« Les résultats [de l’année 2023] sont particulièrement solides, dans un environnement toujours complexe et changeant. Le groupe a, une nouvelle fois, démontré la force de son modèle, en conjuguant résilience, croissance, performance et dynamique d’investissement. » C’est ainsi que François Jackow, le directeur général d’Air Liquide, a démarré la conférence de presse de ce mardi 20 février, dédiée à la présentation des résultats annuels du groupe.
Au terme d’une année écoulée marquée par les conséquences de la guerre en Russie, du conflit au Moyen-Orient, dans un contexte inflationniste, le gazier français n’a pas démérité. En croissance comparable (hors effets de change, énergie et de périmètre significatif), son chiffre d’affaires (CA) global a progressé de 3,7 %, pour atteindre 27,6 milliards d’euros. En données publiées, il est en revanche ressorti à - 7,8 %, « surtout en raison de la baisse des prix de l’énergie, ainsi que, dans une moindre mesure, d’effets de change négatifs », a justifié Jérôme Pelletan, le directeur financier d’Air Liquide. Et c’est le segment Gaz & Services (95 % du CA global), qui a donné le ton, affichant des ventes en hausse comparable de 4,2 %, et en baisse publiée de 7,7 %. Au sein même de cette activité, « toutes nos grandes zones sont en croissance, en particulier les Amériques (+ 5,1 %) et l’Europe (+ 4,2 %), portées par l’Industriel Marchand et la Santé, les principaux moteurs de croissance en 2023 », a poursuivi le directeur financier. Même l’Asie-Pacifique a progressé (+ 1,8 %), « malgré un ralentissement conjoncturel du marché de l’électronique ». Quant au résultat net, il a augmenté de 11,6 %, pour s’élever à 3,1 Mrds €.
« Nous avons généré 466 M€ d’économies pérennes, soit 23 % de plus par rapport à 2022, au-dessus de l’objectif escompté », a ajouté Jérôme Pelletan. Ce qui découle d’un travail sur la performance et l’efficacité opérationnelle. « La moitié de ces efficacités proviennent d’améliorations industrielles, dont le portefeuille s’élève à 1 300 projets, au niveau du groupe. Réussir à améliorer notre performance en achat demeure un défi majeur, dans un contexte où la plupart de nos fournisseurs ont plutôt tendance à augmenter leurs prix », a complété François Jackow.
Une accélération du plan Advance
« L’annonce du jour, c’est surtout l’accélération de notre plan stratégique Advance », a rapporté le dg. Ce programme, qui court sur quatre ans (2022-2025), prévoit, entre autres, + 1,6 % de marge opérationnelle. Or, Air Liquide a déjà atteint + 1,5 %, à la fin 2023, ce qui l’amène à doubler l’objectif initial, pour le porter à + 3,2 %, à horizon 2025. « Ceci traduit la capacité du groupe à générer de la valeur », a abondé le dg.

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Février 2026
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Mars 2026
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6 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
La dynamique d’investissement est, quant à elle, confirmée : « Nous avons atteint un niveau record des investissements en cours, de 4,4 Mrds €, par rapport aux 2,8 Mrds € de 2019 », a soutenu le dg. Pour ce faire, deux leviers principaux sont à l’œuvre. D’une part, les opportunités relatives à la transition énergétique (40 %), pour lesquelles il s’agit principalement de projets d’hydrogène (H2) renouvelable et de captage et de stockage du CO2 (CCS). À titre d’exemple, Air Liquide a inauguré, via une coentreprise qu’il détient avec Siemens Energy, une gigafactory d’électrolyseurs PEM, à Berlin, en novembre 2023. D’une capacité actuelle de 1 GW, celle-ci devrait atteindre 3 GW, d’ici à 2025. Dans le cadre de son projet « Trailblazer », le groupe a également pratiquement achevé la construction d’un électrolyseur PEM de 20 MW, à Oberhausen, en Allemagne. Et on ne cite plus le projet « Normand’Hy », qui projette la mise en place d’un électrolyseur PEM de 200 MW (le plus grand en cours de construction à ce jour), près de Port-Jérôme, en France.
De surcroît, le groupe peut se targuer d’avoir été sélectionné par le département américain de l’Énergie (DOE) comme partenaire de six des sept pôles hydrogène régionaux que le gouvernement des États-Unis a retenus pour mettre en place un réseau national d’H2 dans le pays.
Du côté du CCS, Air Liquide est impliqué dans le projet « Porthos », porté par le gouvernement néerlandais, qui vise à construire un pipeline de CO2 à travers la zone portuaire de Rotterdam, menant à un site de stockage en mer du Nord. Dans ce cadre, le groupe a annoncé, en décembre 2023, l’installation d’une unité de CCS de sa technologie propriétaire CryoCap, sur son site de fabrication d’H2, à Rozenburg. Celle-ci devrait être opérationnelle d’ici à 2026, pour participer à environ 10 % de la réduction des émissions de CO2 de l’industrie de Rotterdam. En parallèle, le gazier français poursuit la construction d’une unité de production d’H2 de 20 000 t/an, sur le site de Grandpuits de TotalEnergies, qui intégrera aussi une unité de CCS CryoCap.
L’autre levier, qui pèse pour 35 % dans la dynamique d’investissement, c’est l’électronique, « compte tenu des besoins en puces électroniques et en mémoire », a précisé le dg. Dans ce secteur, le groupe a annoncé, en novembre 2023, un investissement de près de 200 M$ dans la construction de deux centres de production de matériaux avancés (dédiés au processus de dépôt de gravure dans la fabrication des puces), à Taïwan et en Corée du Sud, qui devraient être respectivement opérationnels en 2024 et 2025.
Et pour ce qui est de l’inflexion des émissions de CO2, escomptée à partir de 2025, le groupe est confiant. « En 2023, nous avons, pour la première fois, réduit nos émissions de CO2, en valeur absolue. Elles ont baissé de 5 %, par rapport à 2022, alors même que nos ventes ont progressé de 4 % », a rapporté le dg. Pour poursuivre cette baisse, et ainsi atteindre la neutralité carbone, d’ici à 2050, le groupe s’appuiera sur ses projets d’H2 renouvelable et de CCS déjà cités, ainsi que sur un approvisionnement en électricité bas-carbone et des projets d’électrification d’unités de séparation des gaz de l’air (ASU), en Asie. Il a notamment prévu d’électrifier deux ASU à Tianjin, en Chine, d’ici à la mi-2024.



