Verney-Carron a-t-il dégainé trop vite ? Le fabricant de fusil de chasse et d’armes de petit calibre avait annoncé un contrat-cadre en novembre 2023 pour livrer 12000 fusils et 400 lance-grenades aux forces ukrainiennes. Un contrat, alors qualifié d’historique, évalué à 36 millions d’euros. Assurément une bonne nouvelle pour son usine basée à Saint-Etienne (Loire) et plus globalement pour sa maison-mère, le groupe Cybergun (43 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022), un spécialiste des répliques d’armes à bille qui veut renforcer ses positions dans les marchés de défense.
Il se félicite alors du fait que ce contrat «témoigne du renforcement continu des relations bilatérales entre la France et l'Ukraine en matière de coopération en défense». Tout semble bouclé…à une formalité près. Car l’annonce est conditionnée à l’obtention d’un financement… qui ne viendra finalement pas, ni de France ni d'Ukraine. Résultat : la production pour les livraisons en série prévues cette année est plus que compromise. D’où une incompréhension, alors que le ministère français des Armées s’est doté d’un fonds spécial de soutien à l’Ukraine de 200 millions d’euros et qu’il en a fait largement la promotion.
Une communication prématurée
Aujourd’hui, Hugo Brugière, le PDG de Cybergun craint même l’annulation du contrat. Dans un article de La Tribune du 21 février, il évoque un manque de soutien de la DGA (Direction générale de l’armement), aux dires de ses contacts ukrainiens. Sollicité par L’Usine Nouvelle, il n’a pas été disponible pour répondre à nos interrogations.
Son entreprise, semble-t-il, ne peut s’en prendre qu’à elle-même en ayant communiqué victorieusement alors qu’aucun n’engagement et encore moins de paiement n’avait été consenti par le ministère ukrainien de la défense. Et la DGA (Direction générale de l’armement), particulièrement irritée d’avoir été mise en cause dans plusieurs articles de presse, a tenu à lui faire savoir. Son patron, Emmanuel Chiva, a pris la plume et sorti l’artillerie lourde. Dans un courrier adressé au PDG de Cybergun daté du 22 février et dont L’Usine Nouvelle a pu avoir connaissance, le grand chef d’orchestre de l’industrie d’armement tricolore évoque des méthodes qui ne sont pas tolérables. «Votre communication de novembre était donc assurément prématurée, voire maladroite dans l’intention de forcer l’entrée en vigueur (du contrat, ndlr) ». La critique est d’autant plus sérieuse que le soutien aux exportations de défense figure dans les missions premières de l’institution.

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Pas une priorité pour l'armée Ukrainienne
La société acquise par le groupe Cybergun en juin 2022 semble avoir confondu vitesse et précipitation. Le communiqué du contrat diffusé en novembre mentionnait comme interlocuteur d'affaires l’agence Ukrspecexport. Un intermédiaire présenté comme étatique mais qui n’a rien à voir avec la DPA (Defence Procurement Agency) soit l’agence d’acquisition de référence du ministère ukrainien des armées. Et quand bien même le fabricant stéphanois aurait frappé à la bonne porte, il n’est pas certain qu’il aurait décroché le financement nécessaire. La DGA signale dans son courrier que le ministère de la Défense ukrainien n’a jamais demandé la prise en charge de ce contrat par le fonds de soutien national. «Il n’a même jamais abordé ce sujet, ni fait figurer les armes de petit calibre dans ses listes de priorité qu’il nous adresse régulièrement».
Pour finir, la DGA se permet même un conseil au PDG du groupe Cybergun …sous forme de tacle. «Sur le fond, l’entreprise Verney-Carron doit encore prouver qu’elle est compétitive sur le segment extrêmement concurrentiel des armes de petit calibre, tant par rapport aux autres fabricants occidentaux, notamment américains, que par rapport à la production locale ukrainienne». Il semble qu’il y ait encore du chemin pour le fabricant avant de s’imposer sur le marché des fusils de précision auprès des armées européennes.
Pour Cybergun, la leçon est claire : même en économie de guerre, tous les coups ne sont pas permis. Certes l’Ukraine réclame à corps à cris des armes, (mais plutôt que des fusils d’assaut, des obus de 155 mm, de l’artillerie, des missiles de défense aérienne et de frappe de la profondeur, des drones, des avions de combat…) mais encore faut-il respecter les règles rigoureuses qui régissent les contrats d’armement à l’exportation.
Gare aux dégâts collatéraux d’une telle affaire. Le groupe Cybergun souhaite accélérer dans la défense et serait prêt pour cela à céder son pôle civil valorisé entre 10 et 25 millions d’euros. Il lui faudra alors vite apprendre les us et coutumes dans ce domaine.



