Au point mort, l’Alliance Renault-Nissan cherche de nouvelles synergies

Paralysée depuis l’affaire Carlos Ghosn, l’Alliance Renault-Nissan est prête à prendre un nouveau départ. Les deux constructeurs doivent dévoiler une salve de nouveaux projets industriels le 6 février. Mais les défis sont nombreux pour ces deux industriels qui ont parfois peiné à récolter les fruits de leur collaboration.

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Assemblage de Nissan Micra à l'usine Renault de Flins
En 2013, Renault avait réussi à localiser l'assemblage de la Nissan Micra à Flins (Yvelines).

L’exercice s’annonce acrobatique. Lundi 6 février, à 8h30, Renault et Nissan doivent enfin présenter la version restructurée de leur partenariat. Les deux constructeurs assurent qu’ils veulent «renforcer les liens de l’Alliance». Un engagement accueilli avec prudence, voire scepticisme, chez les investisseurs. Il faut dire que le duo franco-japonais n’a pas toujours livré les synergies industrielles promises.

La reconstruction de l’Alliance débute en plus par le détricotage des liens capitalistiques. Renault doit diminuer sa participation dans Nissan de 43,4% à 15%, au même niveau que la participation de Nissan dans Renault. La presse économique japonaise a salué cette concession comme la fin d’une inégalité. En France, on considère plutôt que l’opération acte une séparation des deux constructeurs.

«C’est tout l’inverse d’un renforcement»

«Le contrôle de Renault sur Nissan avait déjà disparu. Depuis des années, il y a ce décalage entre l’ampleur de la coopération et la taille des participations croisées. Renault et Nissan ont pris acte d’une situation où il faut rééquilibrer l’Alliance pour la faire survivre», considère Philippe Houchois, analyste financier chez Jefferies. Un point de vue partagé par l’analyste Pierre-Yves Quéméner de la firme Stifel: «Renault avait déjà renoncé à ses droits de vote dans Nissan depuis 2015. Renault s’était engagé à ne pas aller contre les décisions du conseil d'administration de Nissan. En retour, Nissan acceptait de ne pas augmenter sa participation dans Renault.»

Après ce rééquilibrage, l’Alliance va-t-elle fleurir ou flétrir? Les deux scénarios sont évoqués chez les investisseurs. En vendant une partie de sa participation dans Nissan, Renault va pouvoir libérer du capital dormant chez Nissan. Surtout, il arrange ses relations avec le groupe japonais. «Je ne vois pas un délitement de l’Alliance, estime Michael Foundoukidis, chez Oddo BHF. Au contraire, en éliminant le ressentiment politique qu’il y avait dans le camp japonais et en se concentrant sur quelques projets concrets, l’Alliance peut repartir sur des bases saines.» Nissan devrait ainsi investir dans Ampere, la nouvelle entité de Renault dédiée à l’électrique et au logiciel, même si le montant de cette prise de participation reste inconnu. «C’est très logique que Nissan entre dans Ampere. Pour tous les développements technologiques, l’effet taille est non-négligeable», complète Michael Foundoukidis.

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Pour d’autres, l’hypothèse d’un «renforcement» de l’Alliance reste très incertaine. «Il y a beaucoup de communication pour faire semblant de s’en aller sans perdre la face… Mais on peut difficilement prétendre que réduire la participation est un signe de renforcement de l’Alliance», juge Pierre-Yves Quéméner. «Renault va certainement s’engager à conserver ses 15% dans Nissan sur une certaine durée. Après la levée de cette clause, en fonction des cours de Bourse, Renault pourrait tout à fait se désengager. Cela s’est déjà vu entre Renault, Nissan et Daimler. Quasiment toutes les coopérations industrielles ont été arrêtées et ils ont vendu récemment leurs participations croisées», retrace l’analyste.

Test de confiance en Inde

Renault et Nissan vont tenter de faire taire les sceptiques avec une salve de «projets opérationnels à forte création de valeur». Les deux constructeurs veulent notamment mener une offensive commune en Amérique latine et en Inde. Deux marchés sur lesquels ils ont du mal à s’imposer individuellement. «Renault n’a jamais réussi à faire décoller sa part de marché au Brésil. Elle était à environ 6,5% en 2022. Pour être sur la liste de course d’un consommateur, il faut un minimum de visibilité. Si on n'atteint pas 10% de part de marché, on est rapidement oublié», pointe Pierre-Yves Quéméner.

Selon plusieurs sources de l’agence Reuters, les deux constructeurs devraient d’abord mener une offensive en Inde. Parmi les projets à l’étude: le lancement sous marque Renault et Nissan du nouveau Duster, le SUV vedette de Dacia. Renault envisagerait aussi de produire sur place une version électrique de son petit SUV Kwid, en partenariat avec Nissan.

«Les constructeurs craignent de rater ce qui pourrait être le prochain grand marché automobile après la Chine. Et ils réfléchissent à fabriquer en Inde des modèles électriques à moindre coût pour l’Europe. Renault le fait déjà en Chine avec la Dacia Spring», analyse Philippe Houchois. En 2022, l’Inde a dépassé le Japon pour devenir le troisième marché automobile mondial, derrière la Chine et les États-Unis.

Enfin des plateformes communes

Renault et Nissan devraient également confirmer et dévoiler de nouveaux projets de plateformes communes pour leurs véhicules. Pour les investisseurs, c'est l'espoir de voir enfin les deux ingénieries du groupe converger. «D’un point de vue industriel, Renault et Nissan promettaient monts et merveilles avec les plateformes communes. Pendant la première partie des années 2000, une Nissan Micra vendue au Japon et qu’une Renault Clio vendue en Europe étaient supposées partager la même plateforme. Il y avait finalement très peu de pièces en commun», se souvient Pierre-Yves Quéméner.

Début 2022, l’Alliance présentait une feuille de route visant à étendre l’utilisation des plateformes communes à 80% des modèles de l’Alliance en 2026, contre 60% aujourd’hui. Parmi elles, la plateforme CMF-BEV qui doit accueillir la future R5 et la remplaçante électrique de la Nissan Micra. «Ils arrivent aujourd’hui là où ils prétendaient être il y a 20 ans», commente l'analyste de Stifel.

Selon Les Échos, les deux constructeurs devraient annoncé une nouvelle plateforme de véhicule à bas coût développée à partir du savoir-faire de Dacia. Le projet devrait servir de point d’appui pour conquérir des marchés émergents en Amérique latine, en Inde et en Afrique du Nord. C’est peut-être le signe que le groupe Renault n’abandonne pas complètement le combat des volumes, après avoir perdu 24% de ventes en 2022. «Le low cost marche bien pour Dacia. C’est l’une des grandes réussites de Renault. Etant donné qu’en Inde le salaire moyen n’est pas élevé, l’Alliance devrait plutôt y déployer une stratégie de volumes», prévoit Antoine Fraysse-Soulier, analyste chez eToro.

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