Établi à Saint-Étienne depuis 1820, l’historique fabricant d’armes de chasse Verney-Carron reste sous pavillon français. Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne (Loire) a choisi le groupe Rivolier, basé à Saint-Just-Saint-Rambert (Loire), pour la reprise du dernier fabricant français d’armes de petit calibre dont il était le distributeur exclusif. Un dossier sensible, car stratégique pour la souveraineté du pays dans le secteur de la Défense.
Rendue le 4 juin 2025, la décision de la juridiction avait été mise en délibéré après une audience du 28 mai 2025, au cours de laquelle les juges avaient étudié deux offres de reprise pour le fabricant d’armes de chasse. Ce dernier était en redressement judiciaire depuis près de quatre mois, cumulant un passif de 20 millions d’euros. La proposition du groupe ligérien dirigé par Arnaud van Robais a été préférée à celle du belge FN Browning (ex-Herstal group), pourtant soutenue par Cybergun. Détenteur de 65% du capital de Verney-Carron depuis 2022, le groupe français spécialisé dans les répliques d’armes air soft avait considéré qu’il s’agissait de «l’offre la plus [favorable] pour l’ensemble des parties prenantes».
Un choix valorisant mais lourd à assumer pour Rivolier
Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne a finalement retenu l’offre de Rivolier, accompagné par le fonds tchèque RSBC, déjà propriétaire de deux fabricants d’armes de petit calibre, le slovène Arex et l’autrichien Steyr-Mannlicher. L’offre prévoit la reprise de 55 des 66 salariés, dont la majorité était en activité partielle depuis fin 2024. «Nous sommes honorés d’avoir été choisis face à FN Browning qui est un poids lourd du secteur mais dans le même temps, cette décision nous oblige aussi. Notamment vis-à-vis des salariés», a confié Arnaud Van Robais à L’Usine Nouvelle. Les deux partenaires vont constituer une société commune (avec respectivement 65% et 35% des parts) et commencer par investir deux millions d’euros pour relancer la production, «dès lundi prochain [le 9 juin 2025 ndlr]», glisse Arnaud van Robais, sur le site actuel du boulevard Thiers, à Saint-Étienne.
Des commandes en cours
L’entité sera dirigée par Damien Kaivers, ancien salarié de FN Browning, en attendant la construction d’une nouvelle usine, «d’ici deux à trois ans, en fonction de la montée en charge, à Saint-Étienne ou dans les environs», précise le PDG de Rivolier. Rivolier doit surtout fournir 3000 lanceurs Cobra 40 mm pour le ministère de l’Intérieur ainsi que des Flash-Ball pour plusieurs polices municipales françaises.
Groupe familial héritier de l’entreprise stéphanoise éponyme qui a fabriqué des armes de chasses de 1830 à 1963, avant de se concentrer sur le métier de distributeur d’armes à feu, Rivolier emploie 280 personnes (118 sur le bassin ligérien) et a réalisé un chiffre d’affaires de 135 millions d’euros en 2024. Il a récemment acquis MD-Tech, fournisseur de matériel criminalistique des services de police et de gendarmerie, des douanes, des armées..., à Andrézieux-Bouthéon (Loire), ainsi qu’Hexadrone, fabricant de drones porteurs, basé à Saint-Férréol-d’Auroure, en Haute-Loire.



