La chaleur fatale c’est plus de 118 TWh d’énergie par an, soit près du quart de la consommation d’électricité française majoritairement perdue sous forme de rejets thermiques. Au regard de ces chiffres de l’ADEME, on comprend que l’agence gouvernementale accorde nombre d’aides financières aux entreprises se proposant de valoriser la chaleur fatale. Dans le domaine, la France ne semble pas à court d’idées. La startup Water Horizon en est le parfait exemple.
Récupérer la chaleur pour la réemployer ou la convertir en froid
Depuis 7 ans, l’entreprise toulousaine, soutenue par la communauté du Coq Vert de Bpifrance, développe une solution innovante capable de stocker la chaleur, de la transporter sur de longues distances, afin d’offrir une opportunité de la réemployer là où elle est utile.
Elle emprunte actuellement la forme d’un camion-citerne. « Nous sommes en mesure de récupérer la chaleur fatale générée dans certains sites comme les unités industrielles ou encore les incinérateurs », explique Jean-Emmanuel Faure, fondateur de Water Horizon. « Cette chaleur provoque alors une réaction chimique saline dans une batterie au cœur de notre système. Nous la convertissons donc en énergie thermochimique stockée et mobile qui est ensuite retransformée en chaleur et surtout en froid selon les besoins. »
La précision est importante, car le besoin en réfrigération ne cesse de progresser dans le monde. « Actuellement ce besoin représente 20% de l’énergie mondiale avec de fortes demandes dans l’industrie et le tertiaire » alerte Jean-Emmanuel Faure. Pour l’ONU, la génération de froid doit à elle seule réduire ses émissions de 4 milliards de tonnes de CO2 par an du fait de l’usage d’énergies carbonées.
Un nouveau levier de croissance en toute simplicité grâce au modèle du « Cooling as a Service » ?
Tant du point de vue économique que sur le plan de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), le réemploi de la chaleur fatale est un enjeu majeur pour lequel il existe de nombreuses solutions. Pourtant, elles sont encore relativement peu déployées par les entreprises comme l’observe Jean-Emmanuel Faure : « il s’agit d’investissements importants, car cela implique le déploiement d’infrastructures dédiées, qui doivent être maintenues au cours du temps. » Le ticket d’entrée est élevé, l’entretien également, ce qui va donc à l’encontre des objectifs de l’entreprise contrainte de choisir entre le sacrifice de ses performances économiques ou de son bilan carbone.
C’est pourquoi Water Horizon pense son modèle économique différemment avec le Cooling As A Service. « Au lieu de vendre un outil et de laisser l’utilisateur se débrouiller avec, nous vendons un service de valorisation de la chaleur fatale et d’approvisionnement de chaleur ou de froid. L’infrastructure et son entretien sont à notre charge. »
À titre d’exemple, l’un des premiers projets d’ampleur de Water Horizon sera déployé d’ici quelques semaines. « Nous allons récupérer la chaleur fatale de l’incinérateur de déchets de Toulouse pour ensuite réfrigérer une patinoire à 15 kilomètres de là », explique Jean-Emmanuel Faure. « L’année prochaine, la chaleur de l’incinérateur de La Rochelle va permettre de réfrigérer le hangar du port de pêche local. » Water Horizon établit ainsi un modèle qui pourrait permettre à des entreprises de valoriser la chaleur fatale de leurs sites au profit d’autres organisations recherchant chaleur ou froid. Chaque acteur bénéficiant à la fois de résultats économiques et RSE en hausse. « Par rapport à une chaudière à gaz, notre solution diminue de 95% l’émission de CO2 », souligne l’entrepreneur.
Une expertise reconnue en voie d’industrialisation
Les performances de la solution Water Horizon ont valu à la startup d’intégrer la communauté du « Coq Vert » par la Bpifrance et de rejoindre ainsi cette communauté constituée d’acteurs économiques profondément engagés dans la transition énergétique et écologique de notre économie. La startup reçoit également le soutien financier de l’ADEME ou de la banque des territoires et compte également plusieurs partenaires commerciaux tels que SUEZ.
Water Horizon a déjà bouclé une première levée de fonds lui ayant permis de concrétiser sa technologie et de signer ses premiers clients. Elle cherche aujourd’hui à boucler un second tour de table afin d’industrialiser la fabrication de ses batteries et répondre à un plus grand nombre de contrats à l’année. « Alors que nous avons encore très peu de visibilité, nous attirons déjà plusieurs dizaines de demandes par an que nous voulons pouvoir adresser simultanément » Jean-Emmanuel Faure, avant de conclure : « et la perspective économique est sans commune mesure si l’on envisage l’activité à l’échelle européenne où le marché est colossal avec très peu de solutions pour y répondre. »
Contenu proposé par Bpifrance




