L'Alliance tumultueuse entre Renault et Nissan en cinq dates-clés

Renault et Nissan devraient annoncer un accord sur une restructuration de leur partenariat en février. Une nouvelle étape pour cette étonnante alliance entre deux constructeurs automobiles, créée en 1999 et soumise depuis à de nombreux défis.

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Assemblage de Nissan Micra à l'usine Renault de Flins
Symbole de la collaboration entre Renault et Nissan, la production de la citadine Micra à Flins (Yvelines). Le site de Douai (Nord) se chargera de produire un successeur de la Micra.

Le chantier touche à sa fin. Renault et Nissan pourraient dévoiler le projet de rénovation de leur Alliance fin janvier ou début février, selon nos informations. Cette restructuration se traduirait par un rééquilibrage des participations entre les deux constructeurs, avec une diminution drastique de la part de Renault dans son allié japonais et la création d'un trust destiné à gérer les parts que Renault devrait céder. Un petit tremblement de terre pour cet étonnant attelage de la planète automobile, né en 1999 de la volonté de Louis Schweitzer d’assurer des économies d’échelles à Renault, et mené d’une main de fer par un certain Carlos Ghosn. Retour sur quelques dates marquantes pour l’Alliance.

1999 : une Alliance pour faire naître un poids lourd de l’automobile

Le destin commun de Nissan et Renault se noue en 1999. En difficultés, le constructeur japonais voit son concurrent, alors mené Louis Schweitzer, acquérir 36,8% de son capital, sur fond de consolidation du secteur. C’est à cette date que s’opère le mariage entre Daimler et Chrysler – depuis défait. Il échoit alors à Carlos Ghosn de relancer un groupe Nissan au bord de la faillite. Une mission que le dirigeant franco-libano-brésilien accomplit au prix d’une sévère réduction des effectifs et de fermetures d’usines, cristallisant les tensions au Japon – qui ne goûte guère à l’arrivée d’un dirigeant non-japonais à la tête d’un de ses fleurons industriels. Mais la méthode Ghosn porte ses fruits et au fil des années, Nissan devient la vache à lait de l’Alliance. Des projets communs sont développés, à l’image de la plateforme commune qui équipe la Renault Modus et la Nissan Note dans les années 2000.

2010 : Le début d’une coopération avec Mercedes  

Ils sont les deux patrons en vogue dans le secteur automobile. En 2010, Dieter Zetsche côté Daimler, et Carlos Ghosn pour l’Alliance, scellent un rapprochement. La coopération se traduit également en matière de projets, surtout entre Renault et Daimler. Elle profite aux fameuses Smart du constructeur allemand – désormais assemblées en Chine par le constructeur local Geely. Alors produits à Hambach (Moselle), ces petits modèles de citadines embarquent 60% à 75% de pièces communes avec la célèbre Twingo du groupe au Losange. Porté par les patrons des deux constructeurs, le rapprochement se poursuivra jusqu’à ce qu’ils soient chacun écartés de leurs postes. En 2021, Daimler retire ainsi sa participation dans Renault, qui avait lui-même réalisé la même opération quelques mois plus tôt. Renault continue toutefois de produire des utilitaires Mercedes Citan, basés sur la plateforme Kangoo, dans son usine de Maubeuge (Nord).

2016 : Mitsubishi rejoint l’Alliance

En 2016, l’Alliance entre Renault et Nissan voit débarquer un nouveau partenaire : Mitsubishi, dont Nissan devient actionnaire. Une opération qui s’inscrit dans un contexte de forte suspicion pour les trois constructeurs, à l’image de l’industrie automobile toute entière, éclaboussée par le scandale du Dieselgate qui a débuté chez Volkswagen en 2015. Un contexte très défavorable, et des amendes payées notamment par Mitsubishi, qui n’empêchent pas l’Alliance de parvenir à un des objectifs ultimes de Carlos Ghosn : devenir le premier constructeur de véhicules particuliers en 2017, devant le groupe Volkswagen et Toyota. L’aboutissement de la course aux volumes engagée par son dirigeant.

2018 : Carlos Ghosn est arrêté au Japon… Et l’Alliance sombre dans la crise

Une victoire à laquelle Carlos Ghosn n’aura guère le temps de goûter. A peine sorti de son avion, le tout-puissant dirigeant de l’Alliance est arrêté en novembre 2018 au Japon, pour des soupçons de «malversations», selon les termes employés à l’époque par Nissan. Les dissensions entre Renault et Nissan, qui couvaient de longue date, éclatent alors au grand jour. Si la piste d’un divorce semble officiellement écartée, les projets se trouvent au point mort et les promesses de synergies entre les deux constructeurs automobiles semblent bien lointaines. En France, Renault sombre également dans la crise, plombé par les effets de la course aux volumes : surcapacités au niveau de la production, gamme vieillissante de la marque Renault, etc.

2020 : gouvernance, stratégie… Le trio en quête d’une relance

Dans un contexte de crise sans précédent – et d’échec d’une fusion entre le groupe au Losange et FCA –, Renault, Nissan et Mitsubishi présentent un nouveau plan stratégique en mai 2020. Il s’articule selon une logique de référent-suiveur, par zone géographique et par technologie, afin de capitaliser sur les savoir-faire de chacun des groupes. L’Alliance, qui s’est dotée d’une nouvelle gouvernance, à l’image du travail opéré au sein de chacun des groupes qui la composent, tente depuis cette date de relancer des projets industriels. Les partenaires se fixent pour objectif, d’ici à 2030, d’utiliser au mieux leurs plateformes communes et de lancer près de 35 modèles électriques. Le choix d’Envision comme fournisseur de batteries de Renault et Nissan apparaît comme un signe positif. Mais les chantiers sont nombreux. Notamment humains : les transferts de salariés entre les trois constructeurs restent encore trop rares. Pas suffisant pour permettre à l’Alliance de faire corps.

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