Renault et Nissan ont annoncé lundi 30 janvier une «étape majeure» pour poser les nouvelles bases de leur partenariat. Mais si l'intérêt pour le groupe japonais apparaît clairement, les retombées pour son partenaire français semblent toujours très conditionnelles, ont dit à Reuters trois sources industrielles ou proches du dossier. Peut-être en écho à ces inquiétudes, l'action Renault reculait de plus de 4% aux alentours de 17h40.
L'accord prévoit de manière détaillée le rééquilibrage capitalistique que Nissan réclame depuis longtemps, mais la participation du constructeur japonais dans Ampère - l'entité que Renault veut créer dans l'électrique et les logiciels - reste toujours au conditionnel. Au nombre des «nouvelles initiatives auxquelles les partenaires peuvent se joindre», «Nissan investirait dans Ampère (...) dans le but de devenir un actionnaire stratégique», peut-on lire dans le communiqué publié par Renault.
Un test pour l'avenir de l'Alliance
«Ampère est le véritable test pour l'avenir de l'Alliance, mais la participation de Nissan dans le projet reste floue», a dit à Reuters une source proche du dossier. «Si Nissan met de l'argent et des ressources en ingénierie - technologies et équipes - c'est plutôt bon signe, l'Alliance continuera au moins partiellement, mais pour le moment ce n'est que du conditionnel», complète-t-elle.
Les discussions entre Renault et Nissan ont longtemps buté sur les craintes du groupe japonais relatives aux brevets technologiques qu'il a apportés à l'alliance - voiture autonome, batteries, hybridation - alors que son partenaire français multiplie les accords avec d'autres acteurs de l'automobile et du numérique.
Des projets opérationnels très vagues
Les projets opérationnels «à forte création de valeur» annoncés le 30 janvier pour relancer le partenariat demeurent également très vagues. Renault et Nissan évoquent l'Amérique latine, l'Inde et l'Europe, trois régions du monde où ils comptent déjà des usines ou des productions communes.
Des sources ont dit à Reuters que l'Alliance envisageait environ cinq projets, un nombre a priori relativement réduit si on le compare à la liste des 10 à 15 projets proposés en 2022 par le directeur général de Renault, Luca de Meo, à ses homologues japonais.
Une union plus libre
Le rééquilibrage de l'Alliance offrira en tout cas au groupe au losange une bouffée d'air financière bienvenue pour financer la mutation accélérée vers l'électrique et le groupe donnera instruction de vendre ses actions Nissan «si les conditions économiques sont raisonnables pour Renault Group [...] dans le cadre d'un processus organisé et ordonné», ajoute le communiqué.
«Renault pourra [...] finalement lever des fonds pour ses propres objectifs ambitieux en matière de véhicules électriques, commente un gérant de fonds. Depuis la traversée du désert avec Nissan et Carlos Ghosn, le partenariat bat de l'aile. Face à tous les récents vents contraires, cela a un sens de recentrer ses activités et de se concentrer sur ses principaux actifs.»
L'ambition commune de cet attelage inédit dans l'industrie automobile, né du sauvetage de Nissan par Renault, longtemps incarné par un seul PDG, et devenu deux années de suite le premier groupement automobile mondial par les ventes, apparaît pour l'heure toujours fragile.
«Si Nissan recouvre ses droits de vote chez Renault, cela veut dire que l'Alliance est maintenant strictement limitée au bon vouloir de la partie japonaise, il n'y a plus aucune incitation à avancer ensemble dans cette union devenue plus libre», estime une des sources.
«L'Alliance sera durable si elle produit des intérêts mutuels, cela oblige en permanence à se poser la question de savoir si elle continue à produire des bénéfices, c'est un bon critère, répond une autre. La pérennité institutionnelle compte moins que la pérennité des intérêts.» Les détails de l'accord doit être détaillé publiquement le 6 février.
Avec Reuters (par Gilles Guillaume ; Avec Sudip Kar-Gupta et Ingrid Melander à Paris, édité par Blandine Hénault)


