Que représente pour vous la Semaine de l’Industrie ?
Elle donne l’occasion de mettre en avant nos industriels. Il est nécessaire de redonner le réflexe de l’industrie auprès du grand public. Le dernier entrepreneur parti de rien connu par les Français est sans doute Jean-Luc Lagardère. J’aimerais qu’ils connaissent le nom de trois ou quatre grands dirigeants actuels, comme ils connaissent celui des principaux footballeurs. Si dans le digital, Xavier Niel (fondateur du Groupe Illiad et de Free) et Stanislas Niox-Château (cofondateur de Doctolib) font partie des chefs d’entreprises couramment cités, le public ne sait pas mettre de visage sur les ETI (entreprises de taille intermédiaire) présentes dans l’industrie et les territoires.
À quels enjeux doivent répondre aujourd’hui les industriels français ?
Le premier repose sur la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers de l’industrie. Il s’agit d’une priorité fondamentale. Nous manquons cruellement d’ingénieurs. Pas un seul entrepreneur n’est épargné par cette absence de main d’œuvre qui freine sa croissance. Nous sommes sur des métiers qui donnent du sens, à la fois complets et complexes. Ils favorisent un sentiment de fierté et d’utilité à travers un rapport à la machine qu’il faut régler, faire fonctionner, jusqu’à fabriquer un objet. Il faut craquer les préjugés entourant l’industrie. Nous sommes sur des métiers fantastiques, exercés dans des environnements de laboratoire. Nous ne sommes plus au temps de Zola !

Quels sont les autres défis du moment ?
Derrière l’éducation et le recrutement qui constituent le goulot d’étranglement actuel des industriels, le financement avec la hausse des taux d’intérêt et la décarbonation figurent parmi les sujets majeurs du moment. À ce titre, nous avons lancé cette année une opération de porte-à-porte auprès de 20 000 entreprises dans le cadre du Plan d’action Industrie Verte. L’objectif est de les accompagner dans l’élaboration et la mise en place de leur plan de transition énergétique.
Précisément, quel est le rôle de la French Fab pour soutenir le développement d’une industrie locale, moderne et écologique voulue par Bruno Le Maire ?
La French Fab repose sur l’idée que les industriels français sont les héritiers d’une tradition. Mais ils sont aussi en mouvement. Un mouvement de reconquête qui allie les territoires. Bpifrance constitue un réseau social d’entrepreneurs avec une banque au-dessus pour les financer. À travers notre maillot, notre emblème, le Coq Bleu et notre hymne, la French Fab incarne le renouveau industriel français. Elle fédère une communauté d’entrepreneurs. Il n’y a qu’un entrepreneur pour parler à un autre entrepreneur. La clef repose sur l’humain.
Comment accompagnez-vous justement les entrepreneurs ?
Nous sommes mobilisés aujourd’hui autour d’un plan stratégique qui repose d’une part sur la réindustrialisation de la France, et d’autre part sur la décarbonation, avec un budget global de 70 milliards d’euros. Nous mettons à disposition une boîte à outils, des prêts, des fonds propres, des garanties… L’an prochain, 7 000 missions de conseils sont aussi prévues. Nous créons par ailleurs des programmes à l’image des Accélérateurs pour former de manière intensive et sur-mesure les entrepreneurs, que ce soit dans les secteurs de la métallurgie, du plastique, du textile, de l’aéronautique ou de l’automobile.
La réindustrialisation revêt un enjeu d’attractivité majeur, en particulier auprès des jeunes : quelles solutions mettez-vous en place pour faire naître des vocations?
Un nouveau chapitre s’ouvre aujourd’hui avec France 2030. Nous devons convaincre les jeunes de rejoindre les activités industrielles. C’est un crève-cœur de voir que des étudiants faits pour l’industrie n’ont pas le réflexe de s’orienter vers ce secteur. Nous ouvrons donc nos usines avec des journées immersives. Nous organisons également, avec la French Fab, des rencontres à travers notamment le Tour de France de nos industries (du 14 novembre au 1er décembre) de manière à écouter, échanger et inspirer des parcours.
Nous faisons découvrir aussi les acteurs de l’industrie locale et nous sensibilisons la jeune génération (16-30 ans) aux métiers industriels grâce à un bus qui circulera auprès de plusieurs usines en Ile-de-France durant la Semaine de l’Industrie. Car l’avenir de l’industrie se joue dès l’école.
Contenu proposé par Bpifrance




