Pour le troisième leader de la chimie mondiale, le cauchemar s’éternise. Jeudi 24 avril, l'Américain Dow a annoncé une perte nette, pour le trimestre clôturé au 31 mars, de 290 millions de dollars, soit 44 cents par action, contre un bénéfice net de 538 millions de dollars, soit 73 cents, il y a un an. La société du Michigan accuse une baisse de 3 % de son chiffre d'affaires net au premier trimestre 2025, à 10,4 milliards de dollars, reflétant une baisse dans tous les segments d'activité.
Un milliard de dollars de coupe dans les investissements
Comme d'autres entreprises chimiques, Dow est confrontée à un contexte macroéconomique incertain — impulsé par les politiques erratiques du président américain Donald Trump — qui n’ont fait que déstabiliser d’autant plus les marchés financiers ces dernières semaines. L'Europe doit aussi composer avec une hausse des coûts des matières premières et de l'énergie. Par conséquent, l'un des leaders mondiaux du secteur des sciences des matériaux prévoit des dépenses d'investissement totales de 2,5 milliards de dollars pour 2025, contre 3,5 milliards de dollars initialement prévus.
« Nous restons concentrés sur une exécution rigoureuse et sur des mesures accrues pour améliorer la rentabilité et soutenir la trésorerie », assure Jim Fitterling, président-directeur général de Dow. La ligne de conduite : réduire les dépenses et redimensionner les capacités de production, notamment par la cession d'actifs au Moyen-Orient pour un montant de 2,4 milliards de dollars. À cela, s'ajoutent diverses rentrées d'argent, comme avec le versement de près d'un milliard de dollars ordonné par la justice canadienne dans le cadre du fameux procès opposant Dow au pétrochimiste canadien Nova Chemicals. Au total, l'ensemble des mesures permettrait de faire rentrer jusqu'à six milliards de dollars dans les caisses.
Arrêt d'un vapocraqueur...
En 2024, les ventes nettes du groupe américain s'élevaient à 43 milliards de dollars, dont 38 % étaient destinées à des clients aux États-Unis et au Canada, 33 % à des clients en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Inde (« EMEAI »), et les 29 % restants à des clients en Asie-Pacifique et en Amérique latine. Pour renouer avec la compétitivité, le chimiste va en particulier s’atteler à l'examen élargi de ses actifs européens, « principalement dans le secteur des polyuréthanes », une analyse qui se poursuivra jusqu’à la mi-2025. Dans son collimateur, trois actifs initiaux — deux en Allemagne et un au Royaume-Uni — qui, selon la société, nécessiteront des mesures supplémentaires, soit par une mise au ralenti ou soit par un arrêt complet des activités. Le groupe juge ces segments amont comme « les plus coûteux et les plus énergivores du portefeuille de la société ».

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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Le vapocraqueur de Böhlen (Allemagne) — d'une capacité de 565 000 tonnes d'éthylène par an en 2021, selon les données de l’association Petrochemicals Europe – sera mis à l’arrêt avec une possibilité de fermeture. L’autre actif allemand de Dow sur la sellette concerne les intermédiaires industriels et infrastructures de chlore-alcali et de vinyle de Schkopau (Allemagne). Böhlen et Schkopau font partie, avec Stade, en Basse-Saxe, des trois plus grands sites de Dow en Allemagne. Côté britannique, l’usine de siloxanes de base à Barry complète la liste, sous la menace d’une potentielle fermeture.
...et report du projet Path2Zero
Et son mégaprojet canadien à 8,9 milliards de dollars se retrouve aussi reporter.« À la suite d'un examen approfondi, Dow a décidé de reporter la construction de son projet Path2Zero à Fort Saskatchewan, en Alberta, au Canada, jusqu'à ce que les conditions du marché s'améliorent », précise la société. Annoncé pour la première fois en 2021, ce projet neutre en émissions de CO2, si on se réfère uniquement aux scopes 1 et 2, a été présenté comme le premier site intégré de craquage d'éthylène et de produits dérivés à émissions nettes nulles au monde. Le projet Path2Zero s’appuie pour cela sur la technologie de séparation de l'air et de reformage autothermique (ATR) de Linde pour convertir des gaz de craquage du site en hydrogène, qui sera utilisé comme combustible propre pour alimenter les fours du site.



