Après ses succès dans l’équipement de réseaux 5G aux Etats-Unis et au Japon, Samsung s’engouffre dans la bataille en Europe. Le groupe coréen annonce avoir été sélectionné par l’opérateur britannique Vodafone comme fournisseur principal d’équipements 5G ouverts compatibles avec le standard O-RAN. Les détails financiers ne sont pas révélés. Mais ce succès, le premier auprès d’un grand opérateur télécoms européen, lance Samsung à la conquête du Vieux Continent. Il intervient après le contrat de 6 milliards de dollars remporté aux Etats-Unis auprès de l’opérateur Verizon.
Samsung se targue d’être présent sur toute la chaîne de valeur de la 5G, des puces jusqu’aux équipements de réseaux, en passant par les smartphones. S’il domine le marché mondial des smartphones depuis 2011, il reste encore un équipementier mineur des télécoms, loin derrière les quatre plus gros acteurs du marché : les chinois Huawei et ZTE, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia. Mais il voit dans la 5G l’opportunité d’émerger comme un sérieux challenger des deux équipementiers européens.
Huawei devancé par Ericsson et Nokia en Europe
L’Europe lui offre une occasion inespérée de venir titiller Ericsson et Nokia. La plupart des pays européens ont décidé de restreindre, voire d’interdire, le recours aux équipements de Huawei et ZTE pour des motifs de sécurité nationale. C’est le cas du Royaume-Uni. Vodafone combine sur son réseau 5G britannique les équipements d’Ericsson et de Huawei. Mais depuis le début de l’année, il n’a plus le doit d’installer de nouveaux équipements de Huawei et il a jusqu’à la fin de 2027 pour retirer tous les matériels de l’équipementier chinois de son réseau. Résultat : Huawei, qui dominait le marché européen pendant la période de la 4G, vient de tomber à la troisième place en Europe, derrière Ericsson et Nokia, selon le cabinet LightCounting.
Samsung se pose en alternative de choix à Huawei. Pour se faufiler entre les deux grands équipementiers européens traditionnels, il a choisi de surfer sur la vague O-RAN, qui s’annonce comme une rupture majeure sur le marché des télécoms. Contrairement aux boîtes noires des équipementiers traditionnels Ericsson, Nokia ou Huawei, les équipements O-RAN sont construits comme des serveurs avec du logiciel tournant sur du matériel banalisé. Avec l’avantage, pour les opérateurs télécoms, de la flexibilité et de la réduction des coûts puisque ces équipements ouverts sont interchangeables et peuvent cohabiter quand ils proviennent de différents fournisseurs.
5 % du marché mondial en 2025
Ce développement suscite l’émergence de nouveaux équipementiers télécoms spécialisés sur ce créneau comme Airspan, Aliostar, Blinq Networks, IS Wireless, Mavenir, Maven Wireless, Parallel Wireless ou encore Ranplan Wireless. En plus de Samsung, Vodafone a retenu les équipements O-RAN d’Aliostar et de Parallel Wireless. Selon Stéphane Téral, analyste chez LightCounting, cette technologie ne représente aujourd’hui que 1% du marché mondial, mais devrait monter à 5% en 2025 (25 à 30% en dehors de la Chine, qui exclut ce type d’équipements de ses réseaux).
Le nombre de contrats 5G remportés par Samsung n’est pas rendu public. Mais selon Stéphane Téral, il se monterait à une cinquantaine. Pas de quoi rivaliser avec Huawei, Ericsson ou Nokia, où le chiffre dépasse les 100. Mais le groupe coréen revendique un avantage sur ses grands compétiteurs traditionnels, son engagement en faveur des équipements O-RAN, avec une présence notamment au Japon chez Rakuten, le premier réseau 5G au monde construit intégralement en technologie O-RAN, et chez l’opérateur historique nippon NTT.
Retour des Japonais dans la course
Samsung n'est pas seul à jouer la carte O-RAN pour bousculer les équipementiers télécoms traditionnels. Le japonais NEC et Fujitsu, qui ne représentent chacun aujourd'hui qu'environ 1% du marché mondial des équipements de réseaux mobiles selon LightCounting, misent également dessus pour revenir dans la course. NEC a récemment ouvert un centre de test au Royaume-Uni avec l'espoir de profiter, lui aussi, du bannissement de Huawei dans le pays. Vodafone vient d'ailleurs de désigner NEC comme un partenaire clé pour le déploiement de solutions O-RAN outre-Manche.



