On attendait une décision forte de Dow pour décarboner à grande échelle sa pétrochimie. Eh bien, c’est à Fort Saskatchewan, en Alberta, au Canada, que cela va se dérouler. Le groupe américain vient de donner son feu vert au projet Path2Zero de construction de la première installation intégrée au monde de craquage d'éthylène et de dérivés à émissions nettes nulles de scopes 1 et 2. Le projet avait été évoqué, pour la première fois, il y a deux ans, à l’occasion de l’Investor day 2021. On sait désormais que le conseil d’administration a validé un investissement de 6,5 milliards de dollars, hors incitations et subventions gouvernementales, pour la construction d'un nouveau craqueur d'éthylène et l'augmentation de capacité de polyéthylène à émissions nettes nulles. Deux millions de tonnes par an de ces deux produits seront ajoutées (1,285 Mt/an en 2027 et 600 kt/an en 2029), tandis que le craqueur existant sur le site sera modernisé. « Cet investissement ouvre la voie à la croissance de l'ensemble de notre portefeuille d'emballages et de plastiques spéciaux. Il nous donne l'opportunité de devenir le premier fournisseur de produits et de solutions zéro émission du secteur », s’est félicitée Karen Carter, présidente Emballages et plastiques spéciaux. Le groupe escompte générer 1 milliard de dollars supplémentaires d’EBITDA par an à plein régime, tout en décarbonisant 20 % de sa capacité mondiale d'éthylène.
Le choix de l'Hydrogène propre et du captage de CO2
Si, en 2021, on se demandait comment le pétrochimiste allait s’y prendre pour décarboner des productions aussi énergivores que celles de l’éthylène et du polyéthylène, on a désormais la réponse. Le projet Path2Zero déploiera la technologie de séparation de l'air et de reformage autothermique (ATR) de Linde pour convertir des gaz de craquage du site en hydrogène, qui sera utilisé comme combustible propre pour alimenter les fours du site. De plus, les émissions de CO2 seront captées et stockées, réduisant ainsi les émissions existantes d'environ 1 million de tonnes d'équivalent CO2 par an, tout en réduisant toutes les émissions liées à l'ajout de capacité. De ce fait, l'investissement de Dow mobilisera 2 milliards de dollars supplémentaires de la part de sociétés tierces pour la production de cet hydrogène circulaire, le captage du CO2 ou d'autres infrastructures essentielles à l'exécution du projet. Typiquement, Linde devra installer et exploiter une unité de séparation des gaz de l’air (ASU) pour la production d’azote, ainsi qu’une unité de reformage autothermique. Parmi les autres partenaires, on peut citer Fluor qui réalisera l'ingénierie et la conception, Wolf Midstream, qui assurera le transport du CO2, le long de l'Alberta trunk line (un pipeline dédié de 240 km), et Ravago, qui gèrera la logistique pour les produits finis du site.
Une matière première compétitive
Pour ce qui est du choix de Fort Saskatchewan pour abriter cet investissement d’envergure, Dow a déclaré : « l'Ouest canadien offre du gaz naturel très compétitif par rapport à [celui] d'autres régions, ainsi que de l'éthane à coût avantageux, une matière première clé pour la production d'éthylène. À plein régime, le site devrait être l'un des plus compétitifs au monde en termes de coûts ». La région offre également un accès à des infrastructures existantes de transport et de stockage du CO2, avec une capacité disponible pour soutenir pleinement la décarbonation du projet. Elle abrite une main-d'œuvre de haut niveau et Dow fait partie de la communauté depuis plus de 60 ans. Le chimiste prévoit, en effet, de créer environ 7 000 à 8 000 emplois pendant les périodes de construction, et 400 à 500 emplois à temps plein, une fois l'usine opérationnelle.



