« Ça va être dur, sacrément dur. Mais si on parvient à atteindre nos objectifs, ce sera sacrément exceptionnel », souffle une source au sein de la Commission européenne à propos du nouveau plan RePowerEU, dévoilé mercredi 18 mai. Il faut bien l’admettre, le chantier dans lequel se lance l’exécutif européen est aussi sacrément ambitieux. Par le biais de propositions législatives, de nouvelles stratégies et autres recommandations à l’adresse des 27 Etats membres de l’Union européenne (UE), la Commission européenne a détaillé la manière de s’affranchir des importations russes« bien avant la fin de la décennie », grâce à de nouveaux investissements - notamment dans le secteur des énergies renouvelables. Au total, ce sont quelque 300 milliards d’euros (tirés de fonds déjà existants) qui devraient être mis à disposition.
Ce paquet législatif propose notamment de faire passer l'objectif climatique pour les énergies renouvelables de 40 à 45% d'ici à 2030 et celui pour l'efficacité énergétique de 9 à 13%. Selon l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, ce sont des cibles « qui pourraient faire l’objet d’une majorité ». Car les propositions de la Commission doivent être discutées - et adoptées - aussi bien par le Parlement européen que par le Conseil de l’UE, qui rassemble les Etats.
100 milliards d’euros par an d’importations russes
Pour l’énergie solaire, la Commission voudrait que d’ici à 2025, 320 GW puissent être produits par de nouveaux panneaux solaires photovoltaïques - soit plus du double du niveau actuel. Elle propose en outre de rendre obligatoires les toitures solaires pour les bâtiments commerciaux et publics d'ici à 2025, et pour les bâtiments résidentiels neufs d'ici à 2029. Les procédures en vue de lancer des projets dans le domaine des énergies renouvelables doivent aussi, selon la Commission, être allégées, afin de rendre ces solutions plus attractives pour les industriels.
Tandis que la guerre fait rage en Ukraine, l’Europe veut plus que jamais n’avoir à compter que sur elle-même - pour produire son électricité notamment. D'autant que le constat de la Commission est sans appel : « Les sommes élevées payées par l’Europe pour les carburants fossiles russes - près de 100 milliards d’euros par an - aident la Russie à poursuivre sa guerre contre l’Ukraine ». Alors, c’est aussi sur le volet de la consommation d’énergie que la Commission veut agir. La logique de la présidente de l’institution, Ursula von der Leyen, est implacable : « Les économies d'énergie sont le moyen le plus rapide et le moins coûteux pour faire face à la crise énergétique ». Il s’agit donc notamment de rendre les bâtiments moins gourmands en énergie et d’imposer l’« efficacité énergétique » comme un concept clé en Europe.

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Une marche à suivre pour les achats conjoints de gaz
La présidente de la Commission se félicite aussi de son idée d’établir une plateforme en vue de l'acquisition conjointe de gaz, de GNL et d'hydrogène. Cette piste de réflexion date de la fin mars (la Commission avait aussi alors plaidé pour des niveaux de stockage de gaz minimums obligatoires dans l’UE, une proposition qui est toujours en discussion actuellement). « Dans le cadre de notre plan RePowerEU, nous proposons une voie à suivre opérationnelle, avec un mécanisme d'acquisition conjointe et un mouvement conjoint en direction des pays fournisseurs. Ainsi, nous pouvons sécuriser les importations énergétiques dont nous avons besoin sans concurrence entre nos Etats membres », a expliqué Ursula von der Leyen.
RePower EU vient donc s’ajouter à deux séries de textes déjà emblématiques dans l’UE - le Pacte vert pour l’Europe, présenté dès la fin 2019 pour rendre le Vieux continent neutre d’un point de vue climatique à l’horizon 2050, et le paquet Ajustement à l’objectif 55 (ou Fit for 55), qui remonte à l’été dernier et esquisse la marche à suivre pour réduire d’ici à 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 55% par rapport aux niveaux de 1990. Avec RePowerEU, la Commission explique qu’elle maintient le cap, quitte à consentir à des efforts supplémentaires.
Ce vaste programme ne ferme pas pour autant la porte à l’importation de gaz en provenance de pays tiers. 10 milliards d’euros doivent être investis dans de nouvelles infrastructures gazières en Europe. Fin mai, les 27 chefs d’Etat et de gouvernements européens sont attendus pour une réunion du Conseil européen à Bruxelles, afin de discuter, entre autres, de toutes ces nouvelles pistes.



