30 hectares, 60 bâtiments, plus de 2500 salariés... Le complexe de Sanofi à Val-de-Reuil en impose. Construit en 1973 avec pour vocation la production de vaccins contre la grippe, le site s’est fortement développé depuis. Ici sont aussi fabriqués d’autres vaccins, comme contre la rage, les hépatites, la méningite, la fièvre ou encore la poliomyélite. Mais Val-de-Reuil demeure la base centrale de la production anti-grippe du groupe, assurant la fabrication de 60% des doses qu’écoule Sanofi chaque année, et se posant comme le plus grand site de vaccins contre la grippe au monde. Le laboratoire français investit d’ailleurs continuellement, avec plus de 600 millions d’euros injectés sur place ces dix dernières années et de nouvelles unités qui démarrent régulièrement.
Chaque année, le schéma est identique, avec deux courses contre-la-montre de six mois. Fin février, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) délivre ses recommandations sur les quatre souches grippales ayant les plus fortes probabilités de circuler dans l’hémisphère nord lors de la prochaine saison automne-hiver. Fin septembre, alors que cette première production s’achève et que les doses rejoignent les officines, démarre la fabrication des doses anti-grippe pour l’hémisphère sud, là encore à partir des recommandations de l’OMS.
Tout commence à Val-de-Reuil par la culture des antigènes sur des œufs de poule, pour le vaccin tétravalent Vaxigrip, qui comprend les quatre souches recommandées. Jusqu’à 558 000 œufs par jour peuvent être réceptionnés par l’usine en début de campagne de production. Le procédé consiste à «injecter le virus dans les œufs, puis à récupérer le blanc d’œuf pour isoler le virus, l’inactiver, le fragmenter et obtenir l’antigène», schématise Henri Lanfry, le directeur du site Sanofi. A partir de juin, l’usine lance la formulation du vaccin, qui nécessite 3000 des 10 000 étapes jalonnant la fabrication d’une seule dose.
L'usine de Sanofi peut remplir jusqu'à 1 million de doses par jour
Guittet Pascal Dans les unités de remplissage des seringues ou des flacons, la stérilité est la priorité absolue, avec des opérateurs qui peuvent intervenir sur les lignes automatisées sans contact direct avec les doses vaccinales. (Photo: Pascal Guittet)
Dans l’usine, l’atelier de répartition liquide est particulièrement sensible. C’est là que s’opère le remplissage de seringues, avec une cadence pouvant atteindre jusqu’à 1 million de doses par jour au plus fort de la campagne. Le complexe de Sanofi utilise cinq lignes distinctes, dont trois pour le remplissage de seringues et deux pour les flacons qui contiennent de 5 à 10 doses. Chaque ligne fonctionne sous atmosphère contrôlée et stérile, de manière autonome. Les opérateurs sont présents pour intervenir au besoin, et peuvent accéder aux seringues sous l’isolateur avec des manchettes. Les seringues vides et stériles subissent une nouvelle étape de stérilisation par ionisation avant d’être remplies. En sortie, placées dans des barquettes, toutes sont inspectées visuellement avant de rejoindre l’atelier mirage.
70% du temps de production des vaccins est dédié au contrôle qualité
Guittet Pascal En plus de l'oeil humain, des lignes équipées d'une vingtaine de caméras scrutent la totalité des seringues et des flacons de vaccin à la recherche de toute anomalie. (Photo: Pascal Guittet)
Le mirage, ou atelier d’inspection visuelle, est stratégique dans la production de vaccins, véritable «garant de la qualité des produits» et qui permet «d’inspecter 100% des seringues et des flacons», souligne Henri Lanfry. Six lignes mirage sont installées, dont trois pour les seringues, deux pour les flacons liquides et la dernière pour les flacons lyophilisés. Outre l’œil humain, les lignes automatisées sont équipées de 23 caméras vérifiant tous les aspects des doses vaccinales, qu’il s’agisse du contenu ou du contenant. C’est la traque aux particules, aux défauts, aux bris de verre, à toute anomalie. En sortie de ligne, des seringues ou flacons sont isolés au moindre doute dans le bac de rejet, qualifiés soit pour destruction soit pour un second passage sur la ligne de mirage. En moyenne, il y a « entre 1% et 2% de rejets par lots », selon Nathalie Korb, la responsable de l’atelier. En réalité, le contrôle qualité représente 70% du temps de production de chaque dose vaccinale. Pas seulement sur l’atelier mirage car les vérifications s’opèrent tout au long de la chaîne de fabrication, jusqu’à l’expédition des doses. Mais le mirage est une des pierres angulaires du contrôle qualité.
Sanofi expérimente l'emballage tout-carton de ses vaccins
Guittet Pascal Sanofi vise un objectif d'emballer tous ses vaccins dans du carton à l'horizon 2027, avec des systèmes d'inviolabilité, pour supprimer les composants plastiques dans le conditionnement externe. L'usine de Val-de-Rueil pilote les premiers essais à échelle industrielle. (Photo: Pascal Guittet)
La dernière grande étape est le conditionnement des doses, avec un vaste atelier abritant 11 lignes distinctes. Les seringues sont «chargées manuellement avant d’être remise en ligne automatisée», décrit Arnaud Paire, responsable du conditionnement du complexe. Une par une, sur des convoyeurs, chaque seringue est assemblée avec un piston, et se voit apposer un code datamatrix pour la traçabilité. Le parcours se prolonge avec l’emballage des doses. A Val-de-Reuil, Sanofi a initié l’opération «tout-carton» pour le conditionnement, en remplacement du plastique, avec l’objectif de conditionner tous les vaccins du groupe dans du carton à partir de 2027. Pour garantir l’inviolabilité de chaque emballage, le carton ne peut être refermé une fois descellé. Les doses emballées sont ensuite conditionnées en lot, dans de plus grands cartons avec déjà un lieu de destination.
Une dose sur deux injectée contre la grippe en France utilise un vaccin Sanofi
Guittet Pascal Toutes les seringues et flacons de vaccins rejoignent le centre de distribution, intégré au complexe de production de Val-de-Reuil, dans de vastes hangars réfrigérés. (Photo: Pascal Guittet)
Au bout de cette chaîne complète de production, les doses rejoignent le vaste centre de distribution, directement intégré au complexe. Ici la doudoune est obligatoire pour les visiteurs et les 120 salariés. Que ce soit dans les grands entrepôts réfrigérés, jusqu’à parfois -20 degrés à certains endroits, ou sur les lignes de colisage. Pour chaque lot, le procédé est identique : il est d’abord stocké avant d’être «libéré», c’est-à-dire validé par les autorités sanitaires de chaque pays de destination, avant d’être mis en colis puis expédié. En France, les livraisons dans les pharmacies démarrent avant le début de la campagne vaccinale, fixée cette année à partir du 18 octobre 2022. Dans l’Hexagone, chaque année, «une dose sur deux injectée contre la grippe l’est avec un vaccin Sanofi», se félicite Henri Lanfry.



