Dossier

Les pépites de la rénovation énergétique en Bourgogne-Franche-Comté

Conçues pour faire face aux hivers rigoureux, les constructions régionales doivent désormais répondre aux enjeux du réchauffement climatique.

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Alentour a lancé à Lux (Côte-d’Or) un projet expérimental de maison en moellon de chanvre.

Les industriels du secteur de la construction intègrent la résistance thermique dans leurs produits, certains misant sur les caractéristiques naturelles des matériaux. "Le bois est le matériau qui répond le mieux aux exigences environnementales", explique Dominique Charmoille, le gérant de Charm’Ossature, spécialiste des constructions à ossature bois à Étalans (Doubs).

L’industriel (34 salariés, 5 millions d’euros de chiffre d’affaires) se réjouit : "Avec la RT 2005, nous étions 20 à 30 % plus chers, mais plus les normes imposent d’améliorer la résistance, plus nos prix se rapprochent des autres constructions. Les gens veulent construire durable à condition que ça ne leur coûte rien."

Installé à La Charité-sur-Loire (Nièvre), Pobi, un fabricant d’ossatures bois, charpentes et menuiseries (120 salariés, 26 millions d’euros de chiffre d’affaires), compte également sur les qualités thermiques du bois pour développer son concept de maison M Design. "Nous expérimentons la maison 3D en usine et pourrions investir 3 à 5 millions d’euros sur cette industrialisation en 2021-2022", précise Sébastien Boudin, le directeur business unit de Pobi. L’entreprise, filiale du groupe AST, conçoit sur ses lignes les maisons du réseau de constructeurs Natilia, leader français de la maison individuelle à ossature bois. En misant sur l’industrialisation, elle veut réduire le délai de pose à deux ou trois jours, finitions comprises, tout en répondant aux exigences thermiques.

Pour répondre aux exigences thermiques, les industriels du béton innovent et s’engagent sur de nouvelles voies pour compléter leur offre. Depuis quatre ans, Vieille Matériaux, à Étalans, développe des blocs isolants à base de chanvre et a investi 2 millions d’euros dans une usine dédiée. La technique consiste à associer la chènevotte, ou paille de chanvre, à du ciment naturel Prompt, fabriqué par l’exploitant de ce brevet racheté par Vicat. "Le monde de la construction vit un changement pour lequel la RT 2012 et la RE de 2021 donnent le ton", assure Sébastien Vieille, qui codirige la PME. L’entreprise (50 salariés, 24 millions d’euros de chiffre d’affaires) propose des blocs de dimensions et d’épaisseurs diverses selon qu’ils se destinent à la construction ou la rénovation. "Nous sommes le premier système constructif extérieur isolant à base de chanvre au monde à être certifié par le CSTB [Centre scientifique et technique du bâtiment, ndlr]", fait valoir Sébastien Vieille.

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Un choix de matériau auquel croient également Alentour, à Lux (Côte-d’Or), et son gérant, Serge Wroblesky : "Le moellon de chanvre présente une qualité inégalable pour réguler l’hygrométrie. Il est idéal pour la rénovation des maisons de pierre, notamment, qui ont des problèmes d’humidité." L’industriel, toujours dans sa phase d’expérimentation, a choisi de créer un modèle de maison durable pour séduire les constructeurs et prévoit d’investir 1 million d’euros d’ici à deux ans, quand ses marchés seront validés. Pour l’heure, le dirigeant d’Alentour (25 salariés, 2 millions d’euros de chiffre d’affaires) regrette une méconnaissance du produit de la part des constructeurs : "Les prix sont tirés. Ils ne voient pas l’intérêt économique et privilégient la laine de verre, par exemple."

Laine de verre en sucre et verre recyclé

À Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Isover Saint-Gobain produit justement ce produit isolant en intégrant une démarche durable, comme le précise Christophe Rogier, le directeur de l’usine : "Nous sommes le seul site en France à concevoir de la laine de verre à partir de 90% de verre recyclé, le calcin, auquel on ajoute 10% de matière première pour ajuster la composition." En guise de liant, l’usine utilise un produit à base de sucre, qui présente l’intérêt d’être renouvelable tout en apportant le confort de pose et la tenue mécanique demandés par les professionnels de la construction. Autre grand groupe à travailler au service de ces professionnels, Knauf fabrique des panneaux isolants thermiques en laine de bois, polystyrène et laine de roche sur son site de La Côte (Haute-Saône).

Francis Krick, le directeur général du site (110 collaborateurs, 40 millions de chiffre d’affaires), met l’accent sur la nécessité d’adapter le produit aux performances exigées : "Quand la moyenne des épaisseurs sollicitées avoisine 150 millimètres, on nous demande désormais plus fréquemment des épaisseurs de 360 millimètres."

Mobilwood - L’agencement durable

Mobil Wood (70 salariés, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires) fabrique à Deux Rivières (Yonne) des aménagements en bois massif pour tous les secteurs d’activité, de l’alimentaire aux cosmétiques en passant par les bibliothèques et les musées. La société construit actuellement un nouveau bâtiment 100 % renouvelable, intégrant des matériaux biosourcés durables et prenant en compte la fin de vie et la réutilisation de ces matériaux d’ici soixante-dix à cent ans. Dans son process, Mobil Wood associe le bois, à 90 % français, à des fournitures locales de qualité, notamment une colle sans dégagement de particules. "Nos agencements valorisent les produits tandis que notre conception améliore la qualité de l’air intérieur de l’utilisateur final", précise Fantin Moreau, le coordinateur du bureau d’études. L’entreprise propose à ses clients d’intégrer une prestation pour replanter des arbres qu’elle abonde afin d’arriver à un ratio : trois arbres plantés pour un arbre coupé. Mobilwood fait "partie intégrante de la filière bois pour laquelle nous devons garantir une gestion durable des forêts".

© J.-C. Lemee

 

Biosys - Le bloc de chanvre

Biosys est né du partenariat entre le cimentier Vicat, qui a racheté le brevet à Damien Baumer, concepteur du produit, et Vieille Matériaux, négociant et fabricant de matériaux de construction. Industrialisé dans l’usine de Mérey-sous-Montrond (Doubs), il se présente sous forme de monoblocs, sans colle ni mortier grâce au ciment naturel Prompt, un liant constitué de chènevotte (tige du chanvre) afin d’obtenir des blocs résistants à faible impact environnemental. Les blocs de chanvre s’emboîtent comme les pièces d’un jeu de construction. Biosys offre une résistance thermique de niveau 4,8 (sur 5) et une absorption acoustique avec affaiblissement de 43 décibels. Il résiste au feu, stocke le CO2 et assure une bonne régulation hygrométrique. Un bloc mesure au maximum 60 cm de longueur, 30 cm de largeur et 30,8 cm de hauteur, le tout pour un poids de 18 kg. À l’échelle régionale, Biosys fait intervenir l’entreprise Eurochanvre, implantée à Arc-lès-Gray (Haute-Saône), qui regroupe 120 agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté.

 

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