A Val-de-Reuil, dans l’Eure, Sanofi a revu ses ambitions à la hausse. Initialement envisagée à hauteur de près de 200 millions d’euros en 2017, l’enveloppe finale des investissements destinés à renforcer les capacités contre la grippe de ce gigantesque complexe de vaccins a finalement atteint 250 millions d’euros. Comme prévu, le laboratoire tricolore a bien ajouté un bâtiment de 8 700 m² pour muscler de 40% la production de son vaccin principal, le Vaxigrip Tetra. Mais Sanofi a ajouté au projet l’implantation d'étapes de production de son vaccin anti-grippe hautement dosé, l’Efluelda, jusqu’alors entièrement produit aux Etats-Unis. Il a également investi dans des lignes de conditionnement ultra-modernes, avec des emballages en carton en substitution au plastique pour ces deux produits. Avec l’ambition d’accroître encore un peu plus sa position de leader mondial des vaccins contre la grippe.
Inauguré officiellement le 6 septembre 2023, le rutilant bâtiment B52 vient d’achever sa première campagne de production, démarrée en avril 2023, pour la prochaine campagne vaccinale annuelle dans l’hémisphère nord, qui démarre mi-octobre. Sanofi se refuse à détailler les capacités de production de cette nouvelle unité qui va engager prochainement sa campagne de production pour l’hémisphère sud. A titre de comparaison, le laboratoire avait produit, au total, sur ses différents sites de vaccins dans le monde, environ 250 millions de doses de vaccins contre la grippe pour la campagne hivernale 2022.
650 000 œufs réceptionnés par jour pour produire les antigènes
Le B52 est dédié à la production primaire du vaccin, donc la fabrication de l’antigène. La production secondaire de formulation, de remplissage en seringues, et les étapes de conditionnement, sont effectuées ensuite dans d’autres unités adjacentes sur le site normand.
La nouvelle unité démarre par la culture de l’antigène sur les œufs. Pour la campagne annuelle de l’hémisphère nord, « nous réceptionnons 650 000 œufs par jour en moyenne lors de la phase de production », au cours des trois ou quatre premiers mois, indique Henri Lanfry, le directeur du complexe de Sanofi à Val de Reuil. Ajoutant que les œufs proviennent d’un réseau qualifié réparti sur l’ensemble de la France, et qu’un «œuf équivaut environ à une dose».
Pascal Guittet Les opérateurs de la nouvelle unité B52 de Sanofi inspectent visuellement les œufs après incubation avec les différentes souches de virus grippal avant les opérations de récupérations des blancs et en amont de toutes les étapes de séparation, de fragmentation et de purification. (Crédit: Pascal Guittet).
Techniquement, le Vaxigrip Tetra est un vaccin quadrivalent, conférant une protection contre quatre souches grippales déterminées en fonction des recommandations annuelles par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Dix par dix, les œufs se voient inoculer une souche. Le procédé consiste en une désinfection, une inoculation du virus par aiguille, et le dépôt d’un liquide pour re-sceller la coquille. S’ensuit une phase d’incubation de quatre jours avant les étapes de récolte du blanc d’œuf, où se multiplie le virus, puis de clarification, de purification, de fragmentation et d’inactivation. «Cela permet d’éliminer toutes les impuretés, d’inactiver le virus, et de récupérer les protéines d’intérêt pour fabriquer ensuite l’antigène, donc le principe actif du vaccin», schématise Henri Lanfry. Avec quatre souches à intégrer dans le vaccin, ces étapes de fabrication se font souche par souche, avec un nettoyage complet des ateliers entre chaque. Si l’unité est fortement automatisée et digitalisée, près de 230 salariés, sur les 2 200 du complexe, sont affectés aux opérations du B52 et encadrent tout le processus.
Sanofi a implanté en France des productions limitées auparavant à ses sites américains
En plus du B52, Sanofi a investi pour pouvoir implanter en France certaines étapes de production de son vaccin Efluelda, hautement dosé, disponible depuis 2021 et surtout destiné aux personnes de plus de 65 ans qui demeurent les plus fragiles face à la grippe et ses possibles complications. Thomas Triomphe, vice-président exécutif de l’entité Vaccins de Sanofi, assure que, potentiellement, ce vaccin pourrait «éviter 18 000 hospitalisations et 700 décès par an en France», lors de l’épidémie grippale annuelle. A Val-de-Reuil, Sanofi a démarré depuis le début de l’année des étapes de production secondaire, qui n’étaient concentrées auparavant que sur les sites américains du groupe, pour servir les marchés français et européen. Désormais, le complexe normand s’occupe de remplissage de seringues, du contrôle qualité, et du conditionnement. «Seule la fabrication de l’antigène demeure aux Etats-Unis», souligne Thomas Triomphe.
Pascal Guittet Audrey Derveloy (au centre), présidente de Sanofi France, inaugure officiellement la nouvelle unité B52 sur le complexe de vaccins du laboratoire français à Val-de-Reuil (Eure), le 6 septembre 2023. (Crédit: Pascal Guittet).
Deux nouvelles lignes de conditionnement à haute cadence et tout carton
Sur les 50 millions d’euros d’investissement supplémentaire, 30 millions ont été consacrés à deux nouvelles lignes de conditionnement, portant à trois le nombre de lignes en charge du conditionnement des doses des vaccins contre la grippe à Val-de-Reuil. Les deux lignes ajoutées sont à haute cadence, avec une capacité de 300 doses par minute en conditionnement unidose (une seringue) et de 700 par minute pour les boîtes multi-doses. Ces deux lignes intègrent la technologie tout carton que déploie Sanofi depuis 2022 avec l’objectif de l’étendre à l’intégralité de ses conditionnements de vaccins dès 2027. Les seringues en verre de doses anti-grippe sont désormais emballées dans des packs entièrement en carton, que ce soit en individuel, avec des dispositifs spécifiques d’inviolabilité, ou en multidoses, sans recours au plastique. Henri Lanfry évoque aussi un gain de poids grâce à des boîtes devenues «deux fois moins volumineuses». Sanofi calcule que ce procédé permettrait d’éviter 7000 tonnes par an d’émissions de CO2 par an, grâce à une réduction de moitié du nombre de palettes à transporter et à la suppression de 300 tonnes de PVC autrefois utilisées pour le conditionnement.
Célébrant cette année son cinquantième anniversaire, le complexe de Val de Reuil se voit ainsi nettement renforcé pour ses productions de vaccins. Après plus de 600 millions d’euros investis en dix ans sur le site, Sanofi ne semble toutefois pas vouloir en rester là. La division Vaccins du groupe, qui a généré des ventes de 7,2 milliards d’euros en 2022 sur un chiffre d’affaires total de près de 43 milliards d’euros, est l’un des piliers stratégiques du développement du laboratoire français. Et le portefeuille de produits progresse. Thomas Triomphe souligne que «jusqu’à cinq nouveaux vaccins entreront en phase 3 de leur développement clinique d’ici à 2025, dans des aires thérapeutiques comme l’acné et des virus respiratoires». De quoi préfigurer des besoins de production. Pourquoi pas à Val-de-Reuil ?



