Sept choses à savoir sur le taïwanais TSMC, leader des semi-conducteurs, en première ligne dans le conflit avec la Chine

Mis en lumière par la pénurie de puces, TSMC revient dans l’actualité suite au regain de tension entre Taiwan et Pékin, provoqué par la visite le 2 août de Nancy Pelosi sur le territoire. L’Usine Nouvelle a recensé les sept choses à savoir sur TSMC, entreprise à l'importance stratégique pour Taïwan... et pour toute l'industrie, ou presque.

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TSMC usine Fab12 à Taïwan
Dans l'usine Fab12 de TSMC, à Taïwan.

Rares sont les entreprises capables de tenir tête à un Etat. A la Chine, encore davantage. TSMC est de celles-ci. Alors que les menaces chinoises d’une invasion de Taïwan sont montées d’un cran, le 2 août, à l’occasion de la visite de la présidente de la chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi sur le territoire, le PDG de l’entreprise a prévenu : « Personne ne peut contrôler TSMC par la force. En cas d’usage de la force ou d’invasion, les installations de TSMC deviendraient inopérantes. »

Ces déclarations rappellent le positionnement stratégique de l’entreprise taïwanaise, leader mondial des semi-conducteurs devenu encore plus incontournable depuis la crise du Covid et la pénurie de puces. Pour mieux comprendre son rôle majeur dans l’économie mondiale – et pourquoi la Chine aimerait mettre la main dessus – L’Usine Nouvelle fait le point. Avec sept choses à savoir sur TSMC.

Les semi-conducteurs TSMC sont partout

TSMC fabrique des puces pour de nombreux clients du monde entier : Apple, AMD, Qualcomm... Son emprise sur le secteur de l’électronique est sans égal : 24% des semi-conducteurs utilisés dans le monde proviennent de ses usines, que ce soit pour équiper des ordinateurs, des smartphones, des voitures ou des serveurs. Ce chiffre grimpe à 92% pour les puces les plus avancées, dont les transistors mesurent moins de 10 nanomètres. Sur son secteur – la fonderie des semi-conducteurs – TSMC capte 49% des parts de marché.

C’est l’une des entreprises les mieux valorisées au monde

Cette position unique sur le marché fait de TSMC un mastodonte. L’entreprise a vu ses revenus dépasser les 50 milliards d’euros en 2021. Et sa valorisation atteindre 540 milliards d’euros, un record dans l’électronique. Des chiffres qui la placent au-dessus des chinois Tencent et Alibaba, juste derrière Meta, la maison mère de Facebook… Et qui en font l’entreprise la plus valorisée d’Asie.

Le tout, avec des prévisions de croissance à faire pâlir d’envie n’importe quel entrepreneur : 25% en 2021 et 35% attendus en 2022. De quoi mener des investissements tout aussi colossaux : 87 milliards d’euros prévus sur trois ans. Dont 44, rien que pour l’année 2022. Ce qui en fait le plus gros investisseur du secteur.

Sa création est le fruit d’une volonté politique

L’émergence d’un tel géant des semi-conducteurs à Taiwan n’a rien d’un hasard, ni d’un cas isolé. Dès les années 1970, le gouvernement a considérablement investi pour bâtir cette filière, alors inexistante. De cette stratégie est né l’Institut de recherche en technologie industrielle de Taïwan (Itri), un centre de R&D financé à 70% par des fonds publics, qui a essaimé plus de 240 entreprises depuis sa création, en 1973.

« Le gouvernement a fait le pari de développer le secteur des semi-conducteurs, notamment parce que notre territoire était trop petit pour des industries plus lourdes, raconte Chih-I Wu, le directeur général des laboratoires d’électronique et d’optoélectronique de l’Itri, dans le grand reportage de L'Usine Nouvelle sur le sujet. Une dizaine d’ingénieurs taïwanais sont revenus des États-Unis pour rejoindre l’Itri et ont participé à cet essor. »

Parmi eux, Morris Chang, 25 ans d’expérience chez Texas Instruments, propose la création d’un sous-traitant capable de prendre en charge la coûteuse fonderie des puces et créée la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) en 1987. Dont Taïwan reste encore le premier actionnaire avec plus de 6% des parts.

L’entreprise ne dépend d’aucun client… ou presque

Une règle régit le portefeuille de clients de TSMC : l’indépendance. Ainsi, aucun de ses clients ne peut représenter plus de 10% de son chiffre d’affaires. Une manière de se protéger contre la baisse éventuelle de l’activité de l’un ou de l’autre. Seuls deux d’entre eux dérogent à cette limite, dont TSMC ne dévoile pas l’identité.

L’un d’entre eux ne fait pas de mystère : avec 10,7 milliards de dollars, Apple représente 26% du chiffre d’affaires de TSMC en 2021, dont il fabrique la quasi-totalité des puces. Si Huawei a longtemps représenté 12% de l’activité du fondeur, ce n’est plus le cas depuis l’embargo américain. Son successeur dans le club très fermé des plus de 10% ? Un doute demeure, et les rumeurs prêtent tantôt cette place à l’américain AMD ou au taiwanais MediaTeK.

Son principal concurrent est Samsung

Bien qu’encore loin derrière TSMC, Samsung s’est lancé dans la fonderie de puces en 2005 avec l’ambition de rattraper le taïwanais d’ici 2030. Si le pari est encore loin d’être relevé – Samsung ne comptait que 15% du marché en 2020 – le coréen peut cependant se targuer d’être en avance sur la plan technologique.

Alors que les deux entreprises sont les seules à maîtriser la gravure de transistors de 5 nanomètres, Samsung a annoncé avoir débuté en juin 2022, sur son site industriel de Hwaseong, en Corée du Sud, la production de la prochaine génération de puces de 3 nanomètres. Devenant le premier fabricant au monde à franchir cette étape. Et grillant la priorité de quelques mois à TSMC, qui prévoit de débuter au second semestre la même année.

Reste que les défis à dépasser pour prendre la tête sur ce marché sont considérables, notamment au niveau du complexe packaging de ses puces. Et si Samsung se targue de compter Tesla, Google ou Cisco parmi ses clients, le sud-coréen a perdu Apple en 2016… au profit de TSMC. Ceci notamment car le taïwanais a pour règle de ne jamais concurrencer ses clients. Au contraire de Samsung, dont 40% l’activité de fonderie sont destinés à Samsung lui-même.

Malgré ses usines à l’étranger, TSMC ne quittera pas Taïwan

Déjà installé aux Etats-Unis, en Chine et à Singapour, TSMC conserve 90% de sa production à Taiwan. Et si les projets de création d’usines se font plus nombreux depuis la crise du Covid et la pénurie de puces, une règle tacite veut que le fondeur conserve sur son territoire ses usines les plus modernes. Ainsi, même si l’entreprise va construire un site de production dans l’Arizona, au Japon et considère l’éventualité d’en ouvrir un en Europe, cette expansion ne signifie pas un déracinement.

C’est l’une des entreprises les plus secrètes au monde

Maîtrisant l’un des procédés industriels les plus complexes au monde – la création d’une puce nécessitant environ 1 500 opérations lithographiques et chimiques – TSMC est l’un des industriels les plus secrets. Seul un showroom est accessible au public et son site de production n’ouvre qu’exceptionnellement ses portes à la presse.

Même ses partenaires sont surveillés. « C’est un secteur très secret, où chacun cherche à voler les innovations des autres, témoigne un fournisseur de TSMC dans le reportage réalisé sur l’île par Adrien Simorre pour L’Usine Nouvelle. Les ports USB de nos ordinateurs sont scellés à notre entrée dans les locaux, et nos téléphones personnels interdits. » Malgré sa persévérance, notre journaliste n’avait d’ailleurs pas pu passer la porte du géant. Dont les secrets restent encore bien gardés. 

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