Reportage

Rosi Solar, la start-up qui veut révolutionner le recyclage de panneaux photovoltaïques

La jeune pousse Rosi Solar a développé un procédé unique au monde pour valoriser les matières difficilement récupérables des panneaux solaires. Reportage au sud de Grenoble (Isère) dans sa première usine, pleinement opérationnelle depuis avril 2023 et officiellement inaugurée ce 20 juin.

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Panneaux solaires brutes sur le site de recyclage de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère)
Rosi Solar pourrait recycler, en 2023, l’équivalent de 150 000 panneaux photovoltaïques.

Le décor est somptueux. Après avoir longé les lacs de Laffrey, sur la sinueuse N85, plus communément appelée "Route Napoléon", s’étend le plateau matheysin dominé, au loin, par l’Obiou (2 789 mètres). C’est ici, à Saint-Honoré (Isère), à proximité de la ville de La Mure, une quarantaine de kilomètres au sud de Grenoble, que Rosi Solar a ouvert en avril sa première usine de recyclage de panneaux solaires (3 500 m²).

Sa spécificité ? La jeune pousse iséroise est la seule au monde à récupérer et valoriser la partie active des cellules photovoltaïques, à savoir l’argent, le cuivre et le silicium. Trois métaux aujourd’hui difficiles à extraire, qui finissent généralement broyés. Un gâchis aussi bien écologique qu’économique : ils représentent 20% de la matière du panneau… mais 80% de sa valeur !

À l’entrée de cette ancienne installation de plasturgie, un vaste hangar réceptionne des palettes de panneaux photovoltaïques en fin de vie, collectés en France par l’éco-organisme Soren et purgés de leur verre, cadre en aluminium et boîtier de jonction, par l’entreprise sociale et solidaire Envie 2E Aquitaine. «On envisage d’en recycler 3000 tonnes cette année, soit l’équivalent de 150000 panneaux», assure Antoine Chalaux, le directeur général de Rosi Solar et guide des lieux. Ce qui représente jusqu’à 3 tonnes d’argent et 90 tonnes de silicium de haute pureté récupérées… à la fin d’un procédé novateur, protégé par plusieurs brevets, en trois étapes.

Transformation des panneaux solaires après être passés dans un gigantesque four sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère)Kévin Deniau
Transformation des panneaux solaires après être passés dans un gigantesque four sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère) Transformation des panneaux solaires après être passés dans un gigantesque four sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère)

Résultat des panneaux après les étapes 1 et 2. ©Kévin Deniau

La première consiste à placer les panneaux dans un gigantesque four «pendant des heures à plusieurs centaines de degrés» afin d’éliminer le polymère. Le résultat de ce traitement thermique ressemble à un amas de débris. La deuxième vise tout simplement à isoler, de manière mécanique, les pièces bleutées de silicium. Problème : à ce stade, ce dernier est "pollué" par les petits fils d’argent et de cuivre sertis dessus et est donc inexploitable.

D’où la troisième étape : les cellules sont plongées dans cinq bains à la suite et, par un traitement de chimie douce, se séparent naturellement, donnant un aspect cotonneux au rendu final. «Nous sommes moins un recycleur traditionnel qu’un fournisseur de matières premières par la voie du recyclage», résume Antoine Chalaux, dont le nom de l’entreprise est l’acronyme de "Return of silicon" (Ndr : Retour du silicium).

Transformation finale des panneaux solaires sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère)Kévin Deniau
Transformation finale des panneaux solaires sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère) Transformation finale des panneaux solaires sur le site de Rosi Solar à Saint-Honoré, près de Grenoble (Isère)

Rendu final avec les matériaux séparés (silicium, argent etc.) sur le site de Rosi Solar. ©Kévin Deniau

Un marché à l’avenir radieux

Une quinzaine de salariés, soit la moitié des effectifs totaux de la pépite grenobloise, travaillent au sein de l’usine, financée par une levée de fonds de 7,4 millions d’euros, dévoilée en novembre 2022, notamment auprès du groupe japonais Itochu et du Conseil européen de l’innovation. Un tour de table qui en appelle un autre, plus conséquent encore, dans la foulée : Rosi Solar envisage de s’implanter dans deux nouveaux pays en Europe d’ici 2025, vraisemblablement l’Espagne et l’Allemagne, pays européen qui concentre le plus gros volume de déchets issus de l’énergie solaire. «On a besoin de volume, explique Antoine Chalaux, même si ce site en France restera notre lieu d’expérimentation».

Antoine Chalaux, le directeur général de Rosi Solar Kévin Deniau
Antoine Chalaux, le directeur général de Rosi Solar Antoine Chalaux, le directeur général de Rosi Solar

Antoine Chalaux, le directeur général de Rosi Solar. ©Kévin Deniau

Issue des laboratoires du CNRS et de l’Université de Grenoble, la société iséroise est née en 2017, sous l’impulsion de la physicienne Yun Lao, experte en photovoltaïque, du chercheur Guy Chichignoud et de l’industriel Daniel Bagnolet, tous deux spécialistes du silicium. Elle a mis plusieurs années à développer sa technologie et doit maintenant résoudre un autre enjeu : créer un marché viable économiquement, autant pour la collecte des panneaux que de la quête de débouchés pour ses matières.

L’argent est, pour l’heure, ce qui a le plus de valeur dans les panneaux. Mais la revente de silicium haute pureté est plus prometteuse, tant cette matière, considérée comme stratégique par la Commission européenne, est nécessaire à l’industrie électronique et à la transition énergétique. Selon les projections du cabinet Rystad Energy, le marché du recyclage de panneaux photovoltaïques devrait atteindre 2,7 milliards de dollars d’ici 2030 contre… seulement 170 millions de dollars actuellement !

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