[Rénovation énergétique] Chaud et froid à tous les étages en Auvergne-Rhône-Alpes

La région Auvergne-Rhône-Alpes joue sur ses atouts naturels et sur son écosystème de recherche pour cultiver sa fibre verte. Le bassin lyonnais est un bastion de l’efficacité énergétique des bâtiments.

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La cimenterie Vicat, à Créchy (Allier), est partenaire de Fastcarb, un projet de stockage de CO2 par carbonatation du béton recyclé.

La réalisation de la plus haute résidence hôtelière en bois d’Europe au Corbier (Savoie) n’a pas trop pâti du confinement. La fabrication et le montage en atelier des 310 modules de chambres, cuisines et salles de bains n’ont été arrêtés que trois semaines à cause de la crise sanitaire. "Les délais seront tenus", certifie Michel Veillon, le directeur général d’Ossabois, choisi par le promoteur MMV pour mener à bien ce projet de 10 000 m² de planchers. Les premiers vacanciers pourront découvrir ce chalet XXL en décembre.

Résidences étudiantes, collèges, internats, bureaux, immeubles du village des athlètes des Jeux olympiques de 2024 à Paris… plus de 1 000 logements sont livrés chaque année par Ossabois, qui s’est fait une spécialité de ses constructions en kit. Tout est fabriqué dans les quatre usines de l’entreprise de Vêtre-sur-Anzon (Loire). Sa croissance profite à toute la filière bois ligérienne et régionale. "Nous utilisons de plus en plus de bois français", signale Michel Veillon. Seuls quelques composants, des panneaux CLT notamment, sont encore importés.

Investissements dans le secteur des isolants

D’autres constructeurs régionaux misent sur ce matériau renouvelable.

En Haute-Savoie, pionnier des bâtiments collectifs en bois dans les années 1960 à Avoriaz, menuisier en chef du Club Med de Samoëns, André Roux travaille à parts égales pour des donneurs d’ordres publics et privés. Après avoir doublé sa capacité de production sur son site de Magland, il vise des marchés des JO de Paris. Les entreprises auvergnates Vernet Bois, Trans-Bois et Auvergnemobois figurent aussi parmi les constructeurs régionaux de maisons à ossature bois en pleine croissance.

Une autre filière d’origine végétale est en plein essor en Auvergne, celle du chanvre. Historiquement présente depuis le XVIIIe siècle pour la corderie de la marine à voile et le textile, la culture du chanvre a connu un sursaut en 2008, sous l’impulsion du Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam). Une centaine d’agriculteurs auvergnats a déjà opté pour cette voie de diversification agronomique et économique, qui permet de fournir aux éco-constructeurs un isolant qualitatif de plus en plus convoité. Comme cet enduit à base de chanvre mis au point par le centre de R & D de Parex à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), qui s’est fixé pour objectifs de réduire son empreinte carbone et d’intégrer davantage de matières premières issues de l’économie circulaire dans ses produits.

Premier producteur mondial de laine de roche, Rockwool possède, lui, son unique site français à Saint-Éloy-les-Mines (Puy-de-Dôme). Le géant mondial danois n’a cessé de moderniser son outil de production pour s’adapter aux besoins du marché de l’isolation. Il a investi ces dix dernières années 40 millions d’euros dans son usine auvergnate, où travaillent 650 salariés, afin d’augmenter fortement sa production. Il a également misé sur l’amélioration de ses process pour mieux maîtriser son impact environnemental. À l’usine de Saint-Éloy, "98 % des déchets de fabrication sont recyclés, dont 100% des déchets de laine de roche", précise la direction.

Autre acteur international dans le domaine de l’isolation, le belge Unilin a investi 24 millions d’euros dans une unité de production à Bonson (Loire), la seule en France. Les plaques isolantes en polyuréthane fabriquées dans cette usine couvrent une large gamme de besoins pour le bâtiment. Elles sont destinées aux planchers, aux murs, aux toits en pente et aux toitures-terrasses. Pour s’assurer de la qualité de ses produits, l’usine forézienne, d’une capacité de 5 millions de mètres carrés, dispose d’un laboratoire de contrôle qui effectue des tests réguliers de conductivité thermique, de compression, de vieillissement et de mesure de la densité.

Les autres matériaux plus traditionnels ne sont pas en reste. Ciment et béton verdissent. Au centre de recherche historique de LafargeHolcim à Saint-Quentin-Fallavier, 200 chercheurs phosphorent sur des solutions bas carbone. Dans leur viseur, la réduction de l’utilisation de clinker dans la fabrication du ciment pour le remplacer par d’autres composants moins énergivores, notamment par des argiles calcinées, dont la cuisson à moins haute température pourrait contribuer à diviser par quatre la quantité de CO2. À la cimenterie du Val d’Azergues (Rhône), une innovation est testée. Un carbonateur, qui vise à accélérer la recarbonatation des granulats de béton afin d’y stocker du CO2, a été installé. Une fois carbonatés, les granulats de béton sont passés au crible du centre de R & D de LafargeHolcim pour jauger leur comportement. La mise en œuvre de ce projet, dénommé FastCarb, s’appuie sur deux autres équipements situés à la cimenterie Vicat de Créchy (Allier) et chez un recycleur en région parisienne.

La cimenterie de Créchy, qui a fêté ses 50 ans en 2018, a investi 4,5 millions d’euros dans un gazéifieur subventionné en partie par l’Agence de la transition écologique (Ademe). Un système unique en Europe, qui permet de diminuer la part d’énergie fossile utilisée pour la fabrication du ciment. Ce dispositif utilise des déchets de bois non broyés de classe B, comme des planches ou du contreplaqué d’ameublement. Chauffé à 800 °C, il produit du gaz utilisé ensuite pour la fabrication du ciment. "Nous avons réussi à tourner à 0 % d’énergie fossile pendant quelques semaines. Nous transformons aussi les déchets des autres industries en ressources", souligne la direction du site, qui emploie 75 personnes.

Bâtiment durable et économie circulaire

La région lyonnaise reste par ailleurs un bastion de l’efficacité énergétique des bâtiments, avec plusieurs fabricants de rang européen d’équipements de ventilation et de purification de l’air, comme Aldes et France Air, et de pompes à chaleur, comme Ciat. Ces entreprises, souvent à capitaux familiaux, ont conservé un fort ancrage industriel local : à Culoz (Ain) pour Ciat, à Vénissieux (Rhône) pour Aldes, à Beynost (Ain) pour France Air. Elles ont accéléré leur développement international ces dernières années, notamment France Air, qui a bouclé en début d’année l’acquisition du britannique SIG Air Handling. "Cette opération permet au groupe de changer de dimension", relève son directeur général, Laurent Dolbeau, et de se hisser dans le top 5 des acteurs européens de la ventilation. Aldes avait montré la voie quelques années plus tôt en rachetant Exhausto, le spécialiste danois des centrales de traitement de l’air.

La quête de bâtiment durable se niche aussi dans la lumière. Pour le fabricant de luminaires Cellux, il ne s’agit plus de s’en tenir aux seules caractéristiques techniques de ses produits, mais d’envisager avant tout leur fonctionnalité, en utilisant moins de ressources. Pour éclairer au mieux une salle d’opération, par exemple. D’où l’accent mis sur l’éco-conception, la durabilité, la maintenabilité et la revalorisation des produits en fin de vie. Cette stratégie mise en œuvre depuis une dizaine d’années a permis à l’entreprise stéphanoise de contrebalancer la crise de 2008. Avec ce positionnement, elle a pu continuer à fabriquer à Saint-Genest-Lerpt (Loire). Aujourd’hui, ce modèle économique est un atout à l’export, en Suisse notamment. "L’économie circulaire est synonyme d’économie au service de l’homme et non l’inverse", souligne sa dirigeante, Ghislaine Celdran, qui, à travers le Centre international de ressources et d’innovation pour le développement durable (Ciridd), qu’elle préside, entend promouvoir l’économie de la fonctionnalité au service des entreprises de la région.

Compte.R - L’as de la chaudière biomasse 

L’un des leaders mondiaux de la chaudière bois et biomasse se niche au cœur des monts d’Auvergne. Compte.R, situé à Arlanc (Puy-de-Dôme), existe depuis cent trente ans. D’abord spécialisé dans la fabrication de machines agricoles, puis de poêles à bois après la Seconde Guerre mondiale et de poêles et chaudières industriels dans les années 1970-1980, Compte.R s’est adapté à la demande. L’entreprise familiale (33 millions d’euros de chiffre d’affaires, 350 salariés) fabrique pour les collectivités publiques et privées de 60 à 80 chaudières industrielles bois par an. Des mastodontes mesurant jusqu’à huit mètres de longueur et quatre de hauteur ! Compte.R dispose de cinq sites de production. Mais c’est à l’international qu’il brille le plus : du Québec à la Biélorussie en passant par la Pologne et l’Italie. Son action s’articule autour de quatre filiales et deux bureaux de représentation en Europe et en Amérique du Nord. Engagée dans le développement durable, l’entreprise familiale est devenue un groupe industriel d’envergure internationale. Elle recense près de 3 000 installations de chauffage biomasse en service dans le monde. Geneviève Colonna d’Istria

 

Boostheat - Turbulences au décollage

La chaudière Boostheat.20 combine des technologies propres aux pompes à chaleur et aux chaudières à condensation, jumelées à un compresseur thermique. Les performances des premières chaudières commercialisées par la start-up lyonnaise Boostheat n’ont pas répondu à l’objectif de diviser par deux la consommation énergétique. Boostheat doit revoir notamment son logiciel de régulation pour corriger les défauts constatés sur les cycles intermittents et sur les phases de démarrage et d’arrêt. Son organisation industrielle pourrait être aussi amendée. Calquée sur celle de l’industrie automobile, la ligne de production installée dans d’anciens locaux de Bosch Rexroth à Vénissieux, près de Lyon (Rhône), ressemble davantage à celle d’un équipementier automobile, avec des îlots et des robots, dont un dédié au brasage par induction.

 

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