Chronique

[Chronique] Renault-Nissan, une alliance sous forme d’union libre

Histoires économiques, la chronique d'Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction de L'Usine Nouvelle, avec France Inter.

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Renault Mondial Auto 2022
Renault Mondial Auto 2022

Tout mariage a ses moments difficiles. Celui de Renault et Nissan n'échappe pas à la règle, malgré l'accord trouvé dans la douleur en ce début d'année 2023.

Si l'on regarde dans le rétroviseur, il paraît bien loin le temps où Carlos Ghosn était parvenu à hisser Renault-Nissan sur la première marche du podium des constructeurs automobiles. C’était pourtant hier, à la fin des années 2010. Depuis le groupe a mis le pied sur le frein... et surtout évité de justesse la sortie de route. En interne chez Renault on ne le cache pas : le constructeur a vu la mort en face. Aujourd'hui l’alliance n’est plus que l’ombre d'elle-même. Elle se situe au pied du podium mondial, qutrième derrière Toyota, Volkswagen et Kia-Hyundai… Chaque entité s’est repliée sur elle-même. Les projets sont réduits au strict minimum. La communication a longtemps été rompue.

L'accord qui sera annoncé le 6 février change-t-il vraiment la donne ? Le plus gros changement est capitalistique. Renault qui avait racheté et sauvé Nissan du naufrage va réduire sa participation à 15% chez son partenaire. Le reste, près de 30% des parts va être mis dans un trust. Une participation qui a vocation à être vendue. Le constructeur français perd donc le contrôle de Nissan. Sa voix ne comptera plus ou presque... à un moment où Nissan a retrouvé des couleurs. C’est dire la perte d’influence du français : le signe que Renault est devenu un petit constructeur. Heureusement que le groupe a Dacia pour booster ses ventes. 

L'alliance va survivre, mais les deux groupes veulent retrouver leur autonomie stratégique. Le mariage ressemble plutôt à une union libre. Renault et Nissan sont encore évasifs mais ils évoquent des «projets clés en Amérique latine, en Inde et en Europe, qui seraient déployés selon trois dimensions : marchés, véhicules et technologies.» Les constructeurs parlent aussi de «renforcer l'agilité stratégique avec de nouvelles initiatives auxquelles les partenaires peuvent se joindre». Un sujet particulièrement crucial côté français puisque Renault a dévoilé un vaste accord avec le chinois Geely (le propriétaire de Volvo) pour faire perdurer son activité historique dans les moteurs thermiques. Le groupe français discute également activement avec le pétrolier saoudien Aramco d'une entrée au capital de ce projet. Tout sera fabriqué hors de France. De quoi dégager des moyens pour investir massivement sur l’électrique. Ne pas rater ce mouvement de bascule, avec ou sans Nissan, c'est une question de survie pour Renault.

Pour réécouter cette chronique et les précédentes, rendez-vous sur le site de France Inter

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