de relance. Il n’y a pas de dynamisme autour des propositions de la Convention citoyenne pour le climat et certaines vont être édulcorées.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



