Soupirs de soulagement chez Renault. Après un an de négociations, le groupe français a conclu un accord-cadre contraignant avec Nissan visant à restructurer leur Alliance. Le texte a été validé dans la nuit du 5 au 6 février par le conseil d'administration de chaque constructeur. Les deux partenaires sortent ainsi d’une longue crise de confiance qui avait éclaté en 2018 au moment de l’affaire Carlos Ghosn. Désireux de manifester leur réconciliation, ils ont annoncé une série de projets industriels communs, notamment en Amérique latine et en Inde.
Président du groupe Renault, Jean-Dominique Senard a salué la fin d'un «cadre juridique extrêmement complexe, peu compréhensible et qui ne pouvait générer que des frustrations». «Le statu quo n'était plus possible. Nous entrons dans une nouvelle ère de l'Alliance avec des participations croisées équilibrées et une relation de gouvernance totalement paisible», a-t-il poursuivi. Renault, Nissan et Mitsubishi espèrent parvenir à des accords définitifs avant la fin du premier trimestre 2023.
Un accord en vigueur pour 15 ans
Côté financier, les ressorts de la nouvelle Alliance sont désormais bien connus. Pour apaiser les relations avec Nissan, Renault va ramener sa participation dans le groupe japonais de 43,4% à 15%. Nissan détiendra autant de capital chez Renault. Certains investisseurs se sont demandés si ce désengagement pouvait présager un divorce total entre les deux groupes. Pour l’instant, il n’en est pas question : il est prévu de figer les participations croisées à 15% pendant 15 ans grâce à une obligation de conservation.
Nissan a confirmé son intention d’investir dans Ampere, la nouvelle entité de Renault dédiée à l’électrique et au logiciel. Le montant de cette prise de participation n’est toujours pas précisé mais le constructeur japonais pourrait monter jusqu’à 15% du capital. «Mitsubishi Motors envisagerait également d'investir dans Ampere», indique l’Alliance. Les partenaires évoquent ainsi de futures collaborations sur des chantiers importants liés au véhicule électrique : déploiement des bornes de recharge en Europe, développement des batteries tout-solide, utilisation potentielle d’une architecture commune de 800 volts et partenariats sur le recyclage des batteries.

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Aux dernières nouvelles, l'introduction en Bourse d'Ampere était prévue au second semestre 2023 mais Renault ne donne toujours pas d'objectif de valorisation. «C'est au marché de le décider. La seule chose que nous pouvons faire est de mettre suffisamment de substance dans le projet pour que les investisseurs reconnaissent sa valeur», a justifié Luca de Meo.
À la conquête de nouveaux marchés
L’accord semble enterrer définitivement le rêve d’une fusion complète entre Renault et Nissan, chimère de l’ère Carlos Ghosn. La nouvelle Alliance ressemble plutôt à une collaboration opportuniste sur des terrains bien définis. Fervent défenseur de cette union libre, Luca de Meo a appelé à en finir avec «la culture du compromis». «L'un disait jaune, l'autre rouge, et on se retrouvait avec de l'orange. C'est une méthode sous-optimale. [...] Une compétition positive et saine entre les équipes pour apporter de meilleures solutions peut être bénéfique», a jugé l'architecte du redressement de Renault.
Parmi leurs futurs projets, les trois alliés préparent une offensive commune en Amérique latine et en Inde. Des régions où ils ont du mal à s’imposer individuellement. En Argentine, l’usine Renault de Cordoba servira par exemple à assembler des pick-up pour les deux groupes. En Inde, les deux constructeurs préparent des projets de SUV partagés et réfléchissent à assembler sur place des véhicules électriques de segment A.
«Renault n'a pas de réelle présence en Chine donc l’Inde est la cible parfaite. C’est un gros marché en croissance où il n’y a pas trop de risques géopolitiques. Mais il n’y a pas les mêmes infrastructures routières qu’en Chine et pas le même type de véhicules. Le marché prendra du temps à se développer et la concurrence sera sans doute forte», prévient Michael Foundoukidis, analyste chez Oddo BHF. Selon des données de Reuters, la part de marché cumulée de Renault et Nissan en Inde ne dépassait pas 3% en 2022.
De façon plus intrigante, Renault pousse ses ambitions internationales jusqu’à l’Amérique du Nord. «Au Mexique, Nissan produira un nouveau modèle pour Renault Group. Pour la première fois en 20 ans, un véhicule Renault serait produit au Mexique», révèle l’Alliance. Cette initiative rapproche le groupe français des États-Unis, qui était jusqu’alors le domaine réservé de Nissan au sein de l’Alliance. Un signe que le partage du monde au sein du duo franco-japonais pourrait évoluer avec la nouvelle Alliance. D’autant plus que Renault cherche activement à retrouver une envergure internationale depuis son retrait forcé du marché russe.
«À deux, nous représentons 10% du marché mondial. Il reste les 90 % restant à conquérir», a lancé Luca de Meo. Mais les États-Unis ne semblent pas encore faire partie des destinations du groupe français. «Le projet n’est pas de considérer le Mexique comme un tremplin vers les États-Unis, a commenté Luca de Meo. L'Amérique latine est un marché volatile donc plus nous avons de points de présence, moins nous prenons de risques.»
Des collaborations au-delà du véhicule
«En Europe, le périmètre de collaboration ira au-delà du véhicule lui-même afin de couvrir son cycle de vie : de la distribution à la fin de vie du véhicule, en passant par l’usage et le recyclage», ajoute l’Alliance. Nissan pourrait ainsi participer aux activités de The Future is Neutral, la nouvelle entité de Renault dédiée à l’économie circulaire. Par ailleurs, sur le Vieux Continent, Mitsubishi tirera profit des actifs de Renault Captur et Renault Clio pour développer deux nouveaux véhicules avec les nouveaux modèles ASX et Colt, basés sur la plateforme CMF-B. Enfin, Renault lancera en 2026, sur le marché des véhicules utilitaires, FlexEVan, son premier véhicule à bénéficier de l’application de la technologie Software-Defined Vehicle, et le partagera avec Nissan.
Selon le directeur général de Renault, cette salve de projets pourrait générer plusieurs centaines de millions d'euros de synergies chaque année, voire plusieurs milliards «si tout fonctionne à la perfection». «Chaque entreprise bénéficiera de ces projets créateurs de valeur à moyen terme, tout en réalisant des bénéfices à court terme grâce au partage et à l’optimisation des coûts», assurent les constructeurs. Les investisseurs se montrent particulièrement attentifs à cette question. Il faut dire que l’Alliance a péché par excès d’optimisme par le passé, faisant la promesse d'économies d'échelle considérables qui ne se traduisaient pas forcément en points de marges dans les résultats annuels. Une erreur que ne souhaitent pas répéter les nouveaux protagonistes de l'Alliance.
«Ma priorité est d’exécuter la stratégie de Renault. Si nous le faisons correctement, il y aura certainement des opportunités de collaboration. L’Alliance n’est pas une fin en soi mais c'est une opportunité supplémentaire», a déclaré Luca de Meo. De la même manière, l'Alliance ne court plus après le titre de premier constructeur automobile mondial. «Ce qui compte, c'est d'être profitable, argumente Jean-Dominique Senard. Le rang mondial, ce n'est plus le sujet. Il y a longtemps que nous sommes passés d'une logique de volumes à une logique de valeur.»



